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Entre discours élogieux et pratiques liberticides

Publié le 03/05/2016, par dans Non classé.

Harcèlement judiciaire, pression économique et étranglement financier sont méthodiquement au service de la mise au pas de la presse libre. Les beaux discours officiels sur la liberté de la presse et d’expression ne résistent pas à l’épreuve d’une réalité faite d’interdits et de déni des libertés.
Célébrer la liberté de la presse le jour, la brimer la nuit. C’est le jour même où le très influent quotidien arabophone El Khabar est convoqué devant un tribunal qui décidera de sa vie ou de sa mort, que le pouvoir de Bouteflika s’est fendu d’un message « élogieux» aux journalistes à la vielle de la célébration de la Journée internationale de la liberté de la presse.

« La lutte nationale et les sacrifices incommensurables qui ont jalonné le parcours de la presse nationale, dans le cadre des batailles, des victoires et des douleurs de son peuple, lui valent respect et reconnaissance», lit-on dans le message présidentiel. Le cynisme poussé à son apogée. La technique du pouvoir consiste à faire précéder la répression par des éloges. Le chef de l’Etat rend hommage à une corporation qui a été « au premier rang de la résistance pour la survie de l’Algérie». C’est la même corporation à qui le pouvoir qu’il incarne livre une guerre permanente.

Harcèlement judiciaire, pression économique et étranglement financier sont méthodiquement au service de la mise au pas de la presse libre. Dans son message, la présidence de la République tente de mettre en évidence « les avancées des réformes» en matière de la liberté de la presse. « Partant de notre considération pour la presse et de notre conviction qu’elle représente un noble moyen au service de la marche de notre peuple sur la voie de la liberté et de la démocratie, nous nous sommes employés, ces dernières années, à actualiser et à enrichir les lois de notre pays relatives à la presse, toutes formes confondues.»

Cependant, les réformes dont parle le message du chef de l’Etat, engagées depuis 2012, n’ont pas vu le jour et les textes qui en découlent ne sont pas mis en application. Le cas de l’autorité de régulation de l’audiovisuel est la parfaite illustration du décalage entre le formel et le réel. Pis encore, un président de cette autorité a été nommé et a agi durant des mois sans que l’instance soit complètement installée. Et depuis janvier dernier, ce même président a été remercié sans qu’un successeur soit désigné.

Le ministre de la Communication, Hamid Grine, dont la mission est de veiller à la mise en application des mécanismes prévus par la loi, s’est même autorisé à dire que « la mise en application de l’autorité de régulation de la presse écrite est inutile parce que nous allons vers la révision de la loi sur l’information dictée par la nouvelle Constitution». Cela dénote du cafouillage institutionnel dominant. Des lois promulguées devenues caduques avant même leur entrée en vigueur. Restent les lois liberticides, qui ne changent pas, mais sont surtout appliquées dans leur stricte rigueur comme dans le cas du journal El Khabar.

La réalité du champ médiatique qui baigne dans une anarchie sciemment entretenue démonte le discours de Bouteflika et son message d’hier. « L’établissement de mécanismes d’autorégulation pour la presse écrite, à la lumière de l’installation du Conseil d’éthique et de déontologie conférera davantage de sérénité aux professionnels» évoqué par le chef de l’Etat n’a aucune prise sur le réel.

Et la promotion de « rapports entre les composantes de la société et les institutions pour favoriser une dynamique créative basée sur l’arbitrage d’une législation juste, qui garantit à tous l’équité dans les droits et les devoirs» est battue en brèche par la régulation par la violence des lois répressives. Des lois appliquées à géométrie variable et soumises au bon vouloir des détenteurs du pouvoir.

Faut-il rappeler qu’avant même que le ministre de la Communication saisisse la justice pour mettre en échec la cession des actions d’El Khabar, c’est le chef de cabinet de la Présidence, Ahmed Ouyahia, qui a sonné la charge en menaçant des journalistes et ceux qu’il nomme « lobbies qui veulent prendre le pouvoir en étalant leur monopole sur les médias». En somme, les beaux discours officiels sur la liberté de la presse et d’expression ne résistent pas à l’épreuve d’une réalité faite d’interdits et de déni des libertés. Et ce n’est sans doute pas avec les lois et les pratiques en vigueur que « notre pays se frayera une place parmi les pays démocratiques» comme tente de le faire croire le message du
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