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Eternelle polémique sur le nombre de moudjahidine toujours en vie

Publié le 01/11/2017, par dans Non classé.

Le ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni, a refusé de donner le nombre exact des moudjahidine encore en vie, estimant que comme pour les effectifs des armées dans le monde, il est impossible de rendre publics de tels chiffres.
Le nombre des moudjahidine continue de faire polémique 57 ans après la fin de la guerre. L’omerta imposée par les pouvoirs publics sur l’écriture de l’histoire de la Guerre de Libération ne permet pas de connaître le nombre des moudjahidine.

Participant récemment au forum du quotidien d’Echaâb, le ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni, a refusé de donner le nombre exact des moudjahidine encore en vie, estimant que comme pour les effectifs des armées dans le monde, il est impossible de rendre publics de tels chiffres. Quelques jours plus tôt, le président de l’Office national des moudjahidine (ONM), Saïd Abadou, un des caciques du régime, a précisé que « le nombre de moudjahidine inscrits, encartés et qui paient leurs cotisations (au sein de l’ONM, ndlr) est de 200 000».

Si les historiens algériens n’ont guère publié d’étude sur cet aspect de la guerre, y voyant un « sujet sans intérêt», comme nous l’a affirmé un historien connu dont on taira le nom, des chiffres sont surtout avancés par des historiens et des militaires français (effectifs des moudjahidine et des harkis).

Les premiers chiffres avancés sur les effectifs des combattants sont d’abord ceux consignés dans le PV de la Plateforme du Congrès de la Soummam ( 20 août 1956) : à peine un millier de combattants à travers les cinq zones. « Au début de la guerre, il y avait tout au plus 1000 combattants, la plupart installés en Kabylie (450) et dans les Aurès (350), si on se fie aux rapports adressés par les délégations au Congrès. Une explication à cette situation : l’Organisation paramilitaire OS était plus forte dans les régions citées.

Les effectifs ont augmenté avec l’adhésion des partis à partir de 1956», rappelle le chercheur en histoire Rabah Lounici, qui répertorie deux catégories de moudjahidine : les « civils», dont le chiffre est difficile à établir vu leur volatilité, et les membres de l’ALN, rejoints plus tard par les « Marsiens» (individus ayant rejoint le FLN-ALN, après le cessez-le-feu de mars 1962). « Après l’arrivée de Charles de Gaulle au pouvoir en 1958 et les opérations Morice et Challe, il restait à peine 2000 combattants dans les maquis de l’intérieur.

Avec les militaires de ce qu’on a appelé l’armée des frontières (15 000 en Tunisie et 10 000 au Maroc), l’effectif des moudjahidine de l’ALN à l’indépendance serait autour de 30 000. A l’orée de l’indépendance, les participants au Congrès de Tripoli de juin 1962 ont parlé de 70 000 moudjahidine. Admettons que ces estimations sont exactes, il ne devrait rester en vie à ce jour que 500 moudjahidine et non pas 250 000, comme on l’a avancé ces derniers jours», s’étonne le chercheur Montassir Oubetroune.

Ouverture des archives et devoir d’histoire

Pourquoi ces divergences sur les chiffres et le silence des autorités, surtout ceux du ministère des Moudjahidine ? Pour le chercheur, la question sur les effectifs des combattants de la Révolution continue d’être, plusieurs années après la fin de la guerre d’indépendance, au centre d' »enjeux stratégiques» et de « légitimation» de pouvoir.

Avec l’affaire des « magistrats faussaires», lancée par un ancien cadre du ministère de la Justice, Benyoucef Mellouk, au début des années 1990, la polémique s’est installée sur les effectifs réels des moudjahidine encore en vie, mais sur les « faux» qui se sont retrouvés indûment dans les institutions stratégiques de l’Etat, à la faveur d’attestations communales nécessaires pour avoir la qualité de moudjahid, et ainsi bénéficier des avantages y afférents.

Pour un historien qui a requis l’anonymat, une méthode est nécessaire pour inventorier les combattants. « Il faut tout d’abord s’entendre sur la notion de moudjahid», signale-t-il. Les autorités ont engagé ce travail. Signée à la fin du mandat écourté de Liamine Zeroual, une loi sur le moudjahid et le chahid (99-07) est promulguée. Le texte (art. 5 du chapitre I, titre II) détaille les différentes catégories de moudjahidine : sous ce vocable, il faut intégrer les membres de l’ALN et ceux du FLN (fidaï, moussebel, prisonnier ou détenu et permanent).

A ces catégories, le texte ajoute les militants des événements du 8 Mai 1945 et les étrangers qui ont rejoint les rangs du FLN. Pour le chercheur, il est « primordial» d’ouvrir les archives pour pouvoir recenser ceux qui ont droit à la qualité de moudjahid de la Guerre de Libération. « Il faudra ouvrir les archives des Wilayas historiques. C’est grâce à ces archives qu’on pourra avoir le nombre de moudjahidine. Et puis, franchement, peut-on avoir des chiffres exacts ? La bataille des chiffres n’est pas intéressante. La bataille des archives, si», estime-t-il.

Pour Montassir Oubetroune, le ministère des Moudjahidine doit lever « son monopole» sur l’écriture de l’histoire et ainsi permettre aux Algériens, surtout les plus jeunes, de « connaître les vérités cachées sur leur guerre». « Le Centre de recherche et d’études sur le Mouvement national et la Révolution d’El Biar doit être libéré de la tutelle du ministère et de la propagande. Le peuple algérien n’est plus dans le besoin de mémoire, mais bel et bien dans le besoin d’une histoire vraie», plaide-il.
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