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Karim Tabbou : «Il faut un plan d’urgence national pour éviter une rupture brutale»

Publié le 10/01/2017, par dans Non classé.

Karim Tabbou, ancien premier secrétaire du FFS, aujourd’hui porte-parole d’un nouveau parti non agréé, l’Union démocratique et sociale (UDS), analyse dans cet entretien la situation générale du pays, à tous points de vue — politique, économique et social.
Il commente les derniers événements et les récents scandales qui ont marqué l’actualité nationale. Le verbe acéré, il évoque la nouvelle Constitution et la situation des droits de l’homme. Il livre un regard sans complaisance sur les prochaines échéances électorales, donne sa perception de la crise et propose les solutions possibles.

– Les scènes de violence qui ont secoué les villes de Béjaia et de Bouira les 2 et 3 janvier continuent à susciter débats et commentaires. Quelle est votre lecture de ces graves événements ?

Le nombre de contestations populaires recensées par les services de sécurité ces deux dernières années a dépassé les 10 000 : demandes de droit au travail, au logement, justice sociale, raccordement en gaz de ville, remise en état des routes, aménagement des cités, problèmes de sécurité, logement…

Ces revendications attestent bien de la faillite de l’Etat, de son incapacité à répondre à ses missions les plus élémentaires, à savoir loger, éduquer, soigner et assurer la sécurité. Parallèlement à toutes ces difficultés sociales, les citoyens sont indignés par les pratiques de corruption et de passe-droit qui gangrènent la vie publique. L’arrogance et le mépris qu’affichent certains responsables envers les citoyens avivent la colère et le sentiment de hogra.

En l’absence de réelles représentations politiques et sociales capables de donner du sens à ces contestations, la rue prend le dessus et c’est la prime à la violence. La violence d’aujourd’hui est la conséquence directe d’une gestion violente des affaires du pays qui a duré des décennies. Le rejet et le discrédit de toute forme de médiation ne laissent d’espace qu’à la montée en puissance de structures incontrôlables et dont le seul credo est la colère. La violence dans les stades, à l’école, dans les cités, à l’université… sont les indices d’une réalité chargée de périls et d’aventures.

– Quelle serait donc la solution ?

Aucune solution n’est fiable sans une volonté politique réelle de mettre en place un plan de sortie de crise. Pour l’instant, le pouvoir politique reste hermétique à l’idée même que le pays est en crise. Il continue de plaider « non coupable» alors que les victimes sont bien là.

Un pouvoir courageux et apte à gouverner le pays doit se débarrasser, au plus vite, de ses propres complexes. Il doit s’émanciper de ses peurs et de ses soupçons pour engager le pays dans une voie démocratique. Si la situation économique et financière du pays ne s’améliore pas dans les six mois, le chef de l’Etat devra décréter l’état d’urgence économique et convoquer une conférence nationale économique et sociale.

Tous les acteurs politiques et animateurs sociaux devront faire preuve de responsabilité pour élaborer une feuille de route où seront dégagées des perspectives communes indispensables incluant, dans le même sillage, des mesures politiques, économiques et sociales pour une sortie de crise. Continuer à vouloir figer l’histoire, c’est se condamner au sous-développement et à la crise. La question reste posée : le pouvoir veut-il régler la crise, ou se contente-t-il de maintenir le statu quo ? « Il n’y a que la bêtise qui emprunte deux fois le même trajet.»

– Dans ce contexte de crise que vous décrivez, l’Algérie vit au rythme des scandales (l’affaire RHB, la clinique de roqia) et des tensions, notamment sur le dossier de la retraite. Comment expliquez-vous cette situation ?

L’année 2016 aura été celle de la débâcle et de l’échec. Les conditions économiques et sociales des ménages s’annoncent difficiles en 2017, les politiques dépensières menées depuis 15 ans n’ont finalement généré aucun investissement fiable ni création de richesse. Par la faute de ses dirigeants politiques, le pays n’a pas su profiter de ses rentrées d’argent pour impulser une dynamique de travail et d’investissement.
Si la chute des cours du pétrole a provoqué un amenuisement important des rentrées financières, la soumission de notre économie aux injonctions du marché des hydrocarbures met à rude épreuve notre souveraineté nationale. Sur le front interne, les tensions sociales vont monter en cadence.

La nécessité impérieuse pour la population de changer ses habitudes rentières engendrera des déceptions, des turbulences et des remous. N’importe quel fait divers pourrait dégénérer et se transformer en émeute, en scène de pillage ou en manifestation violente. L’absence de médiation sociale capable de canaliser le mécontentement populaire ajoutée au refus obsessionnel et maladif du pouvoir de toute ouverture politique créeront les conditions objectives de l’émergence de nouvelles structures archaïques, violentes et imprévisibles.

Devant de tels risques, seules une ouverture politique réelle, une coupure définitive avec ce système obsolète et générateur de crises, une implication entière des acteurs politiques et des animateurs sociaux dans la mise en route d’un plan d’urgence national sont capables d’épargner une rupture brutale et violente dans le pays.

– La loi de finances 2017, qui a fait couler beaucoup d’encre, est en vigueur depuis dix jours. Elle a été ouvertement critiquée par des partis de l’opposition. En tant que député, comment avez-vous vécu le processus de son adoption à l’APN ?

Le processus d’adoption de la loi de finances est le même en vigueur depuis des années. Il est caractérisé, d’un côté, par un semblant de débat totalement obéissant à l’Exécutif, qui tourne assez souvent à l’éloge de « fakhamatouhou» et à la déclamation de poèmes et autres fatwas ; d’un autre côté par une agitation qui tourne au théâtre d’une opposition en panne de relais, donc incapable de renverser ces réalités institutionnelles. Une opposition qui, pour des raisons électoralistes, préfère faire preuve de bonne conduite à l’égard de l’administration en espérant une récompense.

Concernant la LF-2017, il aurait été, sur le plan sémantique, plus juste de l’intituler « code de représailles sociales» que « loi de finances». Après avoir gâché toutes les opportunités de développement du pays et versé des sommes faramineuses dans la corruption et le clientélisme pour le seul impératif du maintien au pouvoir, on vient exiger de la population un effort financier et un Lire la suite

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