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La baie de la désolation

Publié le 05/03/2016, par dans Non classé.

Al’ère où toutes les nations du monde se penchent sérieusement sur la question environnementale, l’Algérie reste très loin des standards. Pis encore, des catastrophes écologiques sont tolérées.
Cela pourrait paraître exagéré, mais l’absence de solutions et d’actions rapides et efficaces sur le terrain pour freiner ces atteintes à la nature ne peut être interprétée que de la sorte. Un exemple patent : la ville de Bou Ismaïl assiste, depuis plusieurs années déjà, à une catastrophe écologique au sens large du terme.

En plus des tonnes de déchets ménagers qui jonchent la baie, la mer est polluée par les rejets industriels déversés par des usines implantées sur les hauteurs de la ville. D’après les habitants de l’ex-Castiglione, cette pollution marine massive du littoral de la commune touche tout le golfe par les rejets de produits chimiques hautement toxiques et concentrés, évacués directement dans la mer par les bouches d’égout.

Sur les lieux, la colère des pécheurs est palpable. « Nous sommes contraints au chômage. Le charme de cette belle plage n’est plus. En outre, ces tonnes de déchets, ces eaux toxiques et consistantes ont tout décimé», s’emporte Mohamed, un pêcheur. Selon son témoignage, ces eaux, souvent blanches, changent de couleur au gré des produits déversés. « Si vous restez ici toute une journée, vous pourrez en voir de toutes les couleurs, passant du marron au rouge, du jaune au blanc. C’est un véritable massacre écologique», ajoute notre interlocuteur.
Durant la saison des grandes chaleurs, les rejets deviennent de plus en plus épais, freinant l’activité des vagues.

En plus, ces eaux usées polluantes et toxiques dégagent des odeurs nauséabondes insupportables, faisant fuir les riverains du rivage et de l’Institut maritime. Beaucoup ont abandonné leurs maisons en attendant la fin de cette catastrophe. Cela sans compter les insuffisances respiratoires et les allergies qui ont déjà touché pas mal d’entre eux, notamment des enfants et des personnes âgées.

Ce quinquagénaire, qui a rangé sa canne à pêche et ses moulinets depuis le début de cette catastrophe, pointe du doigt les responsables qui ne font rien pour sauver cet environnement marin. « Depuis la dernière visite du ministre des Ressources en eau et de l’Environnement, aucun résultat n’a été visible sur le terrain. Il en est de même pour les responsables locaux qui semblent nous avoir mis aux oubliettes jusqu’à la prochaine visite d’un officiel», conclut Mohamed.

Une large mobilisation citoyenne

Depuis le début de cette catastrophe écologique, les pétitions circulant sur la Toile tentent de mobiliser la population de Bou Ismaïl, des villes côtières du pays et de tous les amoureux de la nature et de l’environnement marin. La toute dernière, lancée il y a quelques jours, a mobilisé quelque 400 signataires déjà. Ses auteurs pointent un doigt accusateur sur les autorités locales pour leur indulgence et sur les usines implantées dans la zone industrielle de Bou Ismaïl en raison des conséquences néfastes de leurs activités polluantes.

Même si les habitants de la commune ne nient pas les bénéfices tirés de la présence de ces usines en matière de résorption du chômage, ils disent ne pas tolérer ces graves atteintes à la santé de la population, à la flore marine unique de Bou Ismaïl et à l’environnement, en général. Confrontés à des dégradations qui vont crescendo, à travers cette pétition, ils demandent que les rejets polluants de la zone industrielle soient traités sur place, pour que cesse l’empoisonnement des populations humaine et marine.

Du point de vue de la loi, le législateur est ferme. Dans la loi de la protection du littoral, des sanctions et de lourdes mesures devraient être prises automatiquement dans des cas pareils. Pourtant, la catastrophe perdure. Pour les défenseurs de la cause environnementale, la mise en place d’un barrage flottant est plus qu’une urgence afin de freiner l’expansion de la pollution. Une solution provisoire, en attendant une autre plus radicale.
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