formats

«Des indices prouvent l’existence de réserves de 60 milliards de m3 d’eau dans le massif du Djurdjura»

Publié le 14/11/2017, par dans Non classé.

– Votre étude, qui a révélé l’existence d’importantes réserves aquifères dans le massif du Djurdjura, intéresse le ministère des Ressources en eau. Invité au forum d’El Moudjahid, le ministre du secteur, Hocine Necib, a assuré que votre étude « est très sérieuse et très intéressante». Quels sont les arguments défendus pour convaincre de l’existence de ces dizaines de milliards de mètres cubes dans cette région du pays ?

Merci à El Watan, une fois de plus, pour tous ses efforts pour informer le public algérien sur cette question des ressources en eau dans le pays. Depuis cette première conférence (20 septembre 2017) aux géoscientifiques et étudiants à l’USTHB (université des sciences et techniques Houari Boumediène de Bab Ezzouar, Alger), le débat ne fait que s’élargir horizontalement et vers le sommet en direction des décideurs.

C’est une excellente chose, et je ne peux qu’en être très satisfait, malgré l’implication de plus en plus envahissante des porteurs de « manchars» (critique stérile, non constructive et violente sans base scientifique) dérangés dans leur torpeur et leur routine. Quand on sait que certains avaient proposé, il y a quelques années, d’importer l’eau, on comprend pourquoi ! L’étude est « très sérieuse et très intéressante». Oui, elle est très sérieuse, car elle repose sur plus de 10 années de travail de terrain avec une équipe.

Elle a abouti à des soutenances de 6 thèses de doctorat (3e cycle et d’Etat) à l’USTHB, plusieurs stages de terrain pour une dizaine de promotions d’étudiants, un colloque international, de nombreuses présentations à des séminaires nationaux, deux publications dans des revues internationales en anglais et en français, et finalement un livre en vente cette année en Algérie (La Grande Kabylie dans le contexte algérien vue par les géosciences, Ed. Ingese, Alger, 2017, http://saadgeo.com/livre-la-grande-kabylie-dans-le-contexte-algerien-vue-par-les-geosciences/).

Elle est aussi très intéressante de par son résultat direct et la méthodologie qui est impliquée par ce dernier qui a fait et fait encore sursauter bon nombre ! L’implication est ce réservoir immense en eau du Djurdjura !

Il faut se rendre à l’évidence que dans le milieu des géoscientifiques, surtout les pétroliers, un dicton dit, à juste raison, que les réservoirs se découvrent en premier dans l’esprit de certains géoscientifiques, c’était le cas pour toute la zone pétrolière de la Norvège par exemple, où un certain géoscientifique, dont j’ai oublié le nom, de la Co US Philips (devenue ConocoPhilips) avait formulé cette hypothèse. Et le forage l’a prouvée. D’autres exemples existent !

L’enjeu du Djurdjura, le ministre des Ressources en eau, Hocine Necib, l’a immédiatement saisi, après un quart d’heure de discussions cordiales. Ce qui ne l’a pas empêché d’assister jusqu’à la fin de la conférence, que j’avais présentée, et de continuer à suivre attentivement la discussion, de susciter un échange d’avis et de questions, très fructueux pour approfondir ce sujet.

Les arguments pour convaincre toute personne sensible à l’existence de ce réservoir immense sont aussi clairs que l’eau de roche en partant de données simples : s’il y a source, une seule, il y a réservoir derrière, or il y a plusieurs sources intarissables ! Dont la source de Tinzar débitant de 400 à 2000 litres par seconde, alimentant deux centrales hydroélectriques, et encore celle qui alimente l’usine de Cevital de mise en bouteille de l’eau minérale Lalla Khadidja, et celle du col de Chellata captée pour alimenter la localité de Chellata (Akbou).

Pour le moment, les études structurales mettent en évidence la présence d’un énorme volume rocheux, essentiellement carbonaté, sur une longueur de près de 100 kilomètres, plongeant vers l’Ouest. En estimant son volume et en ne prenant comme pourcentage que 5% de la roche, on arrive à ce résultat de 60 milliards de mètres cubes.

C’est un calcul sous-estimé par deux points importants : 1) seule la moitié de la longueur de ce réservoir composite a été prise en considération ; 2) dans de telles roches, la porosité (le vide susceptible d’être rempli d’eau) est de près de 33%, en extra la présence de cavités et de gouffres de plus de 1 km de profondeur ; or seulement 5% de porosité a été considérée. D’autres indices, comme des lacs perchés, des sources et des trop-pleins en hauteur indiquent que très probablement une importante part de ce réservoir est entièrement pleine.

– Le ministre a affirmé que son département est prêt à mettre les moyens nécessaires pour approfondir votre étude et ainsi confirmer l’existence de ces réserves d’eau. Quels sont les moyens nécessaires pour mener à bien votre projet ?

Oui, j’en suis convaincu ! Pour le moment, je crois comprendre qu’au ministère des Ressources en eau, surtout à l’ANRH (Agence nationale des ressources hydriques), organisme scientifique le plus concerné directement, un plan d’action est en cours de préparation. Je n’en sais pas plus.

Il faut distinguer deux volets de cette recherche : le volet recherche approfondie, voire académique, et le volet recherche pratique pour l’exploitation. Les deux volets sont étroitement liés. Dans notre programme de recherche proposé par les deux universités, celles de Tizi Ouzou et de Constantine, nous avons tenu compte de ces deux aspects.

Les premiers résultats vont dans un délai de 1 à 2 ans aboutir notamment à un programme d’une demi-douzaine de forages superficiels (moins de 50 m de profondeur) pour estimer l’épaisseur de la couverture étanche que nous nommons « l’Eocène molassique» depuis son apparition dans la région de Haizer sur une petite distance vers l’Ouest et sur trois côtés : supérieur, flancs nord et sud.

C’est la première étape pour envisager d’aller vers un forage d’exploitation. Il est important au cours de cette première phase de préciser la structure de ce réservoir composite, par des études fines basées sur une cartographie géologique détaillée avec des études structurales le long de transversales N-S bien sélectionnées ; tout en effectuant des profils électriques pour localiser la présence de l’eau proche de la surface du sol et à 1500 m de profondeur.

Il ne s’agit pas de faire passer en premier lieu le côté académique et de se lancer dans des recherches dont l’intérêt immédiat n’est pas évident. Dans le débat en cours, j’ai Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Home Non classé «Des indices prouvent l’existence de réserves de 60 milliards de m3 d’eau dans le massif du Djurdjura»
Facebook Twitter Gplus RSS
© Radio Dzair