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«Il faut profiter des messages susceptibles de construire un avenir solidaire»

Publié le 16/05/2016, par dans Non classé.

– Que représente Pierre Claverie pour l’Eglise d’Algérie ?

Dans cette histoire, il y a eu des gens qui avaient pris position, en signe de solidarité avec l’Algérie, depuis longtemps, comme le père Scotto, curé d’Hussein Dey, chez qui j’ai passé un an entre 1951 et 1952. C’est chez lui que j’ai fait la connaissance de Chaulet, Pierre Roche et bien d’autres. Pierre Claverie a illustré une évolution tout à fait précieuse de quelqu’un qui était dans l’Algérie coloniale et qui, ensuite, s’est aperçu qu’il fallait construire ensemble dans la société algérienne indépendante. Il y en avait d’autres qui s’étaient engagés dès le départ, bien avant l’indépendance du pays.

Pierre Claverie ne symbolise pas toute l’Eglise d’Algérie, il symbolise ceux qui avaient ignoré les problèmes avant l’indépendance et qui les ont découverts après. Il a vécu dans l’ambiance qui était celle de la majorité de la population européenne et, après l’indépendance, grâce en particulier à ce qui se disait en France, il a compris qu’il fallait construire une société où chacun s’engageait dans le même sens.

Il a donc fait ce changement et avec courage d’ailleurs, au point même d’assumer toutes les déclarations qu’il a faites durant la période grave des années 1990 et finalement être victime de la violence. Claverie avait dit : « J’ai vécu dans une bulle.» Il y avait des gens qui soutenaient le système colonial et voulaient le maintenir mais,d’autres gens ignoraient que la relation coloniale était une relation d’humiliation et de paupérisation de la société algérienne.

– Ce n’est pas votre cas…

Moi ma situation n’était pas la même parce que je suis arrivé en Algérie en 1946. Je n’étais pas un Européen d’Algérie. Nous étions d’ailleurs un peu marginalisés. Et puis j’ai eu la chance de faire ma première année complète en Algérie chez le père Scotto. Madame Afifa Brerehi de l’université et d’autres personnes autour d’elles viennent de solliciter divers témoins pour publier un livre sur les combats pour la démocratie en Algérie de 1900 à 1962.

Elle m’a demandé de faire le chapitre sur le père Scotto, je l’ai fait volontiers parce que j’ai vécu avec lui jusqu’à sa mort, en 1992. Mais si j’avais été à Oran à ce moment-là, j’aurais pu le faire sur le père Berenguer ou la famille Laribère, etc.

– Y a-t-il eu d’autres ouvrages sur le même sujet ?

Je voudrais rendre hommage à Rachid Khettab, un éditeur qui a publié, il y a trois ans, deux volumes sur les Européens (à l’époque on mettait aussi les juifs) qui se sont solidarisés avec la revendication algérienne en Algérie et un deuxième volume sur ceux qui se sont solidarisés en France.

Ce sont plusieurs centaines de noms qui permettent non pas d’affirmer que toute la population européenne était dans ce sens-là, mais de dire qu’il y a quand même, à l’honneur de cette population, des gens qui ont réagi en conscience.Monseigneur Duval en a fait partie et d’autres encore. Moi j’ai été évêque d’Oran. L’évêché, à cette époque-là, était derrière la cathédrale, sur la place Maître Thuveny, qui a été assassiné par la Main Rouge au Maroc parce qu’il s’était solidarisé avec l’Algérie.

– En quoi consiste votre intervention lors de ce colloque ?

Mon intervention consiste à expliquer comment il pouvait se faire que la pièce qui va être jouée a été demandée 647 fois en quelques années. Parce que dans cette pièce, on rejoint le message de Pierre Claverie, l’amitié qu’il avait avec Mohamed. Beaucoup de gens cherchent à recevoir ce message-là, c’est-à-dire des témoins qui avaient donné tout ce qu’ils pouvaient pour construire une relation entre Européens et Algériens, entre chrétiens et musulmans et, plus largement, entre chaque personne et ceux qui sont différents. Alors je vais revenir sur cette pièce que j’ai vue plusieurs fois, la plupart du temps en France.

J’ai été moi-même en lien avec Azzedine Gaci, qui est imam de la mosquée de Villeurbanne (Lyon, France) et qui est en même temps professeur de physique et de chimie à l’école d’ingénieurs de Villeurbanne. Il a fait venir ce groupe et lui, en tant que responsable de mosquée, a fait présenter ce message qui est un message chrétien avec une note donnée par Mohamed, l’interlocuteur de Pierre. Il y a eu donc une majorité de musulmans dans ce quartier de Villeurbanne qui ont vu ce message.

Ensuite, Gaci s’est arrangé pour que cela soit présenté dans une autre banlieue lyonnaise, à Vaux-en-Velin. Après, la pièce a été présentée au centre de Lyon, et là il y avait plus de chrétiens. Autrement dit, il faut essayer de profiter des messages susceptibles de construire un avenir solidaire, les faire connaître, attirer le public pour les recevoir. Moi, je reçois à peu près 15 e-mails par jour qui m’apportent des nouvelles de gens qui construisent la relation dans les endroits les plus divers.

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