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Hôpitaux : Le bureau des urgences ne répond pas

Publié le 02/06/2017, par dans Non classé.

Si d’habitude, les urgences des hôpitaux sont rapidement dépassées par les malades, qu’en est-il durant le mois sacré ? Comment se fait le traitement des malades quand les ventres sont vides et les nerfs à vif ? El Watan Week-end a fait la tournée des hôpitaux le temps d’une journée. Récit.
Il est 10h. Une ambulance « largue» un patient à 20 mètres de l’entrée des urgences. Le véhicule s’éloigne.

Sur un brancard, sous une chaleur insoutenable, le patient est allongé. Un homme habillé en tenue de chantier vient le pousser. Il essaye tant bien que mal de « conduire» le brancard. Le malade manque de tomber. Un agent de sécurité vient l’aider. Le patient est enfin à l’intérieur. Cette scène se passe devant le service des urgences de l’hôpital Mustapha Pacha, à Alger. Dans la salle d’attente bondée de monde, les malades commencent à s’impatienter.

Des vieux, des jeunes, des étrangers…, tous attendent leur tour qui peine à arriver. Certains s’endorment sur leur chaise, à l’image de ce jeune Chinois. 10h30 : une voix s’élève. Une dispute éclate entre une femme en blouse blanche et son collègue. Ce dernier lui demande de l’aider à porter des cartons. Sur les nerfs, elle lui répond : « Je ne devrais pas t’aider vu que tu ne m’as pas aidée hier !» N’empêche, elle finit par lui porter aide. 10h32. Le patient sur le brancard est enfin pris en charge. Le médecin le fait entrer dans la salle de consultation. Au même moment, un vieux sur une chaise roulante, poussé par sa femme âgée, est recalé par un médecin ! Ce dernier demande à la femme : « Lui avez-vous fait établir un billet de salle ? Sans ça, je ne peux pas le prendre en charge.» Très vite, la porte de la salle de consultation leur est fermée en pleine figure.

Rokia

La vieille dame retourne la chaise roulante et se dirige vers la réception. Enervée, elle s’emporte contre son mari, très mal en point. « Laisse tes jambes sur la chaise !», lui ordonne-t-elle. 10h45. Un agent de sécurité rentre dans la salle d’attente. Il crie : « La Citroën C3 blanche est à qui ?» Aucune réponse. Il s’avance vers les salles de consultation et répète sa question. Un homme à l’intérieur lui répond : « A moi.» Gentiment, l’agent lui demande de l’enlever. « Elle bloque l’entrée des urgences monsieur. Merci de bien vouloir la déplacer», lui suggère-t-il. Dans la salle, pourtant très bruyante, le Chinois dort toujours. En face de lui, un sexagénaire fait de même ! Son tour arrive. Son voisin le réveille.

On l’aide à se lever. Il rentre voir le médecin. L’infirmière à la voix portante revient. Elle n’a pas l’air calmée pour autant. Visiblement, elle est encore remontée contre son collègue. Elle traîne des pieds. 11h. Une jeune fille s’évanouit ! Elle s’écroule sur les genoux de sa parente. Personne ne vient la voir… Un « non-événement». Quelques instants après, deux femmes en blouse blanche surgissent. Elles regardent la jeune fille complètement inconsciente et conseillent ses proches : « Il faut lui faire écouter le Coran à la maison.» Ces derniers répondent, l’air de rien : « On vous jure qu’on le fait.» L’espace d’un instant, on se serait cru à la mosquée ou dans établissement de rokia et non à l’hôpital. A ce moment-là, ils se lèvent, l’un d’eux porte la jeune fille et tous quittent la salle.

Hygiène

11h37. Une femme, la cinquantaine, vient s’installer à côté de moi. Elle est anxieuse. « Mon médecin traitant m’a fait une lettre et m’a dirigée vers ce service. J’ai un kyste. Ils doivent le vider maintenant. J’espère qu’ils me feront une anesthésie.» Je lui souhaite de guérir. Alors, elle me demande : « Dis-moi ma fille, c’est normal qu’ils travaillent sans gants ? Si on m’avait dit, je leur en aurais acheté volontiers», assure-t-elle. « Même ma fille à la maison utilise des gants quand elle me fait mes injections. Je ne comprends pas pourquoi on n’adopte pas ce geste à l’hôpital. C’est une question d’hygiène», conclut-elle. 11h49. Un jeune entre dans la salle d’attente. Il est accompagné de sa femme. Les deux poussent un brancard sur lequel un homme visiblement très malade est allongé. La porte de la salle de consultation est fermée. Le jeune homme s’emporte : « Ouvre la porte», ordonne-t-il à sa femme.

Elle ne l’entend pas. Il claque alors la porte contre le mur. Il est énervé. De l’intérieur, le médecin lui demande d’aller chercher le billet de salle à la réception. Le jeune homme s’exécute. 11h51. La jeune fille qui s’était évanouie revient en salle. Un homme la porte. On va enfin s’occuper d’elle. « Elle s’est évanouie il y a une heure et ce n’est que maintenant qu’on va s’occuper d’elle ?», s’interroge une dame. « Il n’y a que dans ce pays où on laisse les gens mourir sous vos yeux sans rien faire», se désole-t-elle.

El hadja

12h. Devant la porte du service des urgences des cas de neurochirurgie, une femme pleure. Dossier à la main, elle confie à une dame à côté d’elle : « Je lui ai menti. Il ne sait pas ce que j’ai.» Faute de chaises, les deux restent debout un moment. Ce n’est que 15 minutes plus tard qu’elles sont prises en charge. Après midi, la salle ne cesse de se remplir. Moyenne d’âge des patients : 60 ans. Des personnes âgées ne cessent d’arriver. Certaines sont accompagnées, d’autres pas. Une vieille se balade dans la salle, billet de salle à la main. L’air perdue. Elle se dirige vers un jeune médecin, sans doute un interne. « Que dois-je faire ? Vers qui dois-je me tourner ?» lui demande-t-elle. « Je ne sais pas el hadja. Ils ne t’ont rien écrit sur ton billet !» La vieille dame se dirige alors vers le service chirurgie générale. Le médecin à l’intérieur lui apporte enfin réponse à sa question. Il lui indique où elle doit se rendre. 12h24. Une jeune femme aidée par sa mère vient s’asseoir. Je lui cède ma place.

Elle est toute pâle. Elle s’endort Lire la suite

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