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Drogues, carburants et trafic d’armes à Bir El Ater

Publié le 11/05/2017, par dans Non classé.

« Al Contrat», « Legnatria» ou tout simplement les trabendistes sont autant de noms qui collent aux contrebandiers, de Bir El Ater, la « 49e wilaya» du pays, où seule la loi de l’argent et de la corruption s’applique. Les gros bonnets de la contrebande achètent la sécurité des convois de carburants, de pneumatiques et d’aliments de bétail, à destination de la Tunisie, qu’ils troquent contre ceux de psychotropes, de pilules pour avortement, de fruits exotiques, de semoule, de farine et de friperie. Dans ce no man’s land, l’Etat n’a pratiquement plus de pouvoir…
Il fait près de 30°C en cette journée de début mai. Nous quittons la ville de Tébessa pour rejoindre, Bir Al Ater, à quelque 90 km. La route est presque vide. Au premier point de contrôle, visible à la plaque, il n’y a point de policiers. Ils sont à l’intérieur de leurs véhicules garés des deux côtés de la chaussée. Septuagénaire, ancien moudjahid et patriote de la première heure, notre guide, El Hadj, lâche : « Ils sont là pour la forme…Ils ne contrôlent rien. Vous allez le constater de visu.» Il n’avait pas tort. Sur notre gauche, un véhicule tout-terrain, type Hillux, sans immatriculation, sort de la piste à une vitesse vertigineuse.

Chargé de grands jerricans, il fonce dans notre direction, obligeant le chauffeur à slalomer et à l’éviter de justesse. Nous nous arrêtons, le temps de reprendre notre souffle. « Vous venez d’accéder au territoire de ‘‘shab Al Contra » (les gens des contrats en référence à la contrebande, ndlr). La loi n’est appliquée qu’aux faibles. Regardez ce convoi qui passe de l’autre côté de la route. Ils utilisent des pistes, puis reviennent vers le goudron. Tous ces véhicules viennent de Libye ou de Dubaï. Ils ne sont pas enregistrés.

Leurs propriétaires les transforment pour en faire des bolides de transport de marchandises. Ils leur enlèvent les cabines, et après une année ou deux de trafic, ils les désossent pour les vendre en pièces détachées», explique El Hadj. Le téléphone accroché à l’oreille, il est tout le temps informé de ce qui se passe aux alentours de la ville. Normal, en tant qu’ancien patriote, il a toujours la crainte de revivre les années du terrorisme, où la région était sous le joug des groupes armés. Des deux côtés de la route, nous remarquons un, deux, voire trois véhicules, garés à l’abri du soleil. « Ce sont les kechafa (les éclaireurs).

Ils sont payés pour signaler, par téléphone, tout mouvement des forces de sécurité sur la route. Ils sont recrutés par les contrebandiers nouveaux dans le trafic, parce que les plus anciens n’ont pas besoin de surveiller la route. Ils achètent sa sécurité. Un kechaf peut toucher jusqu’à 10 000 DA pour chaque convoi qui passe…», révèle El Hadj. Nous traversons deux autres barrages, cette fois-ci de la gendarmerie. Nous passons sans aucun contrôle.

A peine quelques mètres plus loin, un nuage de poussière s’élève sur le côté gauche de la route. Trois véhicules blancs, tout-terrain de type Hillux, roulent à la vitesse de l’éclair en direction de la chaussée. El Hadj fait signe au chauffeur de s’arrêter. « Ne prenez jamais le risque de les dépasser. Ils ont pour consigne de foncer sur tout véhicule, surtout des forces de sécurité, qui les bloquent. De nombreux gendarmes ont été blessés ainsi et leurs véhicules complètement défoncés», explique El Hadj.

Les trois Hillux n’ont aucune immatriculation et sont chargés de jerricans de carburant. Ils se sont évaporés en quelques secondes. Subitement, trois 4×4 des services des Douanes surgissent de nulle part. Ils sont dans le sens contraire des trois Hillux. Ils sortent de la piste, pour rejoindre eux aussi la chaussée. Ils scrutent la route avant de prendre la direction de Tébessa. N’ont-ils pas remarqué les trafiquants ? On n’en sait rien. Nous continuons notre chemin vers Bir Al Ater.

« El Kechafa, les éclaireurs des nouveaux contrebandiers»

A 25 km de la frontière, notre guide pointe son doigt pour nous montrer l’endroit où l’ex-sénateur Bediar, avait été enlevé, il y a plus de 15 ans. « Il a été séquestré dans cette maison avec ses deux accompagnateurs. Il revenait de Tunisie. Cette région était sous l’emprise des terroristes et maintenant elle est tombée entre les mains des contrebandiers», nous dit-il. Une Mercedes s’avance à vitesse réduite. « C’est un éclaireur. Il informe les chauffeurs des camions de la présence ou non des forces de sécurité», souligne notre guide avant que le convoi de pneumatiques ne traverse la piste à grande vitesse.

Nous poursuivons notre route, jusqu’à l’entrée de Bir Al Ater. Un barrage fixe de policiers est dressé à proximité d’une station d’essence, dont les distributeurs de carburant sont blindés par des plaques métalliques. « Elle était la seule qui assurait la distribution d’essence à Bir Al Ater. Elle constituait une cible non seulement pour les terroristes mais aussi des ‘‘guenatria » (trafiquants, ndlr) qui prenaient le carburant par la force.

Raison pour laquelle, les distributeurs ont été blindés», explique El Hadj. La ville grouille de monde. Quelques façades sont couvertes de grandes affiches de candidats à la députation, alors que les étals, disposés anarchiquement sur les trottoirs, sont bien achalandés. Nous entrons au milieu des habitations, ou plutôt les entrepôts surmontés d’habitations. La semoule et la farine tunisiennes se trouvent partout.

Les grands sacs empilés jonchent la grande partie du quartier. Visiblement, notre véhicule est l’un des rares à avoir une immatriculation. Les habitants semblent privilégier les grosses voitures. « Enlevez vos ceintures de sécurité. Ici seuls les étrangers à la ville la portent. Vous risquez d’attirer l’attention sur vous», nous conseille El Hadj. Nous pénétrons dans les ruelles sinueuses de ce quartier, appelé « El Matar», un ancien aérodrome de l’époque coloniale, devenu un immense bidonville, où les terroristes se réfugiaient durant les années 1990.

De nombreux véhicules immatriculés en Tunisie circulent ou sont en stationnement. « Remarquez ces Mercedes, ces Renault 21, ces Toyota et ces Peugeot 505. Aucune voiture n’a de siège arrière. Il a été enlevé pour laisser place au double réservoir. Elles sont très prisées. Elles permettent aux jeunes de se faire un peu Lire la suite

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