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Hassan Abdelkrim : Il avait «tamurt» dans le cœur

Publié le 01/02/2017, par dans Non classé.

Le village d’Ath Yahia, dans la commune d’Adekar, à un jet de pierre de la grande forêt de l’Akfadou, sort à peine de l’isolement imposé par une longue période de neige et de mauvais temps.
Il en porte encore les séquelles : les chemins défoncés et ravinés par les eaux ainsi que par les nombreuses branches d’arbre cassées par le poids de la neige. Sur la place centrale du village, des villageois tristes et endeuillés sont encore sous le choc de la mauvaise nouvelle arrivée du Québec. Le lâche attentat contre une mosquée communautaire a emporté l’un des valeureux fils du village.

Abdelkrim Hassan, enfant du pays, est tombé aux côtés des autres malheureuses victimes. Il était estimé, respecté et apprécié de tous. Les témoignages des membres de sa famille et de ses amis d’enfance brossent de lui le portrait d’un homme affable, serviable, courtois et attentionné. Un homme viscéralement attaché à son pays et à son village. « Il revenait très souvent au bled.

A chaque fois qu’il en avait l’occasion. Vous voyez cette maison fraîchement repeinte ? C’est la sienne. Il en avait terminé la réfection cet été», dit Said Hassan, 61 ans, son cousin germain. « Sportif, il venait de terminer sa séance de sport. Sa femme lui avait demandé de ne pas sortir, de faire sa prière à la maison pour une fois», raconte encore son cousin. Hélas, cela n’a pas été le cas.

Né à Ath Yahia le 20 mai 1975, Abdelkrim a fait l’ensemble de sa petite scolarité au village avant d’aller au collège d’Adekar, puis au lycée de Staouéli où résidaient ses parents, avant d’atterrir à l’université de Bab Ezzouar. Son diplôme d’ingénieur d’Etat en informatique en poche, Abdelkrim commence à travailler pour une société japonaise qui l’embauche ensuite dans une de ses filiales au Canada. Il finit par adopter le pays de l’érable et s’y installe en 2010 après avoir décroché un poste dans un ministère.

Mais il ne brisera jamais ce lien ombilical avec le pays de ses ancêtres. « Même quand il revenait pour quelques jours seulement, il trouvait toujours le moyen de revenir au village pour se ressourcer et prendre des nouvelles de chacun», dit Farid Tata, membre de l’association du village dénommée Tadukli (l’Union).

Ce papa-gâteau de trois adorables fillettes passait tout son temps en famille. Il était musulman pratiquant, sans barbe ni qamis, adepte de cet islam de tolérance que l’on peut encore voir dans les villages retirés de Kabylie, disent de lui ses amis. Karim Tata, commerçant et ami d’enfance du défunt, l’évoque en ces termes : « Pratiquement tous les jours nous discutions sur Skype ou Messenger. Il voulait avoir des nouvelles de ‘tamurt’, du village, des gens qu’il connaissait.

Chaque jour, il emmenait ses filles qu’il adorait en promenade.» Durant son adolescence, Abdelkrim tenait, à temps perdu, le commerce de son père qui gérait également le dépôt de gaz ainsi que le petit hôtel familial à la station thermale d’Acif El Hammam. « Le soir, tous les gens du village se réunissaient chez lui pour discuter», dit Karim. « Il est parti à l’étranger mais il tenait beaucoup à son pays. Il disait : ‘Il n’y a pas de paix et pas d’avenir pour mes enfants dans ce pays. Comment rester quand on voit tant de malheurs autour de soi ?’» se souvient un de ses amis.

« Au village, nous gardons de lui l’image d’un homme d’une grande gentillesse, empreint de respect pour ses concitoyens», dit Amrane Hamid, un habitant d’Ath Yahia. « Je l’ai côtoyé quand il travaillait dans une usine de médicaments à Ain Benian, avant son départ pour le Canada. Il a toujours cherché à avoir des nouvelles des citoyens et des affaires de la commune. Il était très attaché à son pays, encore plus depuis la mort de son père, il y a quatre ans. Il était populaire auprès des jeunes comme des vieux», dit-il encore. « Nous serions soulagés si la famille prenait la décision de l’enterrer au village, auprès de sa mère.

Tel est notre souhait», ajoute encore Amrane Hamid. En attendant un éventuel enterrement, le village fait face à ses problèmes de tous les jours, ceux-là mêmes auxquels Abdelkrim était sensible. Les citoyens se sont cotisés pour l’alimentation en eau potable du village. Il faut 7 kilomètres de tuyauterie et une excavatrice louée à 18 000 DA/jour. Abdelkrim aurait été, sans doute, très heureux de voir son village alimenté en eau potable. Lire la suite

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