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«Il n’y aura de changement du système que si un nombre suffisant d’Algériens y croient»

Publié le 11/12/2017, par dans Non classé.

Soufiane Djilali, président de Jil Jadid, revient dans cet entretien sur les dernières élections locales en analysant les résultats et le taux d’abstention élevé. Il explique sa démarche pour l’application de l’article 102 de la Constitution, donne son point de vue sur le 5e mandat, répond sur l’initiative du trio Ibrahimi-Benyellès-Yahia Abdennour. Pour Soufiane Djilali, la classe politique actuelle n’est pas encore prête pour assumer ses responsabilités.
Vous avez affirmé au lendemain des législatives que l’abstention massive des élections était le premier acte de désobéissance civile. L’abstention a été également au rendez-vous des élections locales. Sommes-nous dans la poursuite de cette désobéissance civile ? Jusqu’où ira-t-elle ?

C’est aujourd’hui un constat unanime, l’abstention est devenue endémique. Les taux de participation officiels sont largement gonflés, mais personne n’est dupe. Les Algériens vivent chaque élection comme un moment de déni de leur citoyenneté. Ils savent que ce qui aurait dû être l’expression de leur volonté et de leur souveraineté est, à chaque fois, transformé en une manipulation de mauvais goût, juste pour maintenir en place le régime. Au fond, les Algériens sont blessés par tant de mépris. S’abstenir d’aller voter c’est une façon de dire aux dirigeants : « Faites ce que vous voulez puisque vous avez le pouvoir, mais sans nous.» Cette défiance, très profonde, est une désobéissance civile.

Tant que la rente et l’assistanat sont plus ou moins assurés, il y aura une forme de statu quo. Mais si ce contrat est rompu, alors la question de la légitimité du pouvoir se reposera avec force et probablement avec… violence !

Vous avez décidé de boycotter tous les processus électoraux jusqu’à ce qu’il y ait changement de système. Mais pour plusieurs partis de l’opposition, le boycott comme l’abstention ne sont pas forcément un levier de lutte efficace pour le changement. Certains d’entre eux considèrent même cela comme une attitude passive qui arrange plus les partis du pouvoir et qui ne les dérange. Qu’avez-vous à leur répondre ?

Cette question est légitime. Vous pensez bien que nous avons longuement débattu en interne. La réponse dépend de ce que vous cherchez, en tant que parti politique. S’il s’agit, pour vous, de mettre en place un appareil politique, la participation aux élections peut vous donner quelques moyens.

Mais à quel prix ? Les APC, les APW et bien plus encore l’APN et le Conseil de la nation sont les paravents démocratiques du système. Celui-ci peut tolérer une marge de manœuvre aux différents acteurs mais ne leur permet en aucune manière de remettre en cause sa viabilité. J’entends bien certains arguments en faveur de la participation, en particulier, celui de mobiliser ses militants et sympathisants, d’utiliser des « tribunes» institutionnelles pour faire avancer ses idées, et de construire une base pour le parti.

La réalité est qu’à ma connaissance, aucun parti politique depuis 1989 n’a pu démontrer la justesse de ces arguments. Les appareils politiques ne peuvent se maintenir que grâce au jeu des quotas et des alliances avec le pouvoir.

Maintenant et a contrario, voyons l’effet du boycott : tout le monde sait, qu’au final, le pouvoir est très embêté par cette situation, bien qu’il contrôle les partis, directement ou indirectement, et distribue les quotas en rééquilibrant à sa guise les résultats. Tant que l’abstention reste passive, il s’y adapte. Le problème pour le pouvoir commence lorsqu’il y a un discours politique qui donne un sens à cette abstention et qui la transforme en boycott. Les faits sont devant nous : près de 80% des Algériens refusent d’aller voter. C’est tout dire !

Vous avez lancé une campagne pour l’application de l’article 102 de la Constitution pour destituer le président Bouteflika qui, selon vous, ne gouverne plus le pays. Où en êtes-vous ?

Oui, nous avons réclamé, à plusieurs reprises, l’application de l’article 102 de la Constitution. Tout le monde sait que le Président est totalement et définitivement dans l’incapacité de gouverner. L’ICSO, qui regroupait les partis de l’opposition, avait rendu publics des communiqués pour réclamer une présidentielle anticipée pour cause de vacance du pouvoir. Mais très opportunément, certains partis ont commencé à nier cette position à l’approche des élections.

J’ai entendu dire un président de parti qu’il n’était pas contre le principe de la candidature de Bouteflika pour un cinquième ou un sixième mandat, et un autre balbutier timidement que le poste de président de la République n’était ni occupé ni vacant ! Allez comprendre quelque chose à cette logique ! Le président de la République française a accompli, seul, le cérémonial officiel à Maqam Echahid, puis il a pris un bain de foule au cœur d’Alger, encore seul, et a animé une conférence de presse, en maître de céans, toujours sans la présence du président de la République algérienne…

Y a-t-il besoin d’une autre preuve pour admettre que M. Bouteflika est dans l’impossibilité d’assumer ses charges constitutionnelles ?

D’ailleurs, il faut noter que le président français n’a dit aucun mot sur une supposée « alacrité» de Bouteflika. Cette partie du « contrat» politique a été remplie par Le Drian, une fois de retour en France ! E. Macron ne veut pas détériorer son image avec de gros mensonges, même au nom de la raison d’Etat.

Comme tous les peuples, les Algériens ont besoin d’un leader qui incarne la fonction de dirigeant suprême. Il doit être un modèle, une raison de fierté nationale. Quelqu’un peut-il croire que M. Bouteflika inspire de l’admiration et du rêve ? Il a déjà irrémédiablement détruit son image dans l’imaginaire populaire, en attendant de détruire ce qu’il reste du crédit de l’Etat.

Des personnalités nationales ont lancé des appels similaires. Comptez-vous coordonner vos actions politiques ?

La situation actuelle exige que toutes les bonnes volontés s’associent sur un minimum politique. Tous les Algériens sont interpellés. Il y a eu une initiative du trio Ibrahimi-Benyellès- Yahia Abdennour. Quelles que soient leurs convictions personnelles, ils représentent tout de même une autorité morale alors qu’ils n’avancent aucune ambition personnelle. Je pense que d’autres personnes doivent s’associer à cette initiative et essayer de créer un contrepoids au pouvoir actuel. J’espère qu’ils assumeront jusqu’au bout cette démarche qui les honore. Lire la suite

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