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«La configuration humaine des gouvernements vacille entre pragmatisme et fidélité politique»

Publié le 30/05/2017, par dans Non classé.

– A peine installé dans ses fonctions, le président Bouteflika vient de limoger le nouveau ministre du Tourisme. Une première dans les annales de l’Algérie. Comment expliquez-vous ce geste ?

Ce n’est pas, au vu des arguments avancés par les services de la Présidence, un limogeage dû à une insuffisance fonctionnelle ou une déviance vis-à-vis de l’engagement politique au sein de l’Exécutif, mais il s’agit d’un « rectificatif» d’ailleurs salutaire pour l’image du gouvernement.

Mais si ce genre de cas peut exister un peu partout, les responsabilités hiérarchiques doivent être situées et les zones d’ombre qui entourent ce « couac» éclaircies pour préserver un tant soit peu, il faut bien le dire, la symbolique institutionnelle fortement égratignée par le cas de cet intrus. On est, certes, dans des logiques peu orthodoxes dans les décisions de l’Exécutif, car en aucun cas les affaires relevant du domaine de l’Etat, ses usages et ses visages ne peuvent être gérés dans la précipitation.

Enfin, toute gouvernance est comptable devant l’opinion publique, les dysfonctionnements peuvent se produire surtout si l’on se réfère aux tensions discursives qui ont marqué les élections. Seule une communication rigoureuse est en mesure de redonner confiance à l’opinion aujourd’hui scandalisée par ce cas lamentable. Au-delà des responsabilités de l’Exécutif dans ce genre de cas, la responsabilité du chef du parti concerné est politiquement engagée. L’enquête qui sera certainement diligentée mettra la lumière sur les liens qui lient cet individu aux responsables du parti qui l’a proposé.

– Concrètement, qui est responsable de cette situation que vous qualifiez de lamentable ?

A mon avis, la faille se situe au niveau de la méthode décisionnelle et des rôles hiérarchiques dans les prises de décision ou la préparation à la décision elle-même. Il reste que s’agissant de ce cas actuel, je ne peux me prononcer, car n’étant ni dans le secret des dieux ni dans celui qui forme l’Exécutif algérien.

Je rappelle juste que la formation de tout gouvernement et les nominations du personnel de missions spécialisées, comme les conseillers réels, répondent aux exigences dictées par les contenus des programmes politiques des forces « élues» et constituent un signal fort pour l’opinion quant à la mise en œuvre des promesses et propositions des partis qui ont réussi à gagner les élections qui constituent le soubassement de toute crédibilité politique.

Le sens de l’Etat se renforce dès que le rapport entre Exécutif et législatif est maintenu dans un rapport de force respectant l’esprit de la Constitution. Pour cette raison, tout responsable ne peut se prévaloir d’un profil politique majeur que s’il est imprégné de l’idéal citoyen et de la valeur de la démocratie comme source du lien politique qui est essentiellement culturel et constitutionnel.

– A votre avis, comment sont nommés les ministres en Algérie ?

Les logiques qui guident tout gouvernement résident dans ses capacités à réaliser les programmes et à imaginer les alternatives fécondes, surtout dans la gestion des crises et l’anticipation des blocages. La configuration humaine des gouvernements en Algérie vacille entre pragmatisme, fidélité politique et parfois enjeux des réseaux.

C’est d’une certaine manière le principe de la « Ghalaba khaldonienne» qui se traduit avec ses « assabiate». C’est notre sociologie politique réelle qui est mise en œuvre et pas souvent celle que dictent les modernités et les valeurs de la citoyenneté. Reste que la démocratie est un apprentissage et une pratique qui s’affirme dans la douleur.…

– En parlant des élections législatives, à quoi servent-elles dès lors que l’Exécutif n’est pas forcément puisé des effectifs des partis ayant gagné le scrutin ?

Les élections constituent la mécanique la plus civilisée de la légitimité du pouvoir et le phénomène le plus performant pour la démocratie. Un élu est un représentant d’abord de ceux qui l’ont élu. Son champ de travail, c’est de légiférer quant à son ascension vers l’Exécutif, surtout avec les temps des Tahafout, comme disait Ghazali puis Ibn Rochd, avec Tahafout Attahafout, elle n’est d’une exigence organisationnelle des pouvoirs et non un droit.

Ainsi, les élections sont l’âme même de la volonté sociale qui s’affirme comme besoin politique et source de légitimité des lois et ne peuvent être conditionnées par une corrélation intrinsèque avec le rôle de l’Exécutif, qui parfois a besoin de personnel qui n’existe pas au sein des partis qui ne sont jamais les dépositaires de toute la représentation nationale. Regardez les scores des élections et vous remarquer le grand décalage…

– Le nouveau gouvernement échappe à tout étiquetage. Il n’est pas tout à fait technocratique, mais il n’est pas vraiment politique. Comment on peut le cataloguer ?

Non. Je pense que l’actuel gouvernement est réellement représentatif des partis vainqueurs avec, certes, un dosage substantiel de la décision présidentielle qui, elle, est constitutionnellement légitime. Les temps de la représentation exclusive des partis sont révolus même dans les grandes démocraties. L’apport de la société civile et les personnalités du monde de la culture et de la pensée sont sollicités pour renflouer les espaces politiques en matière d’idées et de stratégies.

– Donc, selon vous, ce nouveau gouvernement est représentatif, puisque vous dites qu’il renferme toutes les obédiences ? Et il renferme aussi des incompétents ; la preuve le ministre limogé ?

J’ai dit que ce gouvernement est relativement représentatif des partis en termes de nombre de ministres des partis dits de la majorité, mais en sus il y a des personnalités encore non partisanes au sein de l’Exécutif. Ce ministre représente, en effet, un parti dont les vertus et les compétences seraient confirmées par son chef de parti. Maintenant, les problématiques des compétences relèvent d’un autre domaine qui est relatif à des paramètres de confiance, de fidélité et d’une sociologie politique qui la nôtre.

En effet, être ministre, c’est surtout posséder les capacités imaginatives pour traiter les dossiers du secteur et réaliser les objectifs prioritaires. Ce n’est plus une « Ghanima» de prestige ou une ascension sociale, c’est une responsabilité qui exige un engagement de servir et une compétence réelle pour réussir et éviter les insuffisances dans les approches décisionnelles.

– Abdelmalek Sellal, que tout le monde donnait partant pour un ultime tour avant la présidentielle de 2019, a été remercié après avoir Lire la suite

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