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Dans les dédales des contrats avec Saipem

Publié le 06/01/2016, par dans Non classé.

Nouvelles révélations dans le procès de l’affaire Sonatrach 1 qui se tient au tribunal criminel d’Alger. Hier, l’ex-vice-président de l’activité transport par canalisation, Benamar Zenasni, seul accusé pour des délits, en détention depuis 6 ans, affirme que c’est Chakib Khelil qui a donné l’ordre de ne pas annuler le contrat avec Saipem, dont les prix étaient plus chers de 68% alors que Réda Meziane, fils du PDG de Sonatrach, enfonce Farid Bedjaoui.
Le tribunal criminel d’Alger est passé hier après-midi à la deuxième groupe liée à l’affaire Saipem Algérie. Il appelle Benamar Zenasni, vice-président de l’activité transport par canalisation (TRC), poursuivi pour « participation à association de malfaiteurs», « complicité dans passation de marché public en violation de la réglementation», dans « dilapidation de deniers publics», « abus de fonction» et « blanchiment d’argent». Des faits délictuels pour lesquels Zenasni est en détention depuis six ans. Il revient sur la signature du contrat avec Saipem pour la réalisation du GK3. « Lorsque je suis arrivé, ce projet était déjà prêt.

Les pipes partent de Hassi Rmel jusqu’à Koudiet Draouch, pour relier Guelma à Skikda sur 780 km», dit-il. Selon lui, le projet a respecté la procédure, il est passé par une consultation. « J’étais directeur de l’Enac, une filiale de Sonatrach, qui a d’ailleurs soumissionné pour ce projet avec Cosider et des sociétés étrangères. Sonatrach a décidé de passer par une préqualification et de lotir le projet en trois lots. Pour le lot 3 objet de l’affaire, il y a eu six entreprises étrangères retenues, mais seulement deux ont fait des offres commerciales. Jusqu’à ce moment-là j’étais toujours à la tête de l’Enac. Je voulais prendre ma retraite et on m’a proposé le poste de vice-président de l’activité TRC. J’ai pris le train en marche.

Le projet était très urgent.» Le juge : « Contel aussi était très urgent qui a pris la décision de prendre les deux sociétés, Saipem et une société française.» L’accusé : « C’est le PDG, sur proposition de mon prédécesseur, M. Chekired. L’urgence c’est que Sonelgaz avait lancé la construction d’une grande centrale électrique, alors que Sonatrach n’avait même pas commencé les travaux du pipe. C’est un investissement de 2 milliards de dinars. L’Algérie avait besoin d’électricité et du complexe de gaz.» Le juge : « L’utilité n’explique pas l’urgence.

La consultation s’es transformée en gré à gré.» L’accusé : « L’appel d’offres n’a eu que deux réponses. Vu l’urgence, ils les ont retenues. Quand j’ai été nommé, le projet était déjà passé par la commission des marchés et les deux sociétés retenues. Le maître de l’ouvrage est Yahia Messaoud, directeur de la division réalisation. Il m’a révélé que Saipem est la première avec 688 millions de dollars devant la société française (760 millions de dollars).» L’accusé affirme avoir remarqué une hausse des prix, et de ce fait, il a attiré l’attention du maitre de l’ouvrage, Yahia Messaoud. « J’ai pris la décision de geler le processus.

En attendant, je voulais une étude. Après il est venu me dire que la hausse est de 68% alors que les pipes sont fournis par Sonatrach. Lui ne fait que la réalisation. J’ai dit à Messaoud que son analyse a été faite sur un pipe LZE de Hassi Messaoud, dont les caractéristiques ne sont pas les mêmes. La différence entre les deux marchés est le fait que le LZ02 relie le Sud à Arzew. Il traverse trois zones : Sud, Hauts-Plateaux et Nord. La réglementation de réalisation définit les caractéristiques des pipes dans chacune des régions.»

« Le ministre m’a dit : il n’est pas question d’annuler le marché»

Acculé par le juge, l’accusé finit par lâcher : « Le ministre m’a convoqué pour me sermonner sur le fait que j’ai gelé le projet. Il m’a dit : il n’est pas question d’annuler. Il m’a dit que la seule solution est de négocier. Il m’a dit vous avez mis 3 ans pour arriver au contrat. Mais d’ici une année, êtes-vous sûr que les prix ne connaîtront pas de hausse ?

J’ai fini par être convaincu par son raisonnement.» Le juge lui fait remarquer qu’il est entré dans le gré à gré. « Si je ne refais pas l’appel d’offres, cela veut dire que c’est le gré à gré. Ce qui nous donne la possibilité de négocier.» Le juge l’interroge sur les négociations : « Lorsque le ministre m’a demandé de négocier, j’ai écrit à Yahia Messaoud pour l’informer en tant que maître de l’ouvrage. Nous avions saisi les Italiens qui ont accepté de réduire de 1%. Dans le courrier de Yahia Messaoud à Saipem, nous espérions une baisse de 20 à 30%. Nous avions entamé les négociations. Ils nous ont dit qu’ils baisseraient de 3%, nous avons refusé.

Puis de 8%, réfusé également. J’ai dit à Yahia Messaoud, qui négociait pour une réduction de 13%, de demander 25%. Ils ont refusé. J’ai demandé à parler avec Tullio Orsi, le patron de Saipem, que je reçois pour la première fois dans mon bureau. Je lui fais des remarques sur la hausse ; il a tenté de justifier par le relief du site de réalisation.» Le juge : « Et le PDG était-il au courant ?» L’accusé : « J’y arrive. Je lui ai exprimé mon refus. Il m’a dit je baisse de 14%. Je lui ai dit je veux 25%.

Il me répond : ‘Vous voulez que je fasse une lettre d’embauche ?’ Après une longue négociation, il a arrêté la baisse à 14,5%. Je lui ai dit que j’allais réfléchir. J’ai appelé le PDG, je lui ai rendu compte. Il m’a dit de le ramener à son bureau. Le lendemain, nous avons été reçus à son bureau. Tullio a défendu son prix en justifiant son offre pour arriver au bout de 2 heures à 15%. Ce qui représente 568 millions de dollars de baisse.

Quand l’Italien est parti, le PDG m’a dit le ministre nous a demandé de négocier 12,5% de baisse et nous avons arraché 15,5%. Les contrats ont été préparés et comme le montant dépassait le seuil de mes prérogatives, j’ai écrit au PDG pour avoir le pouvoir de signature. Le ministre a organisé Lire la suite

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