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La commercialisation de produits irrégulièrement importés est un créneau devenu très porteur

Publié le 12/08/2016, par dans Non classé.

L’instruction du Premier ministre visant à faire admettre au remboursement les médicaments pour les cancéreux reste sans application. Plusieurs textes de lois sont élaborés, mais la situation est inchangée.
La liste des médicaments remboursables s’est élargie. Les pharmaciens sont-ils consultés pour déterminer quels sont ces médicaments ?

Le Journal officiel n°42 de juillet 2016 est porteur d’un décret du ministère du Travail et de la Sécurité sociale par lequel il est annoncé un élargissement de la liste des médicaments remboursables par la CNAS.

Cet élargissement, même s’il apporte un certain confort à des catégories de malades, reste dérisoire par rapport à la gamme déjà concernée par le remboursement. Il s’agit essentiellement de formes galéniques supplémentaires à celles existantes plutôt que de nouveaux médicaments.

Dans la pratique et de manière générale, les pharmaciens d’officine ne sont pas consultés pour la confection de ces listes, qui sont établies par des comités interministériels composés d’experts qui travaillent sur des référents nationaux et internationaux. Il est à noter qu’une instruction du Premier ministre visant à faire admettre au remboursement par les caisses de Sécurité sociale certains médicaments d’oncologie pour leur mise à la disposition des malades au niveau des officines. Cette instruction est, à ce jour, sans application.

Le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (CNOP) a établi une liste de 22 médicaments contrefaits, ayant des effets nocifs sur la santé, commercialisés de façon tout à fait normale par certaines pharmacies. Que faut-faire pour éradiquer ce problème ?

Effectivement, il s’agit d’un phénomène qui prend de l’ampleur.

Il consiste en l’importation frauduleuse de certains médicaments qui souffrent de pénurie — persistante pour certains ou temporaire pour d’autres — dont la liste non exhaustive compte 22 produits au moment de la déclaration. Aucune provenance de ces médicaments n’est sûre et leur tolérance dans des pharmacies ouvre une voie royale à des entreprises mafieuses qui se greffent sur cette activité très lucrative.

Ces dernières opèrent déjà à grande échelle, pratiquement au vu et su de tout le monde. Prétendre ne pas pouvoir remonter la chaîne serait faire preuve d’une cécité complaisante. La contrefaçon de médicaments, pour les gains énormes qu’elle procure, est une réalité dans le monde. Les pays les plus développés en sont victimes en raison de systèmes de distribution vulnérables.

Notre pays ne semble pas concerné à grande échelle grâce à un système de contrôle rigoureux des produits empruntant les réseaux officiels et grâce à l’efficacité du LNCPP, qui est devenu une référence internationale.

Notre inquiétude, au conseil de l’Ordre, est d’autant plus importante que nous n’avons pas de pouvoir d’inspection sur les pharmacies et que nous observons, malgré tous les avertissements, une certaine passivité face au problème puisqu’il dure dans le temps. L’éradication du phénomène passe par le terrassement du marché, par la remise régulière sur le marché des produits sous tension dont l’absence dans les pharmacies est incompréhensible et injustifiable. Cette éradication nécessite que la loi soit appliquée dans toute sa rigueur à l’encontre des pharmaciens récalcitrants.

Certains pharmaciens importent des médicaments de façon informelle (cabas). Ce marché informel a-t-il des répercussions sur vous ?

Toujours encouragés par l’absence sur le marché national de nombreux médicaments et sous le faux prétexte de répondre à des besoins de soins, certains pharmaciens s’adonnent à la commercialisation de produits irrégulièrement importés par le pharmacien lui-même ou par des réseaux naissants fortement intéressés par un créneau devenu très porteur. Ce commerce illicite, qui rend un prétendu service au malade, est en fait hautement lucratif pour les pharmaciens qui vendent ces produits jusqu’à dix fois plus cher que leur prix réel.

La commercialisation des produits « cabas» par les pharmaciens indélicats est un cas avéré de concurrence déloyale vis-à-vis des confrères honnêtes, puisque les malades sont souvent orientés directement par les médecins vers ces pharmaciens véreux. Cette pratique prospère en l’absence d’une volonté d’éradication, malgré les timides sorties d’inspection sur le terrain.

Qu’en est-il des pharmacies de garde ? Les tours de garde sont-ils respectés par les pharmaciens ?

La population des pharmaciens a été divisée comme jamais par la promulgation de cet arrêté sur les gardes et sur les horaires d’ouverture et de fermeture. Cet arrêté fixe les heures d’ouverture des pharmacies de 8h à 19h et instaure des gardes de nuit de 19h à 8h le lendemain ainsi que des gardes du week-end et des jours fériés.

Si la grande majorité des pharmaciens approuve les gardes du week-end, le reste de l’arrêté est perçu différemment selon les cas. En effet, personne n’est d’accord sur l’heure de fermeture ni sur les gardes de nuit dont l’utilité n’est pas avérée partout de la même manière, surtout que les pharmacies ne détiennent aucun produit d’urgence.

Leur ouverture après minuit est complètement inutile. Cet arrêté fait sans la concertation des pharmaciens eux mêmes mais soutenu par le SNAPO est très contraignant dans la mesure où il ne tient pas compte des spécificités régionales ni des cas d’espèce des pharmacies.

Cet arrêté met tout le monde à la même enseigne, bien qu’il comporte des possibilités d’aménagement à titre exceptionnel, donnant ainsi une certaine flexibilité à l’appréciation des directeurs de la santé de wilaya, ce qui a prévalu à ce jour dans de nombreuses wilayas où des aménagements ont permis de sauvegarder l’intérêt public et celui des pharmaciens. Cet équilibre obtenu est remis en question par la récente volonté du ministère d’exiger son strict respect.

On parle beaucoup de pénurie, mais pas de surstocks. On parle de plus de 100 tonnes de médicaments périmés. Que faut-il faire pour remédier à cela ?

Il est difficile de se prononcer sur les surstocks dans un pays où la pénurie est chronique. Le cahier des charges du ministère exige une disponibilité de 3 mois de consommation pour les produits importés, mais qu’en est-il ? Si surstock il y a, il est au niveau de la production nationale sur certains produits fabriqués par de nombreux opérateurs et serait lié à une mauvaise répartition des fabrications.

Ce qui est sûr, c’est qu’il y a dysfonctionnement du marché des médicaments. Les pharmaciens peinent à satisfaire les prescriptions en raison de la non-disponibilité de nombreux produits.

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