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Indissociables transitions économique et politique

Publié le 17/03/2016, par dans Non classé.

Tant que l’Algérie ne fait pas appel au FMI et à la Banque mondiale, le gouvernement dispose d’une marge de manœuvre
de deux à trois ans pour construire un réel projet économique.
L’Algérie doit impérativement associer les processus de transitions économique et politique dans sa quête du développement et d’une paix sociale durables. C’est la principale recommandation que font les universitaires et experts intervenant lors du colloque « Algérie : quelles transitions ?» organisé, avant-hier à Paris, par l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), en collaboration avec le Sénat français.

Selon Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS, « en même temps que l’Algérie est donnée comme un exemple de stabilité, particulièrement depuis les événements du Printemps arabe et la recrudescence du terrorisme dans la région du Sahel», elle est menacée au niveau interne par les conséquences néfastes d’une crise économique profonde.

Ce constat est partagé par Jean-Pierre Chevènement, président de l’association France-Algérie. « Même si l’Algérie prône la non-intervention, sa diplomatie est très influente, notamment en matière de médiation. Elle occupe toujours une position centrale sur l’échiquier géopolitique régional», a-t-il déclaré. Tout en avouant que « la chute des recettes liées aux hydrocarbures est préoccupante», l’ancien ministre français s’oppose à ce qu’il a qualifié de « sensibilité pessimiste en France à propos de l’Algérie».

M. Chevènement semble confiant que notre pays pourrait réussir ses défis futurs dans la paix. D’après lui, « la plasticité du système politique algérien explique sa continuité». Dans ce sillage, Fatiha Talahite, économiste et chercheure au CNRS, pense que l’Algérie a encore l’opportunité d’anticiper une crise économique et monétaire généralisée. « Ce qui se passe aujourd’hui a été expérimenté par les autorités algériennes après la crise de 2008», a-t-elle souligné.

Le pays a su également, jusque-ici, respecter la constante de « neutralisation des contraintes financières extérieures». Par conséquent, tant que l’Algérie ne fait pas appel au FMI et à la Banque mondiale, le gouvernement dispose d’une marge de manœuvre de deux à trois ans pour construire un réel projet économique. Sinon, nous serons à nouveau contraints d’exécuter une feuille de route économique imposée par les institutions financières mondiales.

Dans l’espoir d’éviter le retour d’une époque révolue, Smaïl Goumeziane, ancien ministre algérien du Commerce, nomme deux défis majeurs à surmonter « en même temps», l’un avec l’autre, en l’occurrence le changement politique et la transition économique, particulièrement dans son volet énergétique. « L’ouverture économique, dit-il, est indissociable de la liberté politique…» Le conférencier, dans son analyse des premiers mois d’austérité infligée au peuple algérien, a relevé des indices prémonitoires qui devraient alarmer le pouvoir sur l’impossibilité d' »acheter une paix sociale durable par l’argent».

Il a insisté sur le fait qu’un système économique productif et compétitif passera forcément par une large démocratisation du pays. Or, le système autoritaire actuel se base sur une économie rentière, « incapable de produire et gangrenée par l’informel». M. Goumeziane a affirmé qu’au moins un travailleur sur deux est embauché dans l’informel, et que ce secteur détient près de 50% de la masse monétaire en circulation. Autrement dit, l’informel représente 50% de l’économie algérienne hors hydrocarbures.

Cette situation ne devait donc que s’empirer à cause de la chute des prix du pétrole. « Cela a engendré une baisse importante des prix du gaz, ce qui a pénalisé encore plus l’Algérie, un pays plus gazier que pétrolier», a expliqué Francis Perrin, directeur de la rédaction de Pétrole et gaz arabes. Le spécialiste des stratégies énergétiques précise que ce revers économique tombe très mal, pile au moment « où la consommation domestique de l’énergie augmente considérablement en Algérie».

Afin de faire face à ces difficultés qui s’accumulent, M. Perrin pense que la solution serait la mise en place d’un processus de transition énergétique : « L’Algérie dispose encore de forts potentiels en énergies conventionnelles et non-conventionnelles. Ce qui lui permet de mener plus facilement sa transition énergétique.» Après la politique et l’économie, l’Algérie est appelée dans un futur proche à avoir des positions fortes sur les plans diplomatique et géopolitique.

C’est ce qu’ont indiqué Kader Abderrahim, chercheur à l’IRIS, Louisa Dris-Aït Hamadouche, maître de conférences à l’université Alger 3, et Hasni Abidi, enseignant-chercheur à Genève, spécialiste du monde arabe et méditerranéen. Il s’agirait particulièrement de ses relations avec le Maroc, les évolutions du dossier Sahara occidental et la situation sécuritaire en Libye. Lire la suite

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