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«La culture de la rente a inhibé toute autre alternative»

Publié le 18/12/2017, par dans Non classé.

– Quelle appréciation faites-vous du programme de développement des énergies renouvelables ?

Le constat est rapide, si près de 400 MW ont été réalisés sur 22 000 MW du programme, cela représente environ 0,2%. Les autres pays sont sur des réalisations de plus de 2000 MW et les objectifs visés par l’Arabie Saoudite sont 2 fois plus importants que les nôtres.

– Prenons-nous le train du renouvelable un peu tardivement ?

Nous étions bien partis en 2006 avec un programme certes plus faible mais suffisamment réaliste pour avoir bénéficié d’un crédit concessionnel de 160 millions de dollars par le Fonds de la Banque mondiale. Nous n’avons pas pris le train tardivement. Les priorités étaient ailleurs, semble-t-il.

– Qui est plus à même d’ouvrir la voie au renouvelable en Algérie, l’Etat ou les opérateurs privés nationaux ou étrangers ?

Il faut arrêter de voir le développement économique qu’à travers la lorgnette de l’Etat. Ce dernier doit réguler ce marché, il doit aussi le contrôler, mais il doit aussi faciliter l’investissement à tous les opérateurs publics ou privés. Nous pensons que le partenariat public-privé reste la meilleure formule pour commencer.

– Où en est-on en termes d’efficacité énergétique ?

Nous n’avons pas pris conscience de l’impact du manque d’efficacité énergétique sur notre économie. Il est vrai que le plus grand gaspillage se situe au niveau de la consommation des ménages. Mais le poids de l’industrie est faible car notre économie était orientée principalement vers les hydrocarbures. La diversification économique devrait voir doubler au moins à court terme la capacité industrielle. Le gaspillage serait alors plus évident. Les performances de toutes les entreprises algériennes en matière d’efficacité énergétique sont catastrophiques.

Il faut en plus la révision des tarifs de l’électricité qui doivent être portés à un niveau de compétitivité des énergies renouvelables. Vous serez surpris d’apprendre que ce niveau est inférieur au coût de revient de Sonelgaz. L’annonce par la Chaîne 3 que ce coût de revient s’élève à 15 DA/KWh le confirme. En effet, ce qui est attendu pour les énergies renouvelables est un coût de 8 DA/KWh (cours 2017).

On peut penser raisonnable d’augmenter à partir de 2019 le tarif de l’électricité de 4 DA/KWh actuel jusqu’à 8 DA/KWh en 3 ans. Il n’y aurait plus besoin de subventionner l’électricité et le gaz en tirerait les bénéfices car les ENR vont déplacer la génération électrique à partir du gaz. Notre potentiel de solaire thermique nous permet d’envisager de produire tous les besoins électriques futurs à partir du solaire (thermique et photovoltaïque).

Cette approche nous permettra de récupérer toute la subvention énergétique, un minimum de 10 milliards de dollars/an. Ceci nous permet d’envisager le financement de tout notre programme ENR sans problème. Nous ambitionnons d’exporter au moins 30 000 MW à l’horizon 2030, soit 30 milliards de dollars de revenus. Vous comprenez alors comment transformer ce qui est perçu comme une menace : la transition énergétique en opportunité.

– On désigne souvent du doigt le consommateur final comme le principal gaspilleur d’énergie. Le problème se situe-t-il réellement au niveau du consommateur, dans les prix, ou bien dans la politique de distribution de l’énergie ?

Vous avez, je l’espère, compris que le problème ne se situe dans aucune des causes que vous avez citées. Il est d’ordre culturel ; la culture de la rente a inhibé toute autre alternative. On ne veut même pas voir la transition énergétique qui avance à pas forcé. Le monde change. La décarbonation de l’économie devient une évidence sauf pour les lobbies pétroliers et des voitures à moteur à combustion. La voiture électrique va être la véritable réponse au problème de changement climatique. Elle va s’imposer à l’horizon 2030 et peut-être même avant. Le pétrole perdra son marché.

– Le renouvelable est-il un bon moyen de lutte contre le gaspillage d’énergie ?

Si on continue de subventionner le tarif de l’électricité, même le renouvelable ne pourra pas être une solution. Si vous évaluez toutes les campagnes de sensibilisation, vous trouverez aussi du gaspillage, car pour nous le résultat est là, c’est-à-dire nul.

– Quel modèle énergétique devrions-nous adopter selon les potentialités et les moyens dont nous disposons ?

Le modèle énergétique est appelé en fait « modèle de consommation énergétique». C’est le résultat d’une simulation en intégrant les besoins énergétiques pour tous les usages qui ne sont pas seulement électriques, mais thermiques et électriques. Ceci en prenant en considération toutes les alternative énergétiques, l’évolution des besoins est également en fonction de la démographie, et cela nous révèle une nouvelle menace : la démographie galopante.

Nous prendrons en considération différents facteurs d’évaluation : coûts, sécurité énergétique, indépendance énergétique, etc. C’est en faisant cet exercice que le scénario solaire (thermique et photovoltaïque) est apparu. L’éolien aura sa part, bien que le potentiel de cette énergie reste faible en Algérie Il est clair que dès l’instant où nous aurons vulgarisé ces alternatives énergétiques par le savoir qui reste à acquérir, nous serons en mesure d’exploiter les autres potentiels : géothermie, biomasse, etc.

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