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Gouvernance : La gérontocratie a de beaux jours devant elle

Publié le 07/07/2017, par dans Non classé.

Abdelaziz Bouteflika, président de République : 80 ans ; Abdelkader Bensaleh, président du Sénat : 76 ans ; Saïd Bouhadja, président de l’Assemblée populaire nationale : 79 ans ; Mourad Medecli, président du Conseil constitutionnel : 74 ans.
Ces quatre personnalités au sommet de la hiérarchie politique et institutionnelle du pays représentent une moyenne d’âge de 76 ans et incarnent, à elles seules, le drame d’une classe politique qui peine à se renouveler. On est, en effet, très loin des 39 ans d’Emmanuel Macron en France ou des 42 ans de Justin Trudeau au Canada. Dans un pays où plus de 70% de la population ont moins de 40 ans, l’on est en droit de s’interroger sur les origines de cette incapacité de régénération politique.

Entre une classe dirigeante vieillissante et une jeunesse aux aspirations débordantes, le gap est béant. Faire confiance aux jeunes, les responsabiliser, préparer la relève… sont des éléments de langage qu’on retrouve assez souvent dans le discours de nos hommes politiques, principalement ceux qui sont en charge des affaires de l’Etat.

Dans la pratique pourtant, la réalité est aux antipodes de ces déclarations d’intention aux allures d’opération de séduction à l’approche de chaque échéance électorale. Pour certains hommes politiques, la « dépolitisation» des jeunes peut s’expliquer en partie par cette situation qui veut que tous les postes-clés de l’Etat échappent systématiquement à leur génération.

Louisa Dris Aït Hamadouche, politologue, estime que la question du renouvellement générationnel de la classe politique butte sur deux aspects, dont le premier est d’ordre « sociologique». Il s’agit du faible renouvellement du personnel politique « qui se traduit par le maintien de responsables septuagénaires et octogénaires à des postes qui, à notre époque, requièrent les connaissances, l’énergie, l’endurance, l’ouverture d’esprit, la réactivité, l’enthousiasme et même la force physique et l’image de compétences tout au plus cinquantenaires».

Légitimité

L’image d’un président affaibli par un état de santé en détérioration illustre parfaitement cet aspect. Combien de fois n’avons-nous pas entendu en Algérie et ailleurs la question : « N’y a-t-il pas dans un pays de 40 millions d’habitants quelqu’un de suffisamment compétent et en bonne santé pour prendre la relève ?» Trop souvent. Les partis politiques n’échappent pas non plus à cette logique et cultivent l’art de « se cramponner» qu’ils dénoncent pourtant chez les tenants du pouvoir.

Les présidents de certains partis politiques sont restés à la tête de leur formation pendant de très nombreuses années. C’était le cas de Saïd Sadi qui a passé 23 ans à la tête du RCD, ou encore de Bouguerra Soltani, qui est resté 10 ans président du MSP. Louisa Hannoune est, quant à elle, à la tête du PT depuis 27 ans. Pour Soufiane Djilali, de Jil Jadid, le problème va au-delà du simple « blocage de relève».

Explications : « Les hommes au pouvoir actuellement ont été ‘‘l’élite » de leur génération. Ils représentaient alors ceux qui portaient la conscience nationale. Ils l’ont exprimé à travers un combat qui faisait sens. Mais aujourd’hui, ces hommes sont en total décalage avec le monde.» La légitimité historique et révolutionnaire, qu’on évoque également pour expliquer pourquoi le FLN est toujours au commande 55 ans après l’indépendance, prend ici tout son sens et éclaire le pourquoi de ce « verrouillage politique», selon Rachid Tlemcani, politologue. « Pour avoir le poste de commande il faut avoir un lien direct avec la Révolution. Il faut être partenaire de la Révolution.

Ou une appartenance à la famille de la Révolution», dit-il. Si la Révolution a donné une légitimité, elle a aussi nourri les appétits les plus féroces. « Les dirigeants algériens sont presque tous sortis du néant grâce à la Révolution», observe Soufiane Djilali. « Psychologiquement, ce sont souvent des hommes totalement dépendants des effets du pouvoir. Ils ont un appétit insatiable pour ses instruments. En dehors de lui, ils perdent leur raison d’être.» Demeurer au cœur du pouvoir est presque une question de survie pour ces hommes à longévité politique insolente et aux ambitions démesurées, qui gravitent autour du pouvoir, abreuvés aux fruits de la rente pétrolière.

Dans ces conditions, céder la place aux plus jeunes est tout bonnement inimaginable. Les gens qui dirigent le pays « ne peuvent fonctionner que dans le monopole et l’exclusion, et c’est ce qui explique les déclarations de Djamel Ould Abbès selon lesquelles le FLN dirigera encore un siècle et ce qui a fait que plus de 70% du peuple n’ont pas voté pas le 4 mai dernier», renchérit Zoubida Assoul, qui voit un manque de volonté politique du changement en général « que ce soit dans le mode de fonctionnement des institutions ou dans la classe et partis qui dirigent le pays».

Quid de la méritocratie ?

Quand la succession est fondée sur des principes défiant toute objectivité, c’est la compétence et le mérite qui se trouvent malmenés, ignorés ou carrément sacrifiés. Selon Rachid Tlemcani, « ce n’est pas le principe de méritocratie qui prévaut mais c’est une question politique». D’où la présence de « hauts responsables incompétents». D’une manière générale, « les régimes autoritaires ne permettent pas la circulation des élites. Elle est donc bloquée à la base», soutient le politologue.

Pour se maintenir au pouvoir, on a construit « un système de recrutement et de sélection de la technocratie en fonction du critère de confiance, d’où le recours au népotisme, au tribalisme et au régionalisme», indique Soufiane Djilali. Lorsqu’il fallait recruter en dehors de ces limites, « ils ont choisi des hommes ternes, sans caractère ou alors sans grand sens de l’honneur». On est dans une logique de « clanisme» et de « cooptation» et non de « compétence et de méritocratie», estime pour sa part Zoubida Assoul. Ce qui explique d’ailleurs que des personnes qui ont eu affaire à la justice soient ministres, selon elle.

La cooptation est d’ailleurs le second aspect du non-renouvellement de la classe politique évoquée par Louisa Dris Aït Hamadouche. « Quand elle s’ouvre à un personnel plus jeune, cette classe politique le fait dans une logique de résilience et d’autoreproduction en cooptant des personnalités qui, bien qu’en étant plus jeunes, véhiculent les idées et les mécanismes de la vieille garde.» Autrement dit, rendu « inévitable» par la biologie, le renouvellement est bloqué Lire la suite

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