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«Il est possible de sortir de l’impasse»

Publié le 07/10/2017, par dans Non classé.

Par Farid Bourennani

Economiste, banquier d’affaires, expert en ingénierie financière
Au moment où la scène politique nationale et l’ensemble de l’expertise en économie dénoncent le recours par l’Etat au financement non conventionnel, il serait bon de rappeler que l’Etat n’avait pas attendu le projet d’autorisation de modification de la loi sur la monnaie et le crédit pour créer de la monnaie par l’entremise de la Banque d’Algerie, que le Trésor a commencé à éponger les déficits budgétaires par le recours au Fonds de régulation des recettes (FRR) dès 2009, que le glissement continu de la valeur du dinar a permis de gonfler les recettes de la fiscalité pétrolière et les taxes sur les importations sont entrepris depuis plusieurs années avec un rythme encore plus soutenu ces derniers mois.

Toutes ces actions ne suffisent plus ; or, c’est dès 2009 que l’on aurait dû faire preuve de rigueur budgétaire à la fois dans la rationalisation et l’efficience des dépenses de fonctionnement et d’investissement et dans l’amorçage de diversification des recettes autres que les hydrocarbures.
Les gouvernements successifs se sont laissés griser par l’embellie des cours pétroliers et par la facilité du laxisme budgétaire. Lorsque les marchés se sont retournés à la baisse, les gouvernements successifs se sont enfermés collégialement dans un déni des nouvelles réalités et se répétaient à loisir, relayés par des experts de complaisance, que la crise est conjoncturelle, tout au plus 12 à 18 mois. L’heure du réveil a sonné, le temps des réformes en douceur est passé, faisant place à une gestion d’urgence.

Le financement conventionnel dans le reste du monde

Il ne faut pas confondre ni banaliser ce que l’Algérie entreprend avec les politiques d’assouplissement quantitatif, telles que celles qui ont été mises en œuvre aux Etats-Unis, au Japon, dans la zone euro ou en Angleterre. En effet, dans leurs cas, la Banque centrale achète des titres représentatifs de la dette publique afin de faire baisser ou de contenir les taux d’intérêts et donc de permettre au Trésor d’emprunter dans de meilleures conditions sur les marchés financiers. Elle ne finance donc pas l’intégralité du déficit budgétaire, forçant ainsi le gouvernement à recourir aux marchés financiers pour couvrir le solde de ses besoins. La rigueur dans la gestion budgétaire demeure de mise et l’obligation de poursuivre les réformes aussi sous peine d’être sanctionné par les marchés. Les Etats doivent continuer d’entretenir la confiance des investisseurs.

Il ne faudrait pas omettre de mettre en avant le rôle majeur de la Banque d’Algerie dans la régulation des liquidités des banques commerciales par sa politique et sa capacité de refinancement et la fixation des taux directeurs. Les banques commerciales sont les moteurs de l’économie en finançant les entreprises. Ces dernières années, nous avons connu nombre de décisions malheureuses ayant occasionné un assèchement des liquidités de l’ordre de 8000 milliards de dinars (soit au cours de l’époque quelque 100 milliards de dollars). Je cite quelques exemples non exhaustifs :

– remboursement de la dette au lieu d’un reprofilage avec de meilleures conditions ;
– taxation en 2006 des superprofits avec, à tort, un effet rétroactif, ce qui a conduit à indemniser Anadarko de 4,4 milliards de dollars et l’extension de la date d’échéance du contrat de 25 ans. Maersk a été indemnisé de 909 millions de dollars. Total a trouvé un arrangement prolongeant la durée de ses concessions en exploration de 25 ans ;
– rachat de la participation de 49% de Kellog Brown and Root, filiale de Halliburton dans BRC Spa pour ensuite être dissoute ;
– dissolution du Groupe Khalifa au lieu de la nationalisation pour preserver les actifs et les fonds de commerce ;
– financement sur fonds propres du Trésor de grandes infrastructures éligibles aux financements de projets BOT ;
– acquisition hasardeuse de 51% de Djezzy ;
– obligation du 51/49 généralisée pour toutes les entreprises étrangères sans ciblage de secteurs ;
– instauration de l’obligation du crédit documentaire pour toutes les importations qui a induit des surcoûts au profit des intermédiaires financiers et en moyenne un renchérissement des produits unitaires importés. Avec un surcoût moyen additionnel de 10%. Ainsi, avec une valeur cumulée des importations sur la période 2009-2015 estimée à 250 milliards de dollars. Le gaspillage s’est situé autour de 25 milliards de dollars.

En 2015 et 2016, la Banque d’Algerie a procédé à des avances respectivement de 276 et 280 milliards de dinars. Soit une création monétaire de 556 milliards de dinars (environ 5 milliards de dollars)

Toujours pour 2015 et 2016, la Banque d’Algerie a procédé à des avances sur dividendes de 610 et 919 milliards de dinars. Soit un total de 1529 milliards de dinars (environ 15 milliards de dollars).

Au total, la Banque d’Algérie a soutenu le Trésor avec 2085 milliards de dinars en deux ans (près de 20 milliards de dollars).
Si on ajoute à cela le fruit de l’emprunt obligataire de 580 milliards de dinars (5 milliards de dollars), un prêt de la Banque africaine de développement (BAD) de 105 milliards de dinars (1 milliard de dollars) et l’utilisation du stock minimum du FFR de 760 milliards (7,5 milliards de dollars).

Ainsi, sans tirer la moindre sonnette d’alarme ni modifier et rationaliser la structure de ses dépenses, le gouvernement a utilisé des ressources extérieures de 3470 milliards de dinars (33 milliards de dollars).
La Banque d’Algérie ayant atteint les limites extrêmes de soutien que lui permettait la loi, elle contraint le gouvernement à formaliser par un amendement de loi le recours systématique à la Banque d’Algerie sans plafonnement de montant.

La Banque d’Algérie perd ainsi son indépendance et l’une de ses raisons d’être qu’est la protection de l’économie contre des surchauffes inflationnistes et la protection de la valeur de la monnaie nationale. Une telle pratique est aujourd’hui interdite à la BCE et dans toute la zone euro.
Nous sommes en passe d’ajouter le laxisme monétaire au laxisme budgétaire. Le gouvernement se dote de la faculté de créer lui-même de la masse monétaire, la Banque d’Algérie ne fera qu’exécuter.

Au stade où nous avons été conduits, l’Etat n’a plus d’autre possibilité de financement immédiat.
Le financement non conventionnel devient une nécessité, car Lire la suite

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