formats

«En quinze ans, les flux de devises ont atteint 840,5 milliards de dollars»

Publié le 31/01/2016, par dans Non classé.

Propos recueillis par Ali Titouche

D’anciens responsables et économistes estiment à environ 800 milliards de dollars les recettes encaissées par l’Algérie depuis 2000. Ils posent ainsi la question de l’usage de l’argent du pétrole, tant l’économie algérienne se révèle plus que jamais dépendante de la rente des hydrocarbures, quand bien même des centaines de milliards de dollars y ont été injectés depuis le début de la précédente décennie. Quelles sont vos estimations ?

Je n’ai encore jamais énoncé un chiffre à ce jour pour la simple raison qu’une analyse ne doit pas être un support pour lancer des chiffres approximatifs sans vérification. Ayant pris le temps de collationner les comptes officiels de la nation tels que fournis dans les rapports annuels des différents organismes officiels chargés de cette tâche, dont la Banque d’Algérie, la DGT, le CNIS et le ministère de l’Energie, je peux de ce fait donner les chiffres suivants sans peur d’être contredit ou de me contredire.

Les données économiques du pays entre 2000 et 2014 sont : recettes des exportations : 727,9 milliards de dollars, dont 14 hors hydrocarbures et 713,9 en hydrocarbures, avec un solde positif de la balance commerciale du pays de l’ordre de 271,5 milliards de dollars.

Cette balance ne prenant en compte que les achats commerciaux de biens d’equipement, il y a lieu d’y annexer les soldes des comptes de règlement en tous genres de services et autres paiements non sujets à passage en douane — qui regroupent aussi bien les récupérations de capitaux, les changes de devises en banque, les intérêts sur emprunts, les remboursements d’emprunts eux-mêmes et les dividendes et autres parts d’entreprises étrangères exerçant en Algérie, seules ou en association avec des entreprises locales, ainsi que celles réalisant des marchés en Algérie — au débit du compte courant pour 194 milliards de dollars, et les transferts nets, les entrées de capitaux et les intérêts sur placements au crédit de ce même compte pour 112 milliards de dollars, le tout dégageant un solde négatif, donc réglé en devises, de l’ordre de : 82 milliards de dollars.

On se retrouve de ce fait, sur les 15 années analysées, avec des flux entrants de devises de 840,5 milliards de dollars et des flux sortants de 650 milliards de dollars durant cette période. Les flux entrants n’étant pas tous des recettes nettes nationales, il fallait s’attendre à les rembourser un jour ou l’autre en partie.

Pour une bonne partie des flux sortants, 55 milliards de dollars sont la part des entreprises pétrolières exerçant en association avec Sonatrach, 39 milliards représentent l’amortissement de la dette extérieure avec ses intérêts ; il y a donc eu en tout pour environ 104 milliards de dollars de règlements de frais et services en tous genres.

Depuis quelques années, les recettes pétrolières sont presque équivalentes à celles des importations, dont le seuil flirtait depuis quelques années déjà avec les 60 milliards de dollars. Peut-on faire le calcul des dépenses injectées dans les importations ? Cette économie de bazar n’est-elle pas l’une des causes à l’origine de la situation actuelle dans laquelle barbote l’économie algérienne ?

Pour les importations de biens et services, le décompte fait ressortir quelque 456 milliards de dollars sur 15 ans, avec une moyenne de 30 milliards par exercice sur toute la période, mais une hausse manifeste à partir de 2009. Curieusement, c’est après la mise en place de la fameuse loi dite du « Patriotisme économique» sous couvert bureaucratique que les importations ont subi une hausse incontrôlable à ce jour.

En effet, la moyenne annuelle entre 2000 et 2008 était de 18,5 milliards de dollars, alors que pour la période 2009-2014 elle est passée à 48,2 milliards de dollars. Le solde de la balance commerciale suivant le même cheminement vers le bas, qui ne s’arrête pas à ce jour. Il y a donc lieu de prendre ces chiffres officiels comme référence pour avoir une idée précise de ce qui a été dépensé et des recettes exactes du pays, avant de poser la question de savoir où est passé l’argent.

Pour les importations, on peut constater que les biens de consommation courante ou à l’usage des particuliers, même en biens d’équipement pour les véhicules, ont pris la part du lion dans la répartition de l’enveloppe avec, à titre d’exemple, 160 milliards de dollars pour les biens de consommation, dont 80 pour les denrées alimentaires, auxquels il faut ajouter dans les 45 milliards de dollars de véhicules en tous genres à l’usage des particuliers, inscrits dans la rubrique « biens d’équipement industriels».

Le reste se répartit entre des biens d’équipement à usage professionnel et industriel pour 100 milliards de dollars et produits semi-finis et matières premières pour l’industrie locale et les marchés publics de réalisation pour un cumul de 114 milliards de dollars, l’agriculture ayant été le parent pauvre en équipements : sur 15 ans, elle n’a bénéficié que de 3,5 milliards de dollars, soit moins que la subvention annuelle pour les produits agricoles consommés localement et importés d’ailleurs.

Il est remarquable que dans chaque sortie sur les fameux 800 milliards de dollars, il y a une omission volontaire ou involontaire des 178 milliards de réserves de change à fin 2014 — qui normalement étaient de 190 milliards sans la dévaluation de la part en euros et en d’autres monnaies suite à la hausse du dollar, monnaie de décompte des réserves — et des règlements de la dette extérieure à hauteur de 32 milliards de dollars, en omettant de préciser le montant réellement dépensé en achats et services avant d’entamer les digressions et autres questions.

En à peine 14 ans, l’Algérie a connu trois plans de relance économique budgétisés à coups de milliards de dollars et trois programmes quinquennaux pour un résultat aussi maigre. Croissance infime, dépendance plus que jamais accrue aux recettes pétrolières, quasi-absence d’une économie hors hydrocarbures…

Pour les fameux plans de relance, trois remarques s’imposent. La première étant que les chiffres annoncés à l’époque de leur lancement étaient totalement erronés et irréalisables, même si on avait la disponibilité financière, ce qui était loin d’être le cas. Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Home Non classé «En quinze ans, les flux de devises ont atteint 840,5 milliards de dollars»
Facebook Twitter Gplus RSS
© Radio Dzair