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Grises mines sur les flancs du Zaccar

Publié le 22/05/2018, par dans Non classé.

Lundi 7 mai 2018. Station de taxis de Kharrouba (Alger). Il est 6h40. Nous prenons place à bord d’un taxi collectif à destination de Khemis Miliana.
Le taxi démarre au bout d’un quart d’heure après s’être assuré que chacun de ses sept passagers a payé sa place. 120 km séparent Alger d’El Khemis. Il ne fait pas beau ce matin, temps lourd, ciel chargé. Passés Boumedfaâ et Hoceïnia, le brouillard est tellement épais que la visibilité est de quelques mètres à peine.

Le véhicule gravit prudemment le col de Khandek, haut de 638 m. Le brouillard persiste encore sur plusieurs kilomètres. En se dissipant, les cimes du Zaccar commencent à poindre leur nez sur notre droite. 8h20. Nous voici à El Khemis. C’est la première étape de notre virée en direction des petits hameaux accrochés aux flancs du Zaccar, dans la wilaya de Aïn Defla.

Le ciel commence à s’éclaircir, mais il fait frais, autour de 13°. Nous sautons dans un autre taxi à destination de Miliana. En levant les yeux vers le nord, le mont Zaccar nous salue du haut de son piédestal. Avec ses 1550 m d’altitude, il domine majestueusement le paysage. C’est le point culminant, apprend-on, du massif du Dahra dont la capitale est Mostaganem. 8 km séparent El Khemis et Miliana. Une route sinueuse grimpe vers les contreforts du Zaccar qui servent d’écrin à la protégée de Sidi Ahmed Benyoucef, le marabout tutélaire de la région.

« Parfois, les gens confondent les deux villes ; ils pensent que Miliana est située sur la plaine. Alors, quand ils me voient monter comme ça, ils sont perplexes et me disent : tu vas nous emmener à la montagne ou quoi ?» lance le chauffeur de taxi. A mesure que nous gravissons la côte, la route fraye au milieu d’une végétation luxuriante. L’air se purifie. Les poumons se gonflent de vie et les organismes retrouvent un peu de verdeur.

Quand le fer du Zaccar alimentait la Tour Eiffel

Une locomotive exposée à l’entrée de la ville annonce Miliana. Un symbole fort du passé minier de la région. Les vieux remparts disent la profondeur historique de celle que l’on surnomme la « perle du Zaccar». L’architecture de Miliana, faut-il le rappeler, s’est écrite sur plusieurs strates et palimpsestes urbains, où se mêlent le phénicien, le romain, l’ottoman et le tissu colonial, sans oublier l’empreinte fatimide sous le règne de Bologhine Ibn Ziri, le fondateur d’Alger. Il faut mentionner aussi Abdelkader qui comptait à Miliana une manufacture d’armes devenue, depuis, un musée.

Il y avait établi, dès 1835, un khalifa dirigé d’abord par Mahieddine Seghir puis Mohamed Ben Allel.
La ville est comme bâtie sur un belvédère, d’où la vue imprenable que l’on a depuis la place Ali Amar alias Ali Lapointe, nom donné à l’esplanade connue sous le nom de La Pointe des Blagueurs. Un panorama féerique qui surplombe la plaine d’El Khemis, la vallée du Chéliff et les piémonts du Ouarsenis.

Il est bientôt 10h. Nous nous engouffrons dans un troisième taxi à destination de Ben Allel, chef-lieu d’une commune située à 9 km à l’ouest de Miliana, et qui doit son nom à Mohamed Ben Allel, le khalifa de l’Emir et héros de la première résistance anticoloniale, mort au combat en 1843. A noter que la daïra de Miliana compte deux communes seulement, à savoir Miliana et Ben Allel.

En empruntant la route de Ben Allel (CW3), on ne peut manquer de croiser, trois kilomètres plus loin, une bâtisse éventrée qui abritait la fameuse Ecole des mines de Miliana. Un vestige qui vient affirmer là encore à quel point la vie sociale de la région a été rythmée, façonnée, par l’activité minière. Cela a duré jusqu’au 31 décembre 1975, date de la fermeture définitive des mines du Zaccar. On aime à rappeler ici ce que la Tour Eiffel doit au minerai du Zaccar et de Rouina et leur fer puddlé très prisé par Gustave Eiffel.

62% de jeunes

Quand le taxi achève sa course à proximité du bureau de poste de Ben Allel, nous nous retrouvons au cœur d’une petite localité rustique à l’urbanisme sommaire. Hormis la poste et l’APC qui se partagent l’étroite rue Emir Abdelkader, la petite bourgade compte six écoles primaires, une polyclinique, une salle omnisports, une maison de jeunes, quelques cafés et commerces et c’est à peu près tout. Fait notoire : « Ici, nous n’avons ni commissariat ni brigade de gendarmerie», se sont plaints plusieurs habitants que nous avons rencontrés. La population déplore aussi l’absence d’une boulangerie, et on sait ce que cela représente en plein mois de Ramadhan.

La commune est enserrée dans un relief montagneux au maquis dense et perchée à quelque 800 mètres d’altitude. Selon l’APC, la population locale dépasse les 10 000 habitants. Le référentiel démographique reste le RGPH 2008, qui assure que le chef-lieu concentre le gros de la population municipale avec 4657 habitants. Les agglomérations secondaires comptabilisent 900 habitants, tandis que 3511 villageois sont répartis sur les zones éparses.

Le site web de la wilaya de Ain Defla précise par ailleurs que la densité démographique sur le territoire de Ben Allel est de l’ordre de 63,2 habitants au kilomètre carré. On apprend en outre que 62% de la population sont jeunes. Parmi eux : Amine et Abdelkrim avec qui nous avons d’emblée sympathisé. Nous les avons croisés devant une épicerie, à quelques mètres d’une salle de sport baptisée « El Moussalaha El Wataniya» (réconciliation nationale).

« Ben Allel est juste un hôtel»

Amine, 42 ans, marié et père de deux enfants, est manœuvre en bâtiment. Un « zoufri», comme il dit. Abdelkrim, 33 ans, célibataire, est quant à lui titulaire d’une licence en finances (université de Khemis Miliana). Il a également un autre diplôme en gestion des ressources humaines. Les deux compères sont au chômage, quoi que Abdelkrim se console d’études en master dans une discipline qu’il préfère taire par superstition, les deux formations qu’il a faites ne lui ayant pas porté chance, argue-t-il.

Amine, lui, chôme depuis neuf mois. Il devait « descendre» à Sidi Lakhdar, à une dizaine de kilomètres plus bas. « Comme le transport manque cruellement par Lire la suite

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