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La caisse occulte des cadres supérieurs

Publié le 27/11/2016, par dans Non classé.

Il ne se soucie ni de la crise financière ni n’entend parler d’austérité budgétaire.
Le Fonds spécial de retraite (FSR, avec ses 40 à 50 000 bénéficiaires directs du régime spécifique de retraite des cadres supérieurs mène son grand train dispendieux, indifférent au démantèlement en cours des droits et acquis sociaux et aux cris et râles des travailleurs.

A l’heure où le régime Bouteflika fait adopter ses lois antisociales (loi de finances, loi sur les retraites, code du travail), le très « spécial» FSR, à la faveur d’un régime de retraite franchement discriminatoire et cousu sur mesure pour les super citoyens de la nomenklatura et du système, continue de distribuer gros salaires et grasses pensions.

De loin supérieures à 15 fois le salaire minimum garanti, soit 270 000 DA. Des pensions égales à 100% du meilleur salaire « indexé» sur le salaire d’un cadre en exercice.

Exemple : la pension d’un ministre affilié au FSR et admis à la retraite dans les années 80′ ouvre droit à une pension d’ancienneté sans condition d’âge égale au salaire d’un ministre d’aujourd’hui. Le FSR, c’est mille et une faveurs et avantages que rien, aucun gouvernement, aucune loi, ne vient remettre en cause.

« Je vous jure… je ne sais pas où se trouve cette caisse (…)». L’ancien député RCD, Ali Brahimi, n’a jamais eu affaire « directement» avec le FSR. C’est son ancienne administration, celle de l’Assemblée qui s’occupe de toutes les démarches auprès du FSR. Brahimi trouve injuste de se focaliser sur les indemnités des parlementaires, oubliant les rentiers chroniques tapis dans l’armée, la présidence, le gouvernement, la haute administration.

« A la Présidence, il est de simples cadres supérieurs qui touchent des salaires de 35 millions (…) et plus, mais qui parle d’eux ?» Un salaire proche de la rémunération d’un ministre estimé entre 400 000 et 450 000 DA.

Mais, décidément, la prime qui fait scandale par ces temps de crise instrumentalisée par le pouvoir, c’est la prime de fin de mandat de parlementaire – équivalant à un an d’indemnités,

soit plus de 3 millions de dinars. A la grande curée pourtant, les parlementaires ne sont pas les seuls et surtout pas les mieux gavés. Le « congé spécial», rémunéré et comptabilisé – au même titre que la période d’intérim – dans le calcul de la pension – fait partie de ces nombreux privilèges concédés aux cadres supérieurs. Dans le code des pensions militaires, cet autre régime spécifique, le congé spécial, d’une durée d’un an renouvelable, est également comptabilisé dans le calcul de la pension.

Le Fond occulte

Veille de débats à l’APN sur l’amendement de la loi sur les retraites. Quartier Clauzel. A un fétu de briques du siège du Trésor public et des principales banques, dont la Banque centrale située boulevard Amirouche. En haut de l’avenue Victor Hugo, à l’angle de la rue Réda Houhou, un bâtiment massif mais d’allure presque banale – 5 étages dont deux en verre fumé – abrite une très discrète administration et sa petite armée de petits fonctionnaires dont la besogne quotidienne consiste à faire fonctionner la pompe à fric pour les « gens d’en haut» :

compter, calculer, actualiser les salaires, pensions et indemnités pour des dizaines de milliers de cadres supérieurs et hauts dirigeants du pays. « J’en connais qui dépriment après avoir aligné de longues séries de zéros», s’amuse ce fonctionnaire de la « caisse», la Casnos, dont le bâtiment est mitoyen. Hormis l’étendard national vissé au fronton de l’immeuble, au-dessus de l’immense porte d’entrée, rien n’indique la présence de cette administration officielle.

Aucune plaque. Pas la moindre indication. Si ce ne sont ces panneaux de stationnement « réservé au FSR», le vague acronyme dévorant une portion de la rue Réda Houhou.

Interviewer le nouveau directeur du Fonds spécial de retraite (l’ancien, Tahar Boussouar, après 15 ans à la tête de ce service, a été admis à la retraite en 2015 par décret du président Bouteflika) paraissait d’emblée mission impossible. Au secrétariat (du FSR), on fait savoir qu’il ne peut y avoir d’entretien « sans l’autorisation expresse du ministre des Finances», la tutelle dont relève le FSR.

Système de retraite à deux vitesses

Le syndicaliste Noureddine Bouderba, ancien membre du conseil d’administration de la CNAS et ancien dirigeant à GTP (grands travaux pétroliers), est devenu le mouton noir du gouvernement et de l’appareil de l’Ugta. La contradiction apportée en public aux discours et à la propagande officiels sur la faillite présumée du système de retraite le met décidément au ban.

Sa maîtrise du fonctionnement du système de Sécurité sociale dont il saisit les moindres subtilités, l’état général des caisses, l’impact des politiques publiques font de lui un « bon client», couru aussi bien par les médias que par les syndicats autonomes qui y puisent une part importante de leur argumentaire. Pour cet empêcheur de tourner en rond, le système de Sécurité sociale est « une des plus belles réalisations» de l’Algérie indépendante.

Le système de retraite, unifié par la loi de 1983, grand acquis du monde du travail, n’en est pas moins discriminatoire en tolérant, en parallèle, l’existence de deux autres systèmes de retraite conçus exclusivement pour l’armée (code de retraite militaire) et pour les cadres supérieurs du parti et de l’Etat.

« Je ne pose pas le problème d’un point de vue moral, même s’il se pose, dit-il, mais d’un point de vue purement politique. Comment voulez-vous que le peuple accepte le discours sur l’austérité, partager le fardeau quand le cadre supérieur après seulement 20 ans de cotisation dont dix en poste supérieur peut partir en retraite sans condition d’âge ?

C’est-à-dire que vous pouvez avoir travaillé comme ouvrier pendant dix années et occupé un poste supérieur pendant dix ans, au bout vous partez à la retraite sans condition d’âge calculée sur le meilleur salaire de la carrière, mais surtout indexé sur le salaire en poste réel.

Et même au niveau de la pension de réversion, lorsque le cadre supérieur disparaît, ses héritiers touchent la même pension.» La pension d’un cadre supérieur, rapportée à celle du régime général, détonne aussi bien par les écarts abyssaux dans les montants que par les énormes inégalités et discriminations que le législateur consacrera dans les textes Lire la suite

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