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«La Caisse des retraites n’est pas en danger»

Publié le 07/05/2016, par dans Non classé.

Membre de la commission exécutive de l’Union générale des travailleurs algériens (Ugta) et conseiller aux affaires économiques et sociales, Mohamed Lakhdar Badreddine ne considère pas l’érosion des revenus pétroliers comme une menace sur les acquis sociaux et estime que les droits des travailleurs algériens restent préservés. Dans cet entretien, il fait le point sur les droits syndicaux et parle de la Sécurité sociale et de la Caisse des retraites qui, selon lui, ne sont pas en danger…

Tous ces acquis dont vous parlez ne sont-ils pas menacés aujourd’hui par la crise économique induite par la chute brutale des revenus pétroliers de l’Etat ?

Je pense qu’il y a des informations erronées sur la crise économique. De manière générale, les travailleurs du secteur économique ne sont pas payés par le Trésor public. Ils sont rémunérés en fonction des bilans des entreprises. Aujourd’hui, nous pouvons dire que celles-ci sont performantes, y compris celles qui relèvent du secteur public…

Ne voyez-vous aucune menace sur les acquis ?

Pour moi, cette crise doit être exploitée au profit de la production et de la productivité. L’argent du pétrole a toujours été utilisé pour l’importation. Si demain nous concentrons nos efforts sur la production, nous n’aurons aucun problème, même si le pétrole atteint des prix très bas. Nous pouvons même nous passer de l’argent du pétrole. Avons-nous besoin de ramener de la mayonnaise et de la litière pour chiens ? Il ne faut pas utiliser la crise pour faire peur au peuple. Les solutions existent et elles sont entre nos mains. Il faut juste changer notre mode de consommation. Nous avons toujours appris au peuple à vivre au-dessus des moyens de l’Algérie.

Avons-nous besoin d’importer à coups de devises fortes des feux d’artifice pour fêter des dates anniversaires ? Avons-nous besoin d’importer de Chine des emballages pour gâteau qui coûtent plus cher que le gâteau qu’on met dedans. Nous n’avons pas besoin de tout cela. Les Algériens peuvent vivre heureux dans la simplicité. Je suis de ceux qui feront tout pour encourager les travailleurs à booster la production et à améliorer la qualité pour satisfaire les besoins du pays.

C’est ainsi que nous pourrons garantir l’avenir du pays. De plus, nous avons beaucoup de richesses non exploitées. Je citerai le phosphate qui est source de rentrées de devises. A Oued Smar, nous avons le meilleur marbre au monde. Pourquoi ne pas l’exploiter ? Il faut demander aux responsables algériens d’avoir les pieds sur terre et être en mesure de faire face à toutes les situations. Nous avons les moyens de produire ; il n’est plus question de continuer à importer d’une manière aussi exagérée…

Certains évoquent des menaces sur les caisses de la Sécurité sociale. Partagez-vous cette crainte ?

La Sécurité sociale n’est pas financée par l’Etat. Tant qu’il y a du travail en Algérie, tant qu’on investit et qu’on recrute, le pouvoir d’achat de l’assuré social augmente…

Ne pensez-vous pas que cette crise risque de faire perdre beaucoup d’emplois ?

Jamais. On doit créer des emplois.

Vous dites : « On doit créer.» Sommes-nous capables de basculer rapidement vers un système économique créateur d’emplois ?
L’Algérien est apte à faire face aux défis. Face à de pareilles situations, il se surpasse. Ce n’est pas un fainéant comme on aime à le dire.

Ne risque-t-on pas d’aller vers une situation où les retraités, par exemple, seront de loin plus nombreux que ceux qui travaillent ?
Cela nous amène à la politique des retraites. Vous savez que le président de la République a décidé de mettre, il y a quelques années, 3% de fiscalité pétrolière au profit de la Caisse des retraites. Le montant est bloqué et ne pourra être touché que si la caisse est en situation de faillite. Cela, les gens ne le savent pas.

Vous semblez être l’une des rares personnes qui n’aient pas peur pour l’avenir de la Caisse des retraites. Peut-on connaître les raisons de cet optimisme ?

Je le dis et le redis : la Caisse des retraites n’est pas en danger et ne peut pas être en danger. Je suis optimiste parce que c’est ma nature. Je pense que les gens exagèrent. Ils croient que c’est le pétrole qui finance cette caisse ; or, celle-ci fonctionne grâce aux cotisations des travailleurs. Il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Même dans une situation normale, il faut toujours penser à un équilibre entre le nombre des cotisants et celui des retraités. Il peut y avoir des aides de la Caisse de la sécurité sociale pour rééquilibrer.

Moi, je ne fais pas de différence entre les caisses puisqu’avant il n’y en avait qu’une seule. Je pense qu’il faut réorienter tous nos efforts vers la prise en charge des problèmes économiques pour basculer rapidement de l’importation à la production. Il faut que la société civile soit totalement mobilisée autour du développement de l’économie de notre pays. Nous pouvons nous passer du pétrole.

Il suffit de développer l’agriculture saharienne. Des experts disent, si je ne me trompe pas, que la Californie avec ses 3000 hectares de terres supérieures fait vivre les Etats-Unis.

Au Sud, nous avons 32 000 hectares de la même terre. Il suffit que l’Etat s’oriente vers elle pour faire des miracles. Il faut une politique qui dirige les grandes entreprises vers l’agriculture. Sonatrach avait tenté une expérience dans ce genre à El Gassi, et les résultats étaient très satisfaisants. Pourquoi d’autres sociétés ou les banques n’investissent-elles pas dans les domaines porteurs que sont l’agriculture et le tourisme sahariens ?

Vous encouragez l’entrepreneuriat et l’investissement privés, mais vous savez qu’une grande partie de ce secteur ne respecte pas les lois du travail. Pourquoi ?

Nous avons besoin de tout le monde pour développer le pays. Nous sommes là pour aider. Mais c’est vrai qu’il y a un problème de mentalités. Certains de nos hommes d’affaires ne sont pas de véritables industriels. Ils manquent d’esprit de management et ne permettent même pas à leurs travailleurs de s’organiser autour d’un syndicat. Vous vivez un exemple concret au niveau de certains organes de presse où les journalistes qui défendent les travailleurs sont eux-mêmes interdits de Lire la suite

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