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Il n’existe aucune recette universelle pour fabriquer de la ville

Publié le 02/03/2018, par dans Non classé.

– Pourquoi, à votre avis, et en dépit de tous les projets et les plans mis en place, on n’arrive toujours pas à réussir à construire des villes ?

L’intention ne suffit pas. Parce que la ville ne se construit pas comme un bâtiment, car elle puise la moitié de son essence dans une discipline transversale qui est l’urbanisme et l’autre moitié dans le registre, autrement plus complexe, qu’est la société. D’abord elle se pense, puis elle négocie et enfin elle se partage.

Elle se passe de tout caractère exécutoire, car le temps qu’il faut pour faire la ville se compte en décennies ; je veux dire qu’il faut avoir au préalable une vision claire et partagée sur au moins vingt ans. Ce n’est pas un amoncellement de techniques suivi d’un assemblage de systèmes constructifs, le tout caché derrière une procédure. On peut construire des routes, des réseaux, des immeubles, planter des arbres et des fleurs, mais ça ne fait pas une ville.

– Ce n’est pas purement technique ou sociologique, mais surtout politique…

La technique est en vente libre et les expertises locales ne manquent pas, même si dans la maîtrise d’ouvrage publique, il ne semble pas y avoir beaucoup de critères objectifs et réalistes pour différencier une bonne d’une mauvaise expertise. L’urbanisme n’est pas une science du dessin mais de la stratégie et il n’existe aucune recette universelle pour fabriquer de la ville, puisque qu’elle doit être en résonance avec la société et chaque société est culturellement singulière.

La politique de la ville, c’est la politique de la société, et un projet de ville est un projet de société. Nous sommes loin du terrain de jeu mis à la disposition d’embellisseurs, ou d’enlaidisseurs, selon l’exigence culturelle et l’angle esthétique où on se place.

Comment voulez-vous prétendre construire des villes quand vous n’arrivez pas à agir correctement dans les villes existantes sans les dégrader ? Avez-vous remarqué ce foisonnement absurde de mauvais plans lumières dans nos villes, où au lieu de mettre en lumière des bâtiments et du patrimoine pour en révéler l’esthétique, on s’en sert comme des torches jusqu’à l’aveuglement et la vulgarité, provoquant l’inverse de l’effet escompté et l’illusion d’avoir réussi.

– Jusqu’à maintenant, la politique se concentre essentiellement et uniquement sur le logement, la délocalisation de la population, mais jamais une politique et une vision d’une ville globale et homogène…

C’est vrai. Le nouveau ministre de l’Habitat et de la Ville l’a lui-même confirmé en déclarant à juste titre qu’il n’était pas le ministre de l’Aadl. Pour le reste, tant que l’urbanisme est considéré comme l’enfant pauvre de la ville et qu’il est confié à des bureaux d’études publics, que nos environnements immédiats sont conçus par de très jeunes architectes mal formés, sans culture, ni expérience, ni expertise, et encore moins de conscience, nous n’obtiendrons rien de mieux que ce que nous avons produit jusque là, c’est à dire une série d’illusions de villes.

La plus belle blague qu’on ait pu faire au président de la République était de lui faire croire que la ville de Sidi Abdellah était une ville intelligente de dernière génération. Un effet d’annonce insistant s’entend ces jours-ci à propos de la capitale, je crains le pire. Lire la suite

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