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Focus sur une normalisation forcée

Publié le 26/04/2017, par dans Non classé.

Dans la vallée du M’zab se déroule une guerre terrible entre la tradition, la sociologie de la région et le pouvoir, qui veut depuis longtemps produire une mixité de force entre les deux communautés, les Mozabites et les tribus arabes.
L’on apprend sur place que les autorités n’ont pas manqué de volonté pour empêcher la reproduction du mode de vie des ksour. A Berriane et à Ghardaïa, selon des sources locales, les autorités ont freiné bien des projets immobiliers inscrits dans l’optique de construire les répliques de Ben Yzguene. Les promoteurs de Tafilalt ont eu d’énormes problèmes pour mener à terme le projet ; un joyau architectural inauguré par le chef de l’Etat même, Abdelaziz Bouteflika, au début des années 2000.

Depuis, d’autres initiatives ont été carrément bloquées. Un homme d’affaires avait mis en place un projet de reproduction des sept ksars de Ghardaïa. Sur le point d’engager les travaux du nouveau projet avec la promesse de céder les 300 premiers logements aux prix de revient, le richissime promoteur a vu l’administration locale le stopper net.

Elle lui a signifié que s’il avait l’intention de limiter les bénéficiaires à la seule population mozabite, ce n’est pas la peine. Le projet est mort-né. La volonté des autorités de mélanger et de juxtaposer les deux communautés en créant des quartiers mixtes est clairement affichée. Dans les nouveaux lotissements attribués dès le début des années 2000, le pouvoir veut absolument imposer sa propre logique. A côté d’un lot attribué à un Mzabite, l’on attribue un autre à un non-Mozabite.

Pour beaucoup, c’est cette cohabitation forcée qui a alimenté en partie les conflits locaux. Conséquences : après les affrontements, la majorité des Mozabites habitant au cœur des quartiers non mozabites ont quitté leurs maisons pour s’installer ailleurs. Un nouveau quartier est né sur la route d’El Atef. Si la vie commence à reprendre son cours normal dans la ville de Ghardaïa et dans les sept ksars, le fossé qui sépare les deux communautés est toujours visible. Plus aucun membre issu de la communauté arabe ne travaille chez les Mozabites qui emploient les Subsahariens présents en force dans la région.

Au lycée Fillali, il n’y a plus d’élèves mozabites. Le lycée Moufdi Zakaria qui reste mixte est toujours quadrillé par les services de sécurité. Mais le calme est revenu dans cet établissement qui a connu quelques remous pendant les violences intercommunautaires. Les Mozabites ont depuis toujours leurs écoles et leurs instituts. Tenant à leur propre organisation sociale, une vie communautaire régie par des lois rigoureuses, les mêmes depuis des siècles, comptent bien préserver leur spécificité sans aucune velléité contre les autres Algériens, affirme un de leurs notables qui mesure à sa juste valeur le retour à la cohabitation qui a toujours caractérisé la région.

Mais vivre en communauté fermée dans ses carcans sociaux, ses rites et ses propres fonctionnements ne semble pas agréer l’administration qui tente manifestement de casser ces structures traditionnelles ou du moins les empêcher de se reproduire en dehors des vieux ksars. Selon des observateurs locaux, « la sociologie mozabite et les politiques intégrationnistes et de normalisation des pouvoirs publics se heurtent continuellement». Une opposition, disent-ils, qui alimente et exacerbe sans aucun doute les tensions.

Et ce qui rajoute à la complexité du problème est la poussée de l’extrémisme religieux constatée dans la ville de Ghardaïa. Chaaba est devenue, depuis quelque temps, le fief des salafistes. Le monticule qui surplombe ce quartier c’est le leur. Ils sont vite reconnus par leur accoutrement quand ils descendent s’approvisionner en ville, ou dans le quartier quand ils s’y rendent pour rejoindre la mosquée.

Ils viennent de toutes les wilayas du pays et mêmes de l’étranger, de France et d’autres pays européens, indique notre source. ces salafistes auraient effectué ce qu’ils appellent « la hidjra», et quitter le pays des « kouffar» pour vivre en terre d’islam. Beaucoup de Ghardaouis le savent : dans ce coin de leur ville, qui fait face aux ksars de Beni Yaezguene et de Mélika, vivent ces radicalisés qui ont même imposé l’imam de leur choix au sein de la mosquée qui jouxte l’hôpital de Ghardaïa. Parmi eux, il y a aussi des repentis, confie notre source.

Pendant les douloureux événements qu’a connus la vallée du M’zab, c’est un groupe de ces salafistes qui est allé s’attaquer au mausolée mozabite et au cimetière. Ils étaient aussi derrière les prêches haineux contre la communauté ibadite. Comment ont-ils fait pour s’installer dans la région ? A Ghardaïa la question est un véritable tabou. Peu de personnes évoquent ce sujet sensible. Lire la suite

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