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Exclusif : Les mémoires de Rachid Benyelles aux éditions Barzakh, « Dans les arcanes du pouvoir »

Publié le 16/05/2017, par dans Non classé.

Le général à la retraite Rachid Benyelles prend sa plume pour raconter sa vérité sur les épisodes les plus marquants du régime algérien de 1962 au  » coup de force » de 1999 imposant Bouteflika. Avec force détails, l’ancien patron de la Marine nationale devenu secrétaire générale du ministère de la Défense nationale puis ministre du transport avant de claquer la porte du gouvernement, M. Benyelles raconte comment l’armée et ses chefs ont de tout temps étaient à la manœuvre pour peser lourdement sur les grands choix politiques du pays. Des choix qui ont souvent conduit à la dérive. Extrait des mémoires sur les coulisses du pouvoir.

A propos des DAF, Déserteurs de l’armée française

 » (…) Issus de milieux populaires modestes, les jeunes  » déserteurs de l’armée française », tout comme les officiers formés au Moyen-Orient, comptaient de nombreux chouhada (martyrs) parmi les membres de leurs familles. Animés par un sentiment patriotique identique, ils avaient attendu le moment opportun pour rejoindre les rangs de l’ALN. Leur engagement dans la lutte de libération était, certes, un peu plus tardif que celui des officiers formés au Moyen-Orient, mais cela ne constituait pas un manquement au devoir patriotique et encore moins, un péché qu’ils devaient expier. Ce qui les distinguait de leurs camarades diplômés des écoles militaires du Moyen-Orient, c’était d’abord et avant tout, un état d’esprit.

Les premiers avaient été préparés, dès leur jeune âge, au respect sacro-saint de la hiérarchie et des règles de la discipline, les autres, des civils jusqu’à l’âge adulte, étaient plus enclins à la contestation. Les premiers se présentaient comme des professionnels, les seconds comme des patriotes plus sincères dans leur engagement révolutionnaire. De là à suspecter les  » déserteurs de l’armée française » d’être des agents au service des intérêts de la France, il y a un pas qu’il faut s’interdire de franchir car, si cheval de Troie il y avait, c’est plutôt parmi les dizaines de milliers de harkis qui avaient pris les armes contre leurs compatriotes qu’il faut chercher ! Qu’il y ait eu des espions infiltrés dans un camp et dans un autre, c’était de bonne guerre et il appartenait à chaque État de les démasquer et de les neutraliser.

Le fait que des Algériens aient servi dans l’armée française à une certaine période de leur vie n’est certainement pas une infamie. Certains d’entre eux sont même devenus des figures de proue de la Révolution, à l’instar de Mostepha Ben Boulaïd, Krim Belkacem, Amar Ouamrane, Mahmoud Cherif, Ahmed Ben Bella et bien d’autres encore. Cela étant, il reste que les jeunes officiers  » déserteurs de l’armée française» n’étaient absolument pas plus compétents et professionnels que les officiers formés dans les écoles du Moyen-Orient, mais ils n’étaient certainement pas moins patriotes que leurs camarades formés au Moyen-Orient… (…) »

A propos du coup d’Etat du 19 juin 1965

 » (…) Le coup de force du 19 juin 1965 fut l’aboutissement logique d’un conflit larvé entre Houari Boumediene et Ahmed Ben Bella que plus rien ne rapprochait désormais. Leur alliance de circonstance avait débuté à la veille de l’Indépendance alors que la confrontation GPRA-État-major général de l’ALN avait atteint un point de non-retour. Pour mener son action contre le GPRA, le colonel Houari Boumediene avait besoin d’un  » historique » pour jouer le rôle de figure de proue et c’est à Mohamed Boudiaf qu’il avait tout d’abord songé en lui envoyant Abdelaziz Bouteflika, au château d’Aulnoy, selon ce que ce dernier m’avait confié lors d’un entretien en mon domicile.

Contre toute attente, Mohamed Boudiaf avait sèchement refusé l’offre et renvoyé l’émissaire après lui avoir dit tout le mal qu’il pensait de son chef. Devant le refus hautain et les appréciations désobligeantes de son interlocuteur, Abdelaziz Bouteflika avait profité de la présence des autres  » historiques » pour faire la même proposition à Ahmed Ben Bella. Ce dernier l’avait acceptée en pensant sans doute que l’essentiel était de mettre le pied à l’étrier et qu’une fois en selle, il pourrait facilement venir à bout de ces néophytes de la politique qui lui proposaient si imprudemment les rênes du pouvoir. (…) »

A propos de la succession à Boumediene

 » (…) Kasdi Merbah, Mostefa Beloucif et moi-même étions les trois premiers officiers à l’approcher [NDLR : Chadli Bendjedid], séparément et sans consultation préalable, pour le sonder sur ses intentions et lui suggérer de se porter candidat à la succession. Sans rejeter de manière catégorique notre suggestion, il nous avait répondu qu’il préférait terminer paisiblement ses jours auprès de sa famille, à Oran. Cette réponse sibylline laissait percevoir une secrète envie de tenter l’expérience, mais en homme avisé, il attendait qu’un minimum de conditions soient réunies avant d’accepter le principe de se porter candidat.

L’idée d’une candidature de Chadli Bendjedid fit très vite son chemin et une grande majorité des responsables militaires s’y rallièrent même s’ils connaissaient parfaitement les limites du commandant de la 2ème Région militaire. N’ayant pas de meilleur choix parmi les membres du conseil de la Révolution, il sera donc leur candidat par défaut. Contrairement à ce que certains journalistes francophones avaient écrit, Chadli Bendjedid n’était pas  » l’officier le plus ancien dans le grade le plus élevé ».

Cette formulation, propre au jargon de l’armée française, ne s’appliquait pas tout à fait à ce dernier puisque le colonel Abdallah Belhouchet avait le même grade, la même ancienneté, la même fonction de chef de Région militaire et la même qualité de membre du conseil de la Révolution. Dans les conditions difficiles que traversait le pays, Chadli Bendjedid semblait être le candidat le plus indiqué pour passer le cap dangereux de l’après Boumediene et assurer une transition de cinq ans ; temps à l’expiration duquel apparaîtront de nouvelles élites politiques, pensait-on. Nous étions persuadés qu’il était l’homme d’une législature unique et qu’une fois son mandat terminé, il s’empressera de céder sa place à une personnalité ayant la stature voulue pour diriger l’Algérie. Cette appréciation se révélera erronée. (…) »

A propos de sa nomination comme Secrétaire général du Lire la suite

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