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Génération «circulation»

Publié le 30/07/2016, par dans Non classé.

Circulation» : l’un des mots les plus usités du dictionnaire algérois.
Désigne bien sûr la « mauvaise circulation» du flux automobile dans l’organisme urbain à Alger et les monstrueux bouchons qui congestionnent le trafic quasiment à toutes les heures de la journée, de Reghaïa à Aïn Benian, spécialement aux heures de pointe.

L’ampleur prise par les embouteillages et leur impact sur la quiétude générale sont tels que c’est devenu une obsession nationale. Avec la météo, le foot et la succession de Bouteflika, c’est l’un des sujets qui tournent en boucle dans toutes les discussions.

Et cela meuble allègrement les réunions mondaines. Entre collègues, entre amis, en famille, il y a forcément un moment où il est question de la « circulation», l’enfer du stationnement, les barrages de police qui ne servent à rien si ce n’est à vous retarder dans votre course, la pénurie organisée des vignettes automobiles, les dos-d’âne (des dos-d’éléphant plutôt) casse-gueule installés à tout bout de champ, les enfants qui maugréent en se levant dès potron-minet pour aller à l’école avant les gros bouchons du matin…

A quoi s’ajoutent les petits et grands désagréments du trajet, fatalement ponctués de scènes désagréables : tel gendarme mal luné qui vous aurait retiré votre permis pour une « moukhalafa» anodine, un geste périlleux d’un chauffard exécutant une queue de poisson qui a failli vous envoyer dans les décors, un carambolage provoqué par deux gouttes de pluie, la trémie inondée au moindre orage, la chaussée qui devient une patinoire, une bagarre qui éclate en pleine autoroute…

Tout ce stress, toute cette violence motorisée devenue ordinaire liée à la « sémantique du bitume» et la civilisation automobile font intimement et « anthropologiquement» partie, désormais, de notre vie, il faut s’y faire ! Et l’on ne compte plus les mesures, les circulaires, les campagnes de sensibilisation, les émissions spécialisées (cf. la célèbre « Tariq essalama» de Mohamed Lazouni), les « journées sans voiture», les colloques, les séminaires, les conseils interministériels, destinés à endiguer la « violence routière».

Dernière info en date : une circulaire interministérielle décidée à en finir avec les « ralentisseurs anarchiques», évalués à 42% sur l’ensemble du réseau national. Ne manque que des cabinets de psychothérapie dédiés aux « névroses de la route». D’ailleurs, l’université de Batna a déjà pris les devants en mettant sur pied un laboratoire spécialisé justement en « psychologie des usagers de la route» avec master.

Pourquoi ça bouchonne ?

« Maintenant, même le week-end ça bouchonne à certains endroits !» peste un chauffeur de taxi que nous avons pris à Bab El Oued. « Si ça ne tenait qu’à moi, il y a longtemps que j’aurais changé de métier», fulmine-t-il en s’engouffrant dans un bouchon inextricable, à hauteur du Square Port-Saïd. « Avec ça, il faut se farcir les abus des agents de la circulation. Pour un oui ou pour un non, ‘‘ziyyar ! » (serre à droite). Et il t’enlève les papiers, à croire que nous sommes des clandestins. Wallah, si je ne faisais pas ce boulot par obligation, je garerais ma voiture et je me déplacerais à pied. Au moins je me dégourdirais les jambes.

Et ça va plus vite en prime ! Tu as des gens qui ne sont pas capables de faire deux pas sans leur véhicule, même pour acheter le pain. Je me demande qu’est-ce qu’ils font tous ces assoiffés du volant qui tournent en rond toute la journée. Même en augmentant le prix du carburant, rien n’y fait. Farghine ch’goul !» Le temps d’arriver à la Grande-Poste, le pauvre « taxieur» est sur le point d’attraper un ulcère à force de ruminer son fiel.

Et il est loin d’être le seul à stresser ainsi. C’est l’effet « circulation» encore une fois. Impossible de faire deux mètres, dans quelque direction que ce soit, sans buter sur un pare-choc. « Bientôt, les embouteillages d’Alger seront inscrits au patrimoine de l’humanité», ironise un cadre qui fait dans la résistance au « tout-voiturage».

Une étude réalisée par Madani Safar Zitoun et Amina Tabti-Talamali, respectivement sociologue et spécialiste en transports urbains, et consacrée à la « mobilité urbaine dans l’agglomération d’Alger» (2009), décortique rigoureusement la structure de la circulation motorisée dans l’aire métropolitaine algéroise.

Outre la contrainte physique que représente le relief algérois et la configuration naturelle du site « qui a imposé le tracé et le dimensionnement des voies», les chercheurs relèvent un certain nombre de facteurs à l’origine de cette saturation, parmi lesquels la concentration des administrations centrales, des ministères, des sièges sociaux des grandes entreprises dans la capitale ; la très forte activité portuaire dans l’hyper centre-ville ; la croissance exponentielle du parc automobile ; la forte expansion urbaine vers la périphérie tout en maintenant une dépendance excessive vis-à-vis du centre, que ce soit par des liens administratifs, économiques, culturels ou tout simplement familiaux…

« Alger a atteint ses limites de fonctionnement»

« Le parc de voitures particulières à disposition des ménages a fortement augmenté au cours des dernières années. Le développement de l’urbanisation en périphérie, l’élévation du niveau de vie, l’allongement des distances de déplacement et le besoin fréquent d’accéder au centre-ville qui continue à exercer une forte attractivité liée notamment à l’emploi, aux services et aux loisirs ont contribué à l’équipement des ménages en voitures particulières», soulignent les auteurs, avant de constater : « Alger a atteint ses limites de fonctionnement dans l’état actuel des infrastructures.

Les parkings existants sont saturés, le stationnement empiète sur la chaussée, les carrefours ne peuvent plus écouler la demande malgré la réalisation des trémies. Des bouchons se forment durant toute la journée et plus particulièrement aux heures de pointe des déplacements : migrations alternantes domicile-travail.

La congestion gagne aujourd’hui la périphérie et les réseaux secondaires», énumèrent-t-ils. « Les conditions de circulation à Alger peuvent donc se résumer par : l’absence de gestion et de régulation des carrefours ; l’absence de stratégie liée au stationnement et à la logistique (livraisons, poids lourds, etc.) ; l’absence de mesures spécifiques et de priorité pour les transports collectifs ; l’absence d’une bonne prise en charge des piétons», dissèquent les chercheurs.

En gros, les déplacements, en termes de motifs, se répartissent en deux catégories : les déplacements pour « motifs obligés» et ceux induits par des « motifs non obligés». Une Lire la suite

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