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«Il y a absence de professionnalisme des intervenants»

Publié le 05/03/2018, par dans Non classé.

– Un usage abusif des antibiotiques est constaté dans certains élevages. Qu’en est-il exactement ?

L’utilisation des antibiotiques a deux objectifs en aviculture : thérapeutique et zootechnique. Les antibiotiques ont tout d’abord une utilisation thérapeutique visant l’éradication d’une infection présente (but curatif) ou la prévention d’une infection possible, à l’occasion d’un transport, d’une vaccination ou autre stress (but prophylactique). Cette dernière utilisation est d’usage courant et souvent (trop souvent ?) préconisée par les vétérinaires eux-mêmes.

A côté de cet usage thérapeutique, on trouve une utilisation propre à l’élevage de rente : l’utilisation zootechnique. Cette pratique relève d’une observation qui date du début de l’emploi des anti-infectieux : si de faibles quantités sont incorporées dans l’aliment en période de croissance des animaux, on obtient une amélioration du gain de poids que l’on peut estimer entre 2 et 5%. Cet effet est principalement observé dans des élevages avec un niveau d’hygiène précaire et tend à diminuer avec l’amélioration des conditions sanitaires.

L’incorporation de ces médicaments, dits « facteurs de croissance», dans l’aliment est interdite depuis 2006. Certains éleveurs, pour contourner cette interdiction, abusent de leur utilisation à titre « prophylactique», parfois sans même les retirer avant l’abattage (temps d’attente), ce qui favorise la persistance de résidus dans la viande.

– Pourquoi une telle situation (complicité des vétérinaires, absence de contrôle, nature traditionnelle des élevages, etc.) ?

La principale cause est l’absence de professionnalisme des intervenants. Par exemple, la conduite d’élevage impose une hygiène minimale, des normes de densité définies pour chaque type d’élevage, des bâtiments correspondant à l’espèce élevée, etc.

Ces paramètres sont souvent ignorés et les conséquences peuvent être de plusieurs ordres : diminution des performances des animaux, donc de la rentabilité, maladies fréquentes en raison du manque d’hygiène et des stress divers subis par ceux-ci. Pour compenser toutes ces imperfections dans le management, les éleveurs recourent aux antibiotiques de manière systématique, parfois sans même consulter des spécialistes.

On ne peut pas parler de complicité des vétérinaires, puisque la plupart sont parfaitement conscients des problèmes que pose l’emploi immodéré de ces substances et tentent à mettre en garde les éleveurs contre ces pratiques. La nature traditionnelle des élevages n’est pas non plus en cause.

Le problème, au contraire, est retrouvé exclusivement en élevage « industriel», avec des capacités d’une certaine importance, et principalement en élevage de poulets de chair. Cette activité est souvent pratiquée à mi-temps par des non-initiés durant les périodes de forte demande, avec des conséquences sanitaires critiques.

– Quelles en sont les conséquences sur la santé humaine (consommateur) ?

Pour la santé humaine, les risques peuvent être de deux ordres : ceux posés par les résidus dans la viande de consommation et ceux dus à la contamination de l’homme par des bactéries zoonotiques résistantes à des antibiotiques utilisés.

Des risques toxiques et des accidents d’hypersensibilité peuvent être encourus par le consommateur du fait de la persistance de résidus dans les denrées alimentaires, avec parfois des conséquences dramatiques, pouvant conduire notamment au décès de sujets allergiques.
D’autre part, les antibiorésistances sont source d’inquiétudes pour le monde scientifique.

Le risque dû au transfert de bactéries pathogènes zoonotiques de l’animal à l’homme existe. Actuellement, en élevage intensif, les bactéries isolées à l’occasion d’une pathologie sont en majorité résistantes à plusieurs antibiotiques de familles différentes.

Ainsi, si une bactérie résiste à plusieurs antibiotiques de familles différentes, l’utilisation d’un seul de ces antibiotiques favorisera la sélection et la diffusion de celle-ci, mais également des différents mécanismes de résistance aux autres familles. On parle alors de phénomène de co-sélection.

Ces résistances proviennent justement de l’utilisation immodérée des antibiotiques, que ce soit en médecine humaine ou en usage vétérinaire pour les animaux de rente. Et plus les antibiotiques sont utilisés, plus les probabilités sont grandes que des bactéries acquièrent ces résistances. Lire la suite

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