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«Il ne faut pas tomber dans la banalisation de la triche ou le fatalisme»

Publié le 11/06/2018, par dans Non classé.

Dans cet entretien, la ministre de l’Education nationale, Nouria Benghabrit, parle sans filtre des conditions dans lesquelles se dérouleront les épreuves du baccalauréat, prévues dans quelques jours. La ministre est revenue sur les perturbations ayant secoué les établissements, et nous livre sa vision concernant le projet de réorganisation des examens, situant les blocages. La responsable du secteur de l’Education fait aussi le point sur les préparatifs et les mesures prises pour sécuriser l’examen.
– Quelle lecture faites-vous des résultats de l’examen de fin du cycle primaire ?

Je dirais que les résultats sont satisfaisants. N’oublions pas que l’année scolaire a connu des perturbations qui ont eu un impact négatif sur le climat scolaire. Même si ces perturbations n’ont touché qu’un nombre réduit d’établissements et n’ont concerné le cycle primaire que dans une infime proportion, leur effet sur le plan psychologique est indéniable.

Pour ces raisons, nous nous réjouissons des résultats obtenus. Ceci m’amène tout naturellement à remercier les équipes pédagogiques et notamment les inspecteurs qui se sont mobilisés pour garantir le droit à l’enseignement aux élèves et assurer le suivi du rattrapage des cours.

– Ces résultats reflètent-ils des lacunes dans l’apprentissage des matières essentielles ?

Nous n’avons pas attendu les résultats de cet examen pour faire une évaluation des acquis des élèves. Nous savons exactement où se situent les lacunes à la faveur des différentes évaluations menées tant au niveau national qu’international.

Au niveau national, il y a eu premièrement les deux conférences nationales d’évaluation du système éducatif en 2014 et 2015 ; deuxièmement, le questionnaire que nous avons soumis pour avis aux enseignants, via notre plateforme numérique, sur le système d’évaluation pédagogique et auquel ont répondu plus de 95% de ces enseignants (350 000 enseignants) ; troisièmement, le travail de recherche qui a été effectué durant une année entière pour recenser les erreurs récurrentes que commettent les candidats aux examens nationaux. Ce sont plus de 65 000 copies qui ont été expertisées, ce qui a permis de relever et d’analyser plus de 460 000 erreurs.

Au niveau international, il y a eu : la participation de nos apprenants aux olympiades internationales de mathématiques ; au championnat de mathématiques de la jeunesse méditerranéenne et surtout au Programme international du suivi des acquis des élèves (PISA) en 2015. Le diagnostic établi, des alternatives pédagogiques ont été arrêtées pour y remédier sur la base d’un référentiel national des apprentissages, des évaluations et de la formation Marwattt.

Cette alternative est une capitalisation maximale des résultats des enquêtes lancées par le ministère de l’Education, des travaux de recherche des équipes et laboratoires de recherche universitaires mais surtout le fruit d’une dynamique pluridisciplinaire et institutionnelle entre les acteurs du système éducatif et scolaire (les inspecteurs, les concepteurs de programmes, les formateurs, les concepteurs des manuels) et les institutions nationales : les ministères de la Culture et des affaires religieuses, le Haut Conseil de la langue arabe, le Haut Conseil de la langue amazighe…

– Il y a un consensus sur la nécessité de la suppression de cet examen et les recommandations de la conférence nationale sur l’évaluation de la réforme l’attestent. Qu’est-ce qui bloque cette mesure ?

Le consensus exprimé est celui de la nécessaire révision de son mode d’organisation. Un premier pas a déjà été fait, celui du maintien des élèves dans leur propre établissement afin de pallier à la dimension de stress lié au déplacement de ces derniers dans de nouveaux sites.

– Le baccalauréat se déroulera dans quelques jours. La grève du Cnapeste a-t-elle influé sur les conditions dans lesquelles se dérouleront les épreuves ?

Il est tout à fait clair que la suspension de la scolarité des élèves, quelle que soit la légitimité ou non des raisons invoquées, ne peut qu’affecter les apprenants et perturbe le processus d’apprentissage. Ce genre de situation est générateur d’inégalités, que nous combattons. Elle porte préjudice au principe d’équité qui est l’un des fondements de notre système scolaire.

Ceux qui ont les moyens ont recours aux cours payants, dont les tarifs en période de perturbation de la scolarité connaissent une hausse importante, et ceux qui n’en ont pas accumulent les retards. Il faudrait véritablement un sursaut de conscience et de mobilisation positive pour que – tous ensemble – nous puissions travailler d’abord à la régularité de la scolarité, sans laquelle nous ne pouvons exiger de bons résultats des élèves et un meilleur positionnement de l’école algérienne dans les classements internationaux.

Ceci étant dit, toutes les mesures ont été prises par le ministère de l’Education nationale (MEN) afin d’assurer la continuité des cours. Il y a eu, d’abord, toutes les mesures organisationnelles : encadrement et accompagnement des établissements concernés par les perturbations, par le biais des collèges inspectoraux qui sont chargés de mobiliser les inspecteurs afin d’accompagner les enseignants ; laisser les portes des établissements ouvertes devant tout enseignant désireux de donner des cours de soutien et permettre aux élèves de réviser en groupes, les mardis après-midi et les samedis matin ; exploitation de la première semaine des vacances de printemps ; impulser le rôle des parents et les sensibiliser quant à la nécessité d’accompagner et de suivre l’assiduité de leurs enfants.

Et puis, il y a eu toute une batterie de mesures d’ordre pédagogique : réaménagement des emplois du temps (temps scolaire) pour une utilisation optimale ; réajustement des plans et les progressions annuels (régulation) ; mise à la disposition des élèves des classes de terminale des comptes électroniques leur permettant d’accéder à la plateforme pédagogique de l’Office national d’enseignement et de formation à distance… Toutes ces mesures nous ont permis de rattraper le retard enregistré. Tout le programme a pu être achevé.

De plus, la programmation de l’examen après le mois de Ramadhan conformément au souhait de la majorité des candidats, qui ont exprimé librement leur choix à la faveur de la consultation lancée par le MEN sur le sujet, donnera plus de temps aux candidats pour les révisions et leur permettra de passer leur examen dans de meilleures dispositions. Pour notre part, nous avons pris, avec les secteurs concernés, toutes les mesures leur permettant de concourir dans de Lire la suite

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