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Encore des femmes attaquées à Hassi Messaoud

Publié le 17/09/2016, par dans Non classé.

Un meurtre perpétré dans un quartier de Hassi Messaoud a servi de prétexte pour une « expédition punitive» contre des femmes vivant seules, comme ce fut le cas en 2001.
Jeudi 8 septembre, 14h30, une semaine jour pour jour après le drame d’El Haïcha, le préposé au bureau local du Croissant-Rouge algérien quitte calmement les lieux, la conscience tranquille, fermant à clé la bâtisse abritant des chambres qui restaient le seul espoir d’une dizaine de femmes dont les maisons ont été incendiées après un saccage et un pillage en règle, dans ce quartier populaire qui n’en finit pas d’en vouloir aux femmes seules.

Le meurtre a été le prétexte à une nouvelle expédition punitive qui a ciblé une vingtaine de femmes de ménage habitant à la lisière du quartier, face au cimetière, derrière le marché au bétail. Le même scénario macabre qu’en 2001, où des femmes de ménage traitées de « p…» avaient été laissées pour mortes sous les décombres, vient d’être réédité en ce mois de septembre. Les femmes de ménage chassées de la maison de jeunes El Bouti qui les avait hébergées durant la semaine du 2 au 7 septembre sont accroupies devant la porte.

Elles font partie des vingt familles concernées par la démolition opérée par l’APC de Hassi Messaoud au lendemain du drame qui a coûté la vie à Abdelkader B. un jeune homme de 26 ans, poignardé à la poitrine par sa voisine Mimi N. Elles dorment depuis à la belle étoile avec leurs enfants en bas âge. Sommées de rentrer individuellement à l’intérieur, c’est Fatma-Zohra, femme de ménage à domicile et mendiante connue du boulevard, qui est la première à en ressortir : « Je suis l’heureuse gagnante d’une aide à la location pour trois mois ! Mais personne ne veut me louer et les autorités n’y peuvent rien, selon ce monsieur.»

Quittez Hassi Messaoud !

Cette maman de deux filles et quatre garçons a bien été hébergée mercredi soir par une dame qui a accepté le loyer et qui a fini par la chasser le lendemain. « Elle m’a rendu les 15 000 DA parce que je ne voulais pas me séparer de mes garçons comme elle l’exigeait», raconte Fatma-Zohra, accueillie pas ses copines de malheur qui ont passé la nuit dehors. « J’ai mis ma fille aînée à l’abri, elle a 16 ans et j’ai peur pour elle», dit-elle, en larmes.

Classée famille nécessiteuse, Fatma-Zohra ne s’estime pas heureuse pour autant : « Les services de l’APC me connaissent, à quoi cela va m’avancer d’être estampillée pauvre si c’est pour me jeter à la rue ?» Pour ses compagnes d’infortune, auxquelles le CRA a pourtant refusé de payer le loyer, les locations sont chères en dehors d’El Haïcha et Toumiat. Ainsi, l’aide consentie par le CRA ne vaut que dans les quartiers où les femmes sont pourchassées. « Nos agresseurs ont demandé à la population de ne plus nous louer», hurle El Alia, mère de famille et grand-mère travaillant depuis 18 ans pour Ligabue.

Accompagnée de ses deux petits-fils, des miraculés, sauvés in extremis des flammes par les pompiers, elle ne réalise toujours pas que le maire en personne supervise « cette démolition arbitraire survenue alors que des dizaines de jeunes ont attaqué nos maisons, volé nos affaires et brûlé nos vêtements et nos papiers». El Alia raconte qu’elle a entendu du bruit dans la rue au moment du crime, mais la police qui venait d’arriver lui a demandé de rentrer chez elle.

Tant que le jeune homme était en vie, c’était calme. « Notre calvaire a commencé après sa mort. Vendredi matin, j’étais de service quand une voisine m’a téléphoné pour m’annoncer que ma maison brûlait, personne ne nous a notifié quoi que ce soit, ni qu’on était en situation illicite, ni que nos maison allaient être démolies.» Et d’ajouter : « Le maire nous a humiliées devant tout le monde, il nous a accusées d’avoir tué Abdelkader, Allah Yarhmou. Alors que nous sommes pour rien dans cette tragédie. Il nous a demandé de rentrer dans nos villes d’origine, alors que nous sommes des citoyens de Hassi Messaoud depuis vingt ans.»

Stigmatisation

La veuve n’est pas peu fière de son statut de salariée : « Je travaille pour nourrir ses enfants et si mon employeur me renouvelle mes contrats, c’est parce que je suis sérieuse.» Une citoyenne en règle qui vient de payer 9000 DA d’électricité à Sonelgaz « Ils m’ont bien placé un compteur, pourquoi mon logement est devenu illicite du jour au lendemain ? Voyez ce certificat de résidence signé de la main du maire… il est illicite ?» Sur l’acte authentique, Yacine Bensaci, président de l’APC de Hassi Messaoud, atteste que Mme Khelifi habite bien le quartier Bouamama, à Hassi Messaoud. Bouamama, c’est le nom officiel d’El Haïcha où elle vit depuis 15 ans.

Aïcha quant à elle, femme de ménage à la base 24 Février, est détentrice d’un acte coutumier d’achat de terrain. « Je n’en reviens pas que ces gens en veulent à des femmes faibles et démunies. J’ai construit selon mes moyens pour loger mes six enfants, qui sont à ma charge depuis le décès de leur père.» Comme El Alia, Aïcha paye l’eau et l’électricité, documents à l’appui.

Elle n’est pas dupe : « Je sais que l’APC n’avait pas le droit de démolir ma maison mais je n’ai aucune voie de recours. Hassi Messaoud est une ville hors la loi, c’est la loi du plus fort.» « Je suis à la rue, mes enfants ont une petite santé, on venait à peine d’acheter les fournitures scolaires… Mon Dieu que vais-je faire ?» s’écrie-t-elle, les mains sur le visage.

Enfants sans école

Ne pas voir ses enfants aller à l’école comme les autres. Au-delà du sentiment d’injustice et d’impuissance exprimé par ces chefs de famille devant l’autorité réagissant le week-end, un vendredi matin, pour anéantir les logements de fortune de ces familles dont l’existence ne tient qu’à la résistance de femmes seules, divorcées ou veuves, c’est l’impossibilité de voir leur progéniture évoluer dans un cadre normal et jouir d’une rentrée scolaire ordinaire qui ronge ces familles rencontrées à la veille de l’Aïd.

Salim, Lire la suite

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