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La courte aventure du Chameau prolétaire avec Kateb Yacine et Issiakhem

Publié le 22/01/2017, par dans Non classé.

L’un des moments forts de l’aventure Algérie-Actualité : un supplément de 4 pages qui allait défrayer la chronique dès sa parution : Le Chameau Prolétaire.
Le cahier porte la griffe de deux monstres sacrés de la culture algérienne : Kateb Yacine et son alter ego M’hamed Issiakhem. Dans une lettre adressée à titre posthume à Kateb Yacine un an après sa disparition (l’écrivain est mort le 28 octobre 1989), Youcef Ferhi raconte qu’au détour de ses échanges avec Mohamed Seddik Benyahia, nommé ministre de l’Information après la dissidence de Boumaza, il lui propose de lancer un « périodique illustré et satirique» qui distillerait des « vérités pas toujours bonnes à dire». Au début, Benyahia se montre sceptique. Un jour, il appelle le directeur d’Algérie-Actualité et lui dit : « Tu connais Kateb Yacine ? Et M’hamed Issiakhem ?». Le plan du ministre était d’aider les deux trublions à « améliorer leur situation matérielle», surtout, argue-t-il, que « Yacine et M’hamed étaient indociles et anticonformistes». « Ils viendront te voir», le prévient Benyahia.

Trois jours plus tard, les deux compères débarquent au siège d’Algérie-Actualité, alors domicilié rue de la Liberté. « Yacine avait déjà son idée», souligne Ferhi. Un accord est vite trouvé autour du fameux supplément, et le numéro zéro du Chameau Prolétaire paraît dans l’édition du 9 avril 1967. Dès le numéro suivant : alerte au sommet ! Alors que Kateb Yacine était « mis au vert» — selon la formule de l’auteur — au chalet des Cheminots, à Tikjda, il est activement recherché à Alger. Et pour cause : Mohamed Seddik Benyahia est « agressé de coups de fil», rapporte Youcef Ferhi, ajoutant que le ministre goûtait peu aux joyeusetés libertaires des deux artistes iconoclastes, estimant qu’ils avaient été « un peu fort, surtout avec la photo d’un minaret et d’une fusée au décollage et en ascension avec comme légende ‘‘Une fusée qui ne démarre pas »…» Le journal subira « une attaque en règle, une levée de boucliers comme nous n’en avions jamais vu», témoigne Ferhi. Le Conseil supérieur islamique pique une colère noire contre l’écrivain et l’hebdo coupable de l’héberger. Au bout de trois numéros, l’aventure s’arrête net. Alors que le quatrième numéro n’attendait plus que son bon à tirer, Benyahia refroidit délicatement les ardeurs de nos joyeux lurons. « Youcef, me lance-t-il, vous allez arrêter. Le Chameau prolétaire est une bonne expérience, mais les esprits ne sont pas mûrs.» Lire la suite

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