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De tout l’argent versé par l’Etat à l’agriculture, nous n’en avons vu que 40% !

Publié le 18/12/2015, par dans Non classé.

Alors qu’en début de mois se sont tenues les Assises nationales sur l’aménagement du territoire, Mohamed Allioui revient sur les freins au développement de l’agriculture. Au cœur du problème : encore et toujours le foncier
Le gouvernement promet des mesures importantes pour que l’agriculture joue son rôle dans le développement économique. Pensez-vous que la situation économique lui permettra de tenir ses engagements ?

Le Premier ministre a tenu un discours plutôt rassurant à Aïn Defla. Il s’est engagé à respecter et surtout à accompagner nos propositions et semble compter sur nous. Dans les prochains jours, nous allons nous rencontrer pour enfin discuter d’un dossier en suspens depuis des années, celui d’un million d’hectares de terres, et ce, pour attribuer des modalités de distribution pour les agriculteurs et les investisseurs dans plusieurs wilayas du pays. La conjoncture dictant de nouvelles mesures, il faut encourager la réhabilitation des terres agricoles. Au Sud par exemple, il est extrêmement difficile de travailler la terre et de produire sans être accompagné par des entreprises.

Il faut, à mon avis, adopter le modèle de la Californie. L’Algérie avait déjà opté pour cette démarche à Gassi Touil avec Sonatrach, mais cette opération est restée trop timide. Aujourd’hui, nous produisons de la pomme de terre de manière excédentaire, mais comme nous n’avons pas d’industrie pour accompagner la filière, nous perdons sur le plan commercial.

Si des investisseurs pensaient à mettre à la disposition des agriculteurs des usines de transformation pour produire des chips ou de la purée, nous pourrions gagner plus d’argent. Le Premier ministre a d’ailleurs donné des instructions fermes à Sid Ahmed Ferroukhi, ministre de l’Agriculture, pour que toutes les questions liées au secteur de l’agriculture, en suspens depuis des années, soient obligatoirement résolues avant la fin de l’année. Toutes les dispositions réglementaires nécessaires seront prêtes en 2016.

Pensez-vous donc que le secteur de l’agriculture sera épargné par les mesures d’austérité ?

L’austérité est appliquée à l’agriculture depuis très longtemps. La part du budget de l’Etat octroyé depuis des années au secteur n’a jamais dépassé les 4,5%. C’est le budget le plus faible au monde ! La France lui attribue 47%, et les Etats-Unis 56%. D’autres pays arabes investissent plus que nous. Il faut revenir à l’agriculture. Les fellahs n’ont pas peur de la crise financière. Contrairement aux autres catégories professionnelles, ils en ont l’habitude et sont à même d’aider le pays dans cette crise. Le gouvernement nous a délaissés depuis des années et voilà qu’aujourd’hui, il est obligé d’investir pour nous, pour qu’on puisse produire plus. Il paie sa politique de ségrégation.

D’ailleurs, l’Algérie est encore dans une agriculture traditionnelle, les fellahs attendent la pluie pour leurs terres qui ne sont malheureusement pas irriguées par les barrages. Si les autorités acceptait d’irriguer les terres avec l’eau des barrages seulement 2 millions d’hectares dans tout le pays, nous pourrions définitivement régler la situation de la production en Algérie.

Comment faire pour lever les contraintes liées au développement des filières stratégiques, telles que les céréales et le lait ?

Le Premier ministre s’est engagé à appliquer nos propositions. Prenons la filière lait : les listes des éleveurs bovins de Tizi Ouzou, Béjaïa, Boumerdès et Bouira sont prêtes pour bénéficier des aides de l’Etat en matière de terres dans leur région ou ailleurs dans le pays.

Avec cette démarche, je pense que nous pourrons revoir à la baisse la facture d’importation de la poudre de lait qui s’élève actuellement à 1,4 milliard de dollars. Tout est prêt. Aujourd’hui, à cause de toutes les difficultés que nous rencontrons dans la production, nous n’arrivons à produire qu’un tiers seulement de la demande nationale.

36 000 affaires liées à des différends et à des violations de terrains agricoles traînent depuis plus de dix ans devant les tribunaux du pays. Ce qui retarde l’application de la loi sur les concessions agricoles. Comment est-on arrivé à une telle situation ?

Cette situation remonte à 1987 dans le cadre de loi 87-19. Les dossiers se sont ensuite accumulés jusqu’en 2010. Il y avait 36 000 affaires dans tout le pays. Aujourd’hui, nous ne disposons pas de données exactes des affaires résolues, même si de nombreux dossiers ont été régularisés. J’ai rencontré le directeur des Domaines pour tenter de faciliter le traitement de dossiers des agriculteurs, pour qu’ils puissent enfin avoir leur acte de propriété. Car sans acte, ils ne peuvent rien faire de leurs terres, ne pouvant pas contracter de crédit ni produire, par conséquent ils ne peuvent pas gagner d’argent.

Qui remboursera ces agriculteurs ? Nous avons d’ailleurs conclu avec le Premier ministre un accord selon lequel seul l’acte de propriété et une copie de la pièce d’identité seront désormais demandés aux fellahs par les banques pour un crédit, au lieu des 16 documents actuels. Mais c’est une décision qui attend encore les décrets d’application.

30% des fermes agricoles à Alger n’ont pas d’acte de propriété et leurs propriétaires sont bloqués à cause de ces obstacles bureaucratiques. Ce qui influence évidemment sur la production. Nous attendons aussi les décrets d’application pour la création du haut-conseil de l’agriculture, décidée en 2010. Il sera constitué de représentants des ministères et nous discuterons des questions régulièrement.

Lesquelles par exemple ?

De la protection des terres agricoles en général, qui pose encore problème. Les statistiques que nous avons établies depuis des années révèlent que, chaque jour, 7 hectares sont avalés par le béton dans toutes les wilayas. Nous faisons encore de la résistance mais contre certains lobbies, en particulier des hommes d’affaires, nous ne pouvons rien. Le président Bouteflika nous a tout de même aidés, il y a deux ans, à récupérer 1200 hectares à Boumerdès.

C’étaient des fermes agricoles fertiles destinées à la construction. Les fellahs ont eu même droit aux excuses du ministre Bouchouareb au nom du gouvernement. Nous demandons au président Bouteflika de protéger les terres agricoles.

Votre secteur a englouti d’importantes sommes d’argent, mais les résultats restent en deçà des attentes. D’ailleurs, le taux de croissance du secteur a baissé en 2014.

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