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«Il y a une inconscience effrayante face aux dangers qui guettent le pays»

Publié le 14/04/2016, par dans Non classé.

– Quelle analyse faites-vous de la visite du Premier ministre français, Manuel Valls, et surtout de la publication des photos du Président, juste après qu’il l’ait rencontré ?

Il faut d’abord voir le contexte dans lequel cette visite a eu lieu. Juste après l’affaire Panama Papers et la publication de la photo du Président en une du journal Le Monde et dans d’autres médias français. L’Algérie a protesté énergiquement. On s’attendait à ce que la visite soit reportée. Si l’on considère qu’il y a eu atteinte aux symboles de l’Etat, il aurait fallu l’ajourner, comme cela s’est passé avec l’Arabie Saoudite. Ce n’est pas la première fois que l’Algérie et ses symboles sont traités de la sorte, sans qu’il y ait de réaction… Cette fois-ci, c’est le président de la République en personne qui a été associé au scandale planétaire Panama Papers, dans lequel est impliqué le ministre de l’Industrie, Abdessalem Bouchouareb. Il n’est pas le seul.

On a associé Poutine, Robert Mugabé, Bachar Al Assad, alors qu’ils ne sont pas directement impliqués. Raisons pour laquelle nous avions dit qu’à ce stade, les révélations sont orientées et sélectives et que pour nous prononcer, nous attendons qu’apparaissent des noms d’Américains, d’Israéliens qui, jusqu’à maintenant, ne figurent nulle part. La visite de Valls a été maintenue alors que dès le début, nous avions constaté un comportement irresponsable, des attitudes…

Comme par exemple des ricanements, des clins d’œil. Cela ne peut traduire qu’un agacement, peut-être parce qu’ils n’ont pas obtenu ce qu’ils voulaient. Il y avait plus que des maladresses. C’était délibéré. Malgré cela, Valls s’est retrouvé chez le Président. En tant que Premier ministre, du point de vue protocolaire, il aurait dû être reçu par son homologue, Abdelmalek Sellal. Cela aurait largement suffi.

– C’est une pratique très courante du Président…

C’est vrai. Le n°9 du FMI est reçu par le Président ! C’est une dérive que nous avions dénoncée avant même que le Président tombe malade. Il y a comme un complexe de l’étranger. Tous ceux qui viennent de l’extérieur sont reçus. Cela détruit l’échelle des valeurs et rabaisse le président de la République. Aujourd’hui, nous avons l’expression la plus flagrante de cette dérive. Valls se permet de publier une photo de son entrevue avec le Président sur son compte Twitter. Il y a des règles protocolaires à respecter.

Lors d’une visite d’une délégation étrangère, seuls les journalistes accrédités, généralement des correspondants d’agences et de médias publics, ont accès pendant un temps limité à la rencontre. Là, il y a eu une opération préméditée de la part de Manuel Valls sous forme de représailles parce qu’il n’a pas obtenu ce qu’il voulait. La suite, tout le monde la connaît.

C’est une réaction d’une extrême violence. Les journalistes du Petit Journal ont été chassés par le roi du Maroc, mais il n’y a pas eu une cette levée de boucliers. C’est passé inaperçu. Alors, pourquoi ce comportement avec l’Etat algérien ? Cela me conduit à penser qu’il s’agit d’une réaction à la limite de la menace parce qu’en vérité, l’Etat français se comporte depuis un certain temps comme si l’Algérie était en train de redevenir une de ses colonies ou un de ses départements d’outre-mer. Durant toute cette visite, nous n’avons pas cessé d’entendre le mot « confiance».

Or, ce qui s’est passé est tout à fait le contraire. Valls a assené un coup de couteau dans le dos de l’Algérie. C’est de la traîtrise et du mépris. Quel que soit l’état de santé du Président, cela concerne l’Algérie, un pays indépendant. C’est une atteinte à la dignité de tous les Algériens, pas seulement du Président. Ni l’Etat français, ni ses médias, ni un autre Etat n’ont le droit de s’immiscer dans nos affaires. C’est à nous de résoudre nos problèmes. Là, c’est une pression supplémentaire, je dirais même que c’est la pression de trop.

– Ne pensez-vous pas que cette ingérence a commencé lorsque les plus hautes autorités se réunissaient au Val-de-Grâce, en France, pour discuter des affaires du pays ?

Des cafouillages, il y en a eu, je suis d’accord avec vous. Mais il faut peut-être rappeler les circonstances de cette période. Il y avait des urgences, le Président était absent. Il ne fallait pas non plus qu’il y ait une vacance du pouvoir. Je ne suis pas dans les secrets des dieux, mais je trouve plutôt normal qu’on cherche à maintenir le fonctionnement des institutions.

C’était la période du Printemps arabe. C’est en 2013 aussi que le Pentagone avait publié une série de décisions, notamment le renforcement des bases des Marines au sud de l’Espagne et de l’Italie, dans la perspective d’une intervention militaire américaine. Les rapports disaient qu’à l’occasion de l’élection présidentielle de 2014, l’Algérie sombrerait dans le chaos. Leurs projections étaient catégoriques. Nous avions même protesté contre ces rapports qui émanaient non seulement du Pentagone, mais aussi du département d’Etat. C’étaient des déclarations de fauteurs de guerre.

La réponse de la représentante de l’ambassade US à Alger a été : « Nous sommes les chefs du monde. Nous sommes libres d’intervenir là où nous voulons et quand nous voulons.» Nous lui avons demandé des explications à propos de la résolution de McCain, qui ciblait directement l’Algérie, et elle a dit : « Chez nous, c’est la démocratie. Chacun fait ce qu’il veut et décide ce qu’il veut.» Nous avions rendu publique cette discussion et en représailles, l’ambassadeur que nous avions sollicité pour une entrevue avait refusé de nous recevoir.

C’est pour vous remettre dans le contexte de 2013. C’était une période assez critique. Il était tout à fait normal que des responsables se déplacent à Paris pour voir le chef de l’Etat dès qu’il s’est remis. Ce n’est pas la première fois que l’Etat français commet des bourdes en s’immisçant dans les affaires du pays. Ces bourdes se sont aggravées depuis que François Hollande a pris le pouvoir à travers sa politique guerrière et son interférence.

D’ailleurs, parmi les pressions exercées sur l’Algérie se trouve aussi la question des réfugiés dont il porte la responsabilité, lui et la communauté internationale. Lire la suite

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