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Enfin libres !

Publié le 19/07/2016, par dans Non classé.

Le tribunal correctionnel de Sidi M’hamed a condamné, hier, Nora Nedjaï, fonctionnaire au ministère de la Culture, à une année de prison avec sursis. Ses codétenus dans le cadre de la même affaire, Mehdi Benaïssa et Ryad Hartouf, écopent quant à eux d’une peine de six mois avec sursis. Même si un grand soulagement a été ressenti à la remise en liberté des trois détenus, la défense, qui a plaidé l’innocence des trois accusés et dénoncé un acharnement judiciaire aux dessous politiques, compte faire appel contre la condamnation.
Beaucoup d’émotion et de tension hier au tribunal d’Alger où Nora Nedjaï, sous-directrice au ministère de la Culture, et les deux responsables de KBC, Mehdi Benaïssa et Ryad Hartouf, ont comparu. Dès 10h, les prévenus arrivent dans le box, encadrés par des policiers. Ils ont l’air de tenir le coup. La salle est déjà pleine.

De nombreux artistes, journalistes, amis et proches des mis en cause sont présents à cette audience consacrée, en cette période de vacances judiciaires, à l’audition des détenus et présidée par le juge Khatir. Ce dernier appelle les prévenus, mais aussi les huit témoins de la partie civile, remarqués par leur absence. Le juge veut reporter l’audience, mais les avocats lui font changer d’avis. Le juge Khatir se tourne vers Nora Nedjaï née Labassi. Les traits fatigués, elle se dresse comme un i pour répondre aux questions du juge.

« Pourquoi avez-vous accordé une autorisation de tournage sans vérifier les activités de la société ?» demande le magistrat. Mme Nedjaï : « Comment pouvais-je ne pas lui donner cette autorisation ? Benaïssa est un enfant du ministère de la Culture. Il est membre de la commission d’évaluation financière des films subventionnés par le ministère. Depuis 2014, il a eu de nombreuses autorisations au nom de sa société Iklim.C’est lorsqu’il y a eu l’affaire des studios d’Atlas TV que j’ai su qu’il était à la tête de NessProd.» Le juge : « Ne saviez-vous pas que c’était pour NessProd ?» La prévenue : « Pour moi, Benaïssa est un homme de confiance.

Il a travaillé pour les ministères de la Défense, de l’Intérieur, et il a obtenu tous les moyens et les autorisations possibles pour le documentaire ‘‘L’Algérie vue du ciel », qui a été un succès. Je n’ai jamais eu de problème avec lui…» Le juge revient à la charge : « Pourquoi n’avez-vous pas vérifié les documents liés à son activité ? Il a un registre du commerce pour des activités de divertissement et non pas politiques…» Mme Nedjaï : « Pour moi, il était en règle. J’aurais pu vérifier, mais je ne l’ai pas fait. Peut-être que j’ai oublié. Peut-être que je me suis trompée.»

Le magistrat appelle Mehdi Benaïssa. « Je suis directeur général de NessProd. Au ministère, la seule chose qu’on m’a demandé c’est le passeport du directeur technique, qui est Syrien. Une fois devant les gendarmes, j’apprends que mon registre du commerce ne comporte que l’activité divertissement. Personne n’a attiré mon attention», dit-il au juge. Ryad Hartouf lui succède. « Je ne suis au courant de rien. J’ai été nommé directeur de la production deux mois auparavant. Ce sont les gendarmes qui m’ont parlé de cette autorisation. Mme Nedjaï je ne l’ai jamais connue. C’est au tribunal que je l’ai vue», lance-t-il au juge, avant de rejoindre sa place.

Le magistrat s’adresse une seconde fois à Benaïssa auprès duquel il insiste sur le fait que le registre du commerce de NessProd évoque des émissions de divertissement. « Je ne savais pas. Personne ne me l’a précisé», dit-il. Le juge : « Vous êtes du domaine et expérimenté. Comment une telle chose vous a-t-elle échappé ?» Benaïssa : « Je suis expérimenté dans le domaine de la réalisation, de la production technique, mais pas en juridique.» Le juge : « Vous êtes autorisé pour des émissions de divertissement et non pas politiques…» Benaïssa : « Y a-t-il un jury qui décide de la limite du divertissement et de la politique ?

Ce sont 8 émissions de 2 heures chacune, avec un plateau de 7 à 8 invités de divers domaines, cinéma, politique, sports, arts, qui parlent de tout. Quelle est la partie habilitée à dire qu’il s’agit d’une émission politique et non de divertissement ?» Le magistrat appelle Mme Nedjaï et revient sur l’autorisation ; la prévenue déclare : « Je reçois une cinquantaine de demandes de ce type. La secrétaire les dépose sur mon bureau. C’est un travail que je fais depuis des années sans aucune erreur. J’ai signé quelque 1900 agréments. Cette fois, je me suis peut être trompée.»

Après quelques questions du procureur, c’est au tour de la défense d’interroger les prévenus. Fetta Sadat, avocate de Benaïssa et Hartouf, demande à Mme Nedjaï : « Avez-vous obtenu une contrepartie après avoir délivré l’autorisation à NessProd ?» La prévenue répond d’un ton sec et énergique : « Jamais ! Ni de NessProd ni d’autres durant toute ma carrière.» L’avocate interroge Benaïssa sur les autorisations de tournage. Il répond : « Elles sont obligatoires lorsque le tournage se fait dans un lieu public. Dans les studios, seul le propriétaire de l’endroit est habilité à autoriser ou non le tournage.»

Le procureur, d’une voix inaudible, annonce ses demandes : « Deux ans avec sursis assorti d’une amende de 200 000 DA contre les trois prévenus.» Les avocats entament les plaidoiries dans une salle d’audience archicomble. Me Merabet est la première à défendre Mme Nedjaï, qu’elle présente comme une fonctionnaire « rigoureuse et compétente». Elle soulève de nombreux vices de forme dans la qualification des faits et réclame l’annulation de la procédure.

Un fait et deux qualifications

Pour Me Merabet, « ce n’est pas à NessProd qu’elle a délivré l’autorisation mais à Benaïssa, qu’elle connaît depuis des années». Me Madani évoque la détention des prévenus et affirme haut et fort que « les libertés ne peuvent être l’affaire de la société civile seulement mais aussi des praticiens de la justice». Une manière de sensibiliser le président sur la détention des mis en cause. Me Madani revient aux propos de Mme Nedjaï. « Elle vous a dit qu’elle a remis l’autorisation sans vérifier les documents parce que Lire la suite

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