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«J’ai compris la valeur toute relative des droits de l’homme face à la raison des Etats»

Publié le 08/04/2017, par dans Non classé.

Ce 7 avril, il y aura trente ans, jour pour jour, qu’Ali Mécili a disparu. Est-ce qu’il y aura un programme particulier pour marquer cette occasion ?

Pour ce trentième anniversaire, nous nous rassemblerons comme chaque année au cimetière Père Lachaise pour nous recueillir sur la tombe d’Ali (la cérémonie aura lieu ce samedi 8 avril, ndlr). Nous prévoyons d’organiser un événement plus tard au cours de l’année pour marquer ce trentième anniversaire.

Durant toutes ces longues années, vous avez fait preuve de persévérance dans votre combat contre l’impunité dont bénéficient les assassins du père de vos enfants. D’où tenez-vous cette énergie ?

Je tiens cette énergie de l’homme d’exception qu’était Ali, de sa force et de son courage. J’ai tout de suite été poussée par le sentiment d’un devoir à accomplir. C’est une question de dignité. Comment accepter que ce crime d’Etat demeure impuni ?

Croyez-vous donc encore en la tenue d’un procès un jour, malgré le non-lieu prononcé par la juge d’instruction dans cette affaire ?

L’ordonnance de non-lieu confirmée par la Cour d’appel de Paris et par la Cour de cassation n’est pas la fin de l’histoire. Le non-lieu ne signifie pas que le dossier est définitivement clos. Il peut être rouvert si des éléments nouveaux surviennent, et qui peut prévoir l’avenir ? Alors oui, j’espère toujours.

Et en tout état de cause, nous saisirons la Cour européenne des droits de l’homme qui jugera si, par leurs défaillances, les autorités françaises judiciaires et étatiques ont violé les dispositions de la Convention européenne des droits de l’homme.

En toute circonstance, il y a le meilleur et le pire. Est-ce qu’il en est de même pour vous qui avez été confrontée, dans un Etat de droit, à l’assassinat de votre mari, au nom de la raison d’Etat ?

Le pire aura sûrement été de réaliser qu’en France, pays des droits de l’homme, tout allait être mis en œuvre pour organiser l’enterrement de cette affaire. C’est-à-dire le silence de la classe politique, à droite comme à gauche, l’absence de représentants officiels de l’ordre des avocats lors des obsèques au Père Lachaise, et surtout le renvoi de l’assassin présumé en Algérie. Mais le meilleur est la fidélité de tous ceux qui nous ont soutenus pendant toutes ces années. Je suis fière du travail accompli. On n’a pas réussi à étouffer l’affaire Mécili et nous sommes debout.

Si vous deviez lancer un appel pour que la justice soit faite, à qui vous adresseriez-vous ?

Je crois qu’en trente ans, j’ai fait le tour de la question. Je me suis adressée à tous les présidents de la République qui se sont succédé et aucun d’entre eux n’a pu ou voulu obtenir de l’Algérie qu’elle réponde aux commissions rogatoires qui lui ont été adressées par les juges d’instruction. Ce qui a paralysé le cours de la justice. Alors, voyez-vous, je me demande vraiment si cela vaut la peine de s’adresser une énième fois à un énième président de la République pour obtenir justice. J’ai bien compris la valeur toute relative des droits de l’homme face à la Raison des Etats.
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