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Habitants des bidonvilles : Les oubliés du relogement

Publié le 21/05/2018, par dans Non classé.

Nous sommes les mal-aimés de la République. Cela fait plus de 25 ans que nous vivons ici. Personne n’a cherché après nous. Les responsables ne parlent que des chalets ?
Et nous ? Nous n’avons pas droit à un logement ?» s’écrie Saïd (62 ans). Chauffeur de métier, ce père de six enfants a été apostrophé à l’entrée du fameux bidonville de Bastos, à la sortie sud de Bordj Menaïel. Un site maudit qui baigne dans une indigence totale. « Il y a des gens ici qui ne mangent pas à leur faim», confie-t-il avec dépit. Orginaire de Tala Oubrid, un village perché sur les hauteurs de la ville, Saïd s’est installé en 1991 à Bastos, « à cause de la misère et du terrorisme», dit-il.

Depuis, il vit dans deux taudis et une baraque en tôle qui fait office de cuisine, le tout érigé en toub et couvert de ternit. « A l’époque, nous étions une vingtaine de familles à habiter ici. Aujourd’hui nous sommes plus de 500», ajoute-t-il. Comme beaucoup de ses voisins, ce sexagénaire ne cache pas sa colère quant au mépris dont font preuve les autorités locales à l’égard des occupants du site.

« Tous les logements qui ont été distribués depuis 10 ans dans notre commune nous étaient destinés. Mais nous en avons toujours été exclus. Mêmes les 800 logements attribués récemment pour les habitants des chalets étaient prévus pour nous. Ils ont été réalisés dans le cadre du programme d’éradication de l’habitat précaire, mais on les a donnés à d’autres alors que c’est nous qui souffrons le plus», estime-t-il.

Le bidonville est coincé au milieu d’une forêt d’arbres d’eucalyptus, entre un oued ruisselant d’eaux usées et la route desservant la nouvelle les cité des 300 et 800 Logements. Ses occupants vivent dans des conditions qui rappellent une autre époque. C’est la misère sous toutes ses facettes. Les eaux usées coulent de partout.

Certains taudis menacent de s’écrouler à la moindre secousse. « En hiver, tu ne peux même pas y accéder. L’oued déborde après chaque averse et les eaux pénètrent même à l’intérieur de nos maisons», se plaint Karim, un jeune vendeur ambulant. Et d’ajouter : « Il n’y a pas un seul habitant qui n’a pas contracté des maladies ici. Celui qui n’a pas d’asthme ou une bronchite est devenu diabétique ou hypertendu.»

« …et dire qu’on est mieux que la Suède

Karim cite aussi le cas d’un handicapé (Mebarak), décédé, selon lui, après une paralysée due à l’exiguïté de son espace de vie. « Une fois, j’ai été mordu par un rat à l’intérieur de ma maison, mais lorsque je suis allé voir le médecin, j’ai eu honte et je lui ai menti. Je lui ai dit que j’étais dans une étable. En tout cas, aujourd’hui, tu n’as rien vu. En hiver, tu ne peux même pas y accéder. Comme ça Ould Abbès dit que l’Algérie est mieux que la Suède !» marmonne-t-il.

Stigmatisés et considérés comme des étrangers à la région, les autorités ont refusé de raccorder le site aux réseaux d’eau et d’électricité. Ce qui les a poussé à faire des branchements anarchiques à partir des immeubles sis de l’autre côté de l’oued. Suspendus parfois à même les arbres, les câbles électriques s’entremêlent, à tel point qu’on ne peut distinguer celui qui appartient à l’un et à l’autre. Malgré les dangers, cet état de fait semble plaire aux bidonvillois, eux qui avouent n’avoir jamais payé de factures d’électricité et d’eau.

« Les rares étrangers qui résident ici ont tous des liens de parenté avec des habitants de la ville», explique Toufik, étudiant à l’université d’Alger. S’ils vivent en parfaite harmonie à l’intérieur de la cité, les habitants de Bastos sont mal vus et honnis à l’extérieur. « Tout ce qui arrive de mal en ville nous est imputé alors que nous n’avons jamais fait de mal à qui que ce soit.

Les gens évitent d’épouser nos filles et nous ne pouvons pas, non plus, marier nos enfants. Ceux qui sont scolarisés ont développé un complexe et sont traités à l’école de « s’hab lachaiech» (les gens des taudis). Sommes-nous condamnés à vivre ainsi toute notre vie», se demande Abdellah (60 ans). Pour lui, « la priorité n’est pas à la construction de grandes mosquées et de zaouïas, mais à offrir des toits décents à nos enfants».

Il est à noter que la wilaya de Boumerdès compte plus de 7000 taudis, dont la plupart sont implantés à Khemis El Khechna, Boudouaou El Bahri, Cap Djenet, etc. Contrairement aux chalets, ces habitations et les conditions de vie de leurs occupants ne semblent pas inquiéter les autorités. Lire la suite

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