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Destins tourmentés

Publié le 18/06/2016, par dans Non classé.

Lors des événements qui ont eu lieu à Dusseldorf la semaine dernière, des migrants maghrébins ont mis le feu à un camp de réfugiés.
Ces éléments nouveaux finiront par persuader les parlementaires récalcitrants à voter en faveur de la décision du Bundestag de placer les trois pays du Maghreb sur la liste des pays sûrs.

Dans cette deuxième partie de notre long périple en Allemagne sur les traces des harraga, rencontres avec des jeunes à la fleur de l’âge tombés dans la prostitution masculine.

Dortmund Hauptbahnhof, la gare centrale, le point de chute de tous les harraga, le lieu de toutes les rencontres, surtout celle des histoires. D’ici, on peut joindre n’importe quelle destination en Europe.

Pour les « migrants» algériens bloqués en Allemagne à cause du durcissement du contrôle d’identité et des frontières entre les Etats Schengen, le seul moyen qui reste est le covoiturage.

A l’intérieur de la gare, adossé au mur, la jambe levée comme au bled, Nassim est collé à son smartphone et branché sur son application favorite, Blablacar, un site internet très prisé par les harraga. Un gros business est né et certains convoyeurs n’hésitent pas à spécifier sur leur annonce « harraga uniquement».

Pendant que Nassim cherche un bon plan, son acolyte Riad, le look hippie, tout deux originaires d’El Harrach, vend du cannabis. Il n’hésite pas à héler et harceler les passants. « Normal kho ! Ici fais ce que tu veux, s’ils veulent nous arrêter et nous mettre en taule, nous sommes habitués. Moi j’ai trois jugements au bled», me lance-t-il fièrement mais visiblement stressé et méfiant, trompé par sa main qui tremble et qu’il tente maladroitement de cacher.

Entres deux joints et au fil de la discussion, Riad accepte de nous raconter son passé peu glorieux. « Je ne sais pas faire autre chose que de voler, d’agresser les gens et de vendre de la zatla. Le travail, c’est pas pour moi», tranche-t-il d’emblée. Avant de prendre l’avion pour Istanbul, il a « cassé» un appartement, comme ils disent dans leur jargon.

« C’était une belle prise : 600 000 DA en bijoux que j’ai pu vendre rapidement et échanger en euros.» Il a profité de la lenteur de l’enquête de police pour fuir le pays. A Istanbul, Riad et son ami Nassim louent un appartement « standing» pendant trois mois pour 3000 euros. « On avait même une femme de ménage», sourit-il.

Agression

L’argent est vite parti et les deux amis empruntent le couloir bulgare pour rejoindre l’Europe. « Ce n’était pas prévu au programme. Fallait soit revenir au bled ou bien continuer le chemin. Et comme nous avons appris que la police me recherchait, il fallait donc choisir la seconde option», raconte-t-il. Nassim semble avoir trouvé un plan pour vendredi, destination Paris, 35 euros la place. Rendez-vous est pris, il leur reste trois jours à passer à Dortmund. Ils ont élu domicile à Innenstadt, à quelques kilomètres de la gare centrale, dans un appartement jouxtant le jardin du quartier.

Visiblement agacé par son copain qu’il a devancé en révélations, tient à me livrer son histoire. Agé d’à peine, 19 ans, Nassim, porte sur le cou et les poignets les stigmates d’un long périple. Ses bras sont marqués de scarifications. « Avant d’arriver ici, j’ai fait de la prison en Bulgarie, puis en Serbie… Moi je ne recule devant rien mon frère et je suis prêt à tout, surtout pour mon ami».

A la nuit tombée, les deux comparses sont rejoints par d’autres compagnons d’infortune. Galvanisés par les psychotropes, armés de couteaux, ils se sont organisés en bandes d’agresseurs. Le jardin abrite une station de métro et constitue un passage obligé pour beaucoup de travailleurs.

Gare à celui qui s’aventure par-là « ce soir nous avons une hsifa (règlement de compte) avec des Ghanéens qui ont agressé un des nôtres, ils ne vont pas nous échapper cette fois-ci», menace Riad, les yeux vitreux, la voix éraillée. Ils se dispersent en groupes de deux à la recherche des « Africains» qui se sont manifestés vers 1h, tellement bourrés que la situation a vite tourné au drame. Bouteilles d’alcool cassées, mobilier saccagé, chacun utilise ce qu’il a à portée de main. La police intervient un quart d’heure plus tard.

Playboy

La raison de ces chamailleries au Innenstadt Garten est une histoire de territoire sur fond de prostitution masculine. Ici, Africains et Maghrébins proposent leur corps pour parfois des sommes dérisoires. Le business est tellement fructueux que certains ont même été placés dans des agences d' »escort boy», bien que les Algériens ayant déclaré être homosexuels auprès des autorités allemandes restent insignifiants (une centaine selon une source à l’office des migrants) pour bénéficier de l’asile politique sans difficulté sous prétexte de persécution dans leur pays.

D’où les appréhensions du Parti des verts qui compte annuler la décision du Parlement allemand de placer les pays du Maghreb sur la liste des pays sûrs et interdire ainsi l’accès à l’asile politique. La question reste taboue dans les relations entres les pays du Maghreb et l’Allemagne et elle est d’autant plus dans ces pays.

Nassim joue au « mac» : il gère et protége une dizaine de jeunes Maghrébins à la fleur de l’âge. Certains parmi eux ne dépassent pas les 20 ans. Ainsi, Walid, la silhouette frêle, l’air efféminé et maquillé, n’a que 17 ans et dit s’assumer. « J’ai fui le pays pour vivre ma liberté et faire ce que je veux» lance-t-il fièrement avant de nous inviter à partir : « Vous dérangez, personne ne viendra me voir, je dois travailler.»

En quittant les lieux, Ilyes nous interpelle et tient à raconter l’histoire de Walid : « Il a sujoué son rôle, en vérité il a fui le pays à cause de son frère qui a juré de le tuer.

Ce jeune garçon a vécu un drame, son copain au bled, qui n’est autre que l’ami intime de son frère, a été massacré, poignardé à coups de couteau, il a survécu mais aujourd’hui, il se trouve sur une chaise roulante, il est paralysé à 95%.» Effondré par ce qu’il vient de révéler, en pleurs, il supplie de l’extirper des mains de Nassim, Lire la suite

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