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Des sites de chalets aux cités-dortoirs

Publié le 21/05/2018, par dans Non classé.

Plus de 8114 chalets ont été éradiqués ces dernières années, mais leurs occupants ont été relogés dans des cités sans âme.
Quinze ans se sont déjà écoulés depuis le séisme du 21 mai 2003. Cette catastrophe naturelle qui a frappé la wilaya de Boumerdès et ses environs a fait plus de 2278 morts, 10 000 blessés, 15 000 sans-abri et d’importants dégâts matériels. Certes, les sinistrés ont presque tous été relogés, mais la page de ce douloureux événement est loin d’être tournée.

Pas moins de 6800 chalets, qui ont servi d’habitations provisoires aux victimes, sont toujours là, disséminés à travers des sites qui se sont clochardisés au fil des années au point de devenir des lieux de cache misère, illustrant ainsi l’échec de la gestion post-séisme et l’incapacité des pouvoirs publics à traduire leurs engagements dans les faits.

Malgré leur détérioration et le trafic qui a entouré leur affectation « dans le cadre social», il a fallu attendre plus de dix ans pour que l’opération d’éradication de ces cabines en préfabriqué soit entamée. Engagées dans une course contre la montre, les autorités locales font état de 8114 chalets qui ont été démantelés jusqu’à aujourd’hui. Le résultat est énorme, mais la démarche et la méthode adoptées par les responsables locaux ne sont pas exemptes de reproches.

Les budgets des VRD tardent à venir

Plusieurs cités de plus de 500 logements ont été livrées avant qu’elles ne soient dotées de commodités nécessaires et d’infrastructures de base, tels que les écoles primaires, les aires de jeu, les espaces verts, les parkings, etc. Cela a été constaté surtout à Bordj Menaïel (500 + 800 logements), Khemis El Khechna (500), Ouled Haddadj (500), Boumerdès (400), Issers (370), etc.

La joie des nouveaux résidents aura été de courte durée. Les appartements ne sont toujours pas raccordés au réseau de gaz. A Bordj Menaïel, les logements ont été livrés avant qu’ils ne soient raccordés totalement au réseau d’assainissment. Les espaces extérieurs des immeubles sont dans un état déplorable.

Aucun arbre n’y a été planté. Les locaux sis au rez-de-chaussée des blocs sont toujours fermés, contraignant les habitants à aller au centre-ville pour faire leurs emplettes. Les élèves, eux, n’ont pas changé d’établissements malgré la distance qui les sépare de la cité. Des projets d’écoles primaires seront lancés incessamment dans certaines cités. Seront-ils prêts en septembre prochain ? Pas évident. Pressées d’éradiquer les chalets, les autorités locales ont buté sur le manque de budget.

Les efforts colossaux fournis par les responsables locaux pour venir à bout des chalets n’a pas été appuyé d’en haut par les membres du gouvernement. Bien au contraire, en plus d’avoir gelé le programme de 8000 logements, l’Etat n’a pas dégagé l’argent nécessaire pour la réalisation des travaux de la voirie et réseaux divers (VRD) au niveau des nouvelles cités. Ce problème reste pendant à ce jour et risque d’entamer la volonté de tous les services qui travaillent d’arrache-pied pour éliminer les séquelles du séisme.

Les autorités locales prévoient ainsi la livraison de 2340 logements d’ici le 5 juillet, dont 1000 à Boudouaou, 600 à Zemmouri, 500 à Dellys et 700 à Thénia. Ces programmes sont presque achevés, reste juste les VRD, dont le budget (600 milliards de centimes) tarde à être dégagé par l’Etat. Autre problème, la plupart des sites touchés (60/95) par les opérations de démantèlement abritent ça et là des chalets et des barraques illicites.

Que ce soit à Naciria, Bordj Menaïel, Ouled Haddadj, Boumerdès, Khemis El Khechna ou encore aux Issers, les opérations de relogement ont laissé place à un décor apocalyptique avec des chalets et des taudis encore occupés au milieu de décombres et de débris de ferrailles entourés parfois de mares d’eaux usées et de monticules d’ordures.

Menés dans la précipitation, les programmes de relogement n’ont pas souri à tout le monde. Les conséquences seront difficiles à gérer à l’avenir. Le fait de laisser des chalets ça et là rend impossible la récupération des vastes surfaces de terrains pour y réaliser des équipements publics et des projets d’investissement.

Les chalets cèdent la place aux taudis

A Bordj Menaïel, pas moins d’une centaine de familles ont été exclues des opérations d’attribution des nouveaux appartements, menées le 21 mai 2017 (500) et en mars dernier (800). « On nous traite d’hors-la-loi. Si j’ai érigé une baraque ici c’est parce que je n’ai pas pu avoir un chalet comme les autres. Car je ne connais personne à la daïra ou la wilaya. Maintenant, ils n’ont qu’à enquêter sur ma situation pour voir si je mérite un appartement ou non», dira Brahim (42 ans).

Adossé à un mur qui ruisselle d’eau, ce père de 3 enfants vivait auparavant avec ses parents à la cité Bousbaâ. Il a quitté la maison familiale quelques mois après son mariage pour occuper deux pièces de parpaing à proximité des chalets où il vivote à ce jour. « Au début, on nous a même coupé l’eau et l’électricité. Mais on a tout rétabli», fulmine-t-il. Son taudis, comme ceux de ses voisins de fortune, n’est pas raccordé au réseau d’assainissement. Il n’a ni toilette ni douche.

Même chose à El Hamri, dans la commune voisine des Issers où subsiste une quarantaine de familles – 370 ayant étant relogées – dont la plupart occupent des bâtisses illicites. Sur place, on y retrouve une mosquée et une école primaire de 11 salles où étudient 365 élèves.

L’établissement est entouré de carcasses de chalets. Apostrophé sur place, Fateh (42 ans) dénonce la politique d’exclusion des autorités locales. « C’est de la hogra. Cela fait 11 ans que je me suis installé ici», s’écrie-t-il. Avant de confier : « Je me suis marié il y a 17 ans. Je n’ai toujours pas eu d’enfants. J’ai fait une demande à la DAS pour adopter un enfant, elle a été rejetée après une longue enquête car on m’a expliqué que je devais d’abord disposer d’un toit décent.»
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