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Je voulais être un passeur de savoir toponymique, un passeur de cultures et de civilisations

Publié le 20/04/2018, par dans Non classé.

Les noms des villes algériennes, hors régions amazighophones, sont d’origine amazighe. En tout cas, c’est dans le livre Algérie, toponymie et amazighité, paru en 2017 aux éditions Tafat et Alframed.
– Algérie, toponymie et amazighité est un ouvrage hors pair dans lequel on trouve l’origine des noms des lieux hors régions amazighophones. Qu’est-ce qui vous a motivé pour mener cette recherche ?

L’idée d’écrire cet ouvrage m’est venue après plus de cinq années de recherche, de lecture, de prise de notes, d’écoute et de questionnements sur la toponymie des lieux amazighs sur l’ensemble du territoire national.

En fait, au début, je faisais ce travail pour mon propre plaisir, le désir de savoir, la joie de découvrir, la force de m’instruire et d’apprendre sur l’histoire de mon pays, sur l’origine et la signification des noms des villages, localités et villes, des montagnes, des cours d’eau et des lacs, des plaines et Hauts-Plateaux, et des ergs, oasis du désert du Sahara.

Quand j’ai pu avoir tous ces éléments de connaissances entre les mains (…), j’ai alors commencé à penser à transmettre le résultat de mes recherches à autrui, à des lecteurs, d’abord à mes compatriotes, ensuite à des lecteurs étrangers intéressés par la toponymie, l’histoire et l’identité de l’Algérie.

C’est important que les étrangers connaissent notre véritable histoire, notre identité, notre culture et nos coutumes ancestrales à travers la toponymie des lieux (…). Une évidence s’impose à nous : la langue amazighe est partout présente dans son espace géographique à travers sa nature.

C’est extraordinaire de découvrir et de faire découvrir, par exemple, le nom d’une localité se trouvant à plus de 600 km au sud-est d’Alger, dans la wilaya d’El Oued, qui se nomme « Akfadou», et de savoir que ce toponyme existe dans le massif montagneux éponyme de la Kabylie. Le nom « Akfadou» est un mot amazigh, composé de « Akf», qui provient de « Ikhef» (sommet, crête, excès) et « Adou, Adhou» (vent), ce qui peut être traduit par « excès de vent».

Ce nom rappelle la rigueur climatique dans cette région où les vents soufflent en rafales. En fait, je voulais être un passeur de savoir toponymique, un passeur de cultures et de civilisations. J’ai voulu partager et transmettre à ceux qui ne savaient pas, car moi-même je ne le savais pas.

– Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées dans votre recherche, notamment en matière de sources ?

En général, je n’ai pas rencontré de difficultés dans ma recherche, car j’avais pris tout mon temps, n’ayant pas une date limite à terminer mon travail de recherche. Mais j’étais tout le temps en alerte pour détecter un mot ou un nom de lieu d’origine amazighe, notamment en lisant la presse nationale et les articles sur les régions de l’Algérie profonde. J’avais également à ma disposition un certain nombre de livres anciens sur l’histoire et la géographie du pays que j’achetais dans des librairies ou sur les étals de vente de livres anciens dans les jardins de la Grande Poste.

C’est aussi dans ce lieu livresque que j’ai pu acquérir des cartes anciennes datant de l’époque coloniale où sont indiqués des lieux, des oueds, des lacs et des montagnes et cela m’a permis de me renseigner sur les transcriptions officielles des noms de lieux. Parfois, c’est à la loupe que je détectais un nom transcrits avec de petits caractères. Et quand on trouve un lieu à consonance amazighe dans une région, on sait qu’il en existe d’autres dans les alentours.

Toujours en matière de sources, j’ai eu la chance de rencontrer, sur les lieux, l’écrivain André Brochier, conservateur en chef aux Archives d’Outre-Mer d’Aix-en-Provence (…), ce qui m’a permis de me renseigner sur les premières transcriptions officielles des noms de lieux d’origine arabe et berbère, juste après la conquête française. J’ai également visité l’exposition « Made in Algeria» au Musée des civilisations d’Europe et de Méditerranée (Mucem) de Marseille, relative à la cartographie algérienne.*

– Dans votre ouvrage, vous citez certains lieux dont les noms sont composés d’un mot amazigh et son synonyme en arabe. Selon vous, pourquoi cette manière de les composer ?

Il faut rappeler ici que l’Afrique du Nord, en général, et le territoire actuel de l’Algérie, en particulier, ont subi depuis l’Antiquité plusieurs invasions (…). Mais l’influence de ces occupants n’a pas effacé totalement la culture, les coutumes et la langue de la population locale, la population amazighe, et, par projection historique, la population algérienne (…).

Les autochtones, en s’arabisant, arabisent les mots des lieux utilisés par leurs ancêtres. La population amazighe utilise le mot amazigh local et ajoute son synonyme en arabe ; ce qui a produit des toponymes-pléonasmes, comme : Ighil Draâ (Versant du versant), Tessala-El Merdja (« Tessala», en tamazight, c’est une terre gorgée d’eau), « El Merdja» a la même signification en arabe, Bir Aghbalou, (Puits du Puits), « Bir» en arabe (puits), « Aghbalou» signifie « Puits» en tamazight (etc.).

Le processus d’arabisation qui a conduit de nombreuses familles amazighes à abandonner leur langue au profit de l’arabe s’explique par un ensemble de facteurs multiples et entrecroisés.

– Selon vous, ces modifications ont-elles eu un impact sur les populations des régions non amazighophones ?

Le nom de lieu qui relève souvent de formes anciennes est un témoignage de l’histoire et de l’évolution. Quand le nom appartient à une autre langue que celle que l’on parle dans le lieu nommé, il est le témoignage de langues disparues.

C’est le cas de la langue amazighe en Algérie et au Maghreb, disparue, parfois, depuis longtemps de certaines régions, mais qui subsiste dans la toponymie. Par exemple, dans la région ouest du pays, plus de 60% de toponymes sont amazighs, alors que la population est largement arabisée. Certains ne savent pas que le nom de la ville d’Oran vient de « Wihran», qui veut dire « Lions» en tamazight.

Dans les temps lointains, Oran s’appelait « Ifri», qui signifie « caverne, grotte». Que la localité de « Madagh», située à l’ouest d’Oran, vient de « Amadagh», qui signifie en tamazight « maquis ou forêt». Les citoyens d’Arzew connaissent-ils l’origine et la signification du nom de leur ville ? « Arzew», en tamazight, signifie « broche» ; le verbe « erzi» veut dire Lire la suite

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