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«Daech est un allié objectif du régime syrien»

Publié le 31/12/2016, par dans Non classé.

La bataille-évacuation d’Alep-Est a marqué une étape décisive dans le drame syrien. Mais signe-t-elle la fin d’un conflit meurtrier qui dure depuis plus de cinq ans ? Pas si sûr. « Il me semble qu’elle ne marquera pas la fin de la guerre. La fin de la guerre ne sera pas imposée par une action militaire malgré les apparences. Elle aura besoin d’un processus politique sous n’importe quelle forme», analyse le politologue syrien, Salam Kawakibi.
– La ville d’Alep a vécu le martyre durant des semaines. Le régime de Bachar Al Assad parle de victoire. Que s’est-il passé réellement dans cette ville ?

La ville d’Alep, notamment sa partie Est, après avoir vécu une période propice de manifestations pacifiques comme dans l’ensemble du pays à partir de mars 2011, vivait depuis 2012, année où le mouvement protestataire s’est militarisé, un calvaire à tous les niveaux : tous les centres névralgiques (centres médicaux, écoles et boulangeries) étaient les cibles privilégiées des barils de TNT largués par les hélicoptères de l’armée.

Ainsi, la région est de la ville était en grande partie encerclée par les troupes loyales épaulées par des milices confessionnelles venues d’Irak, d’Iran, du Liban et d’ailleurs. Sa partie ouest était aussi sporadiquement la cible de tirs de mortiers venant de l’Est en signe de détresse, mais qui causaient aussi des dégâts au sein de la population civile.

Cette situation n’a fait qu’aggraver la fissure sociale longuement et minutieusement travaillée par le régime en application de la règle coloniale : « diviser pour mieux régner». Depuis l’intervention russe en septembre 2015, la partie est de la ville est devenue la cible d’un tapis de bombes aériennes. Une méthode russe déjà expérimentée en Tchétchénie dans les années 1999 et 2000. A partir de septembre 2016, le siège était étanche.

Juste en chiffres pour illustrer : la population d’Alep Est comptait 1,7 million en 2012, en septembre 2016, elle était de 275 000, et zéro ou presque fin décembre 2016. La déportation de la population civile qui a été organisée « grâce» à une trêve imposée par les Russes enregistre une première dans l’histoire moderne : déplacement et remplacement d’une population sous le regard bienveillant ou indifférent de ladite communauté internationale.

– La bataille d’Alep marque-t-elle la fin de la guerre ou annonce-t-elle une autre étape dans la tragédie syrienne ?

Il me semble qu’elle ne marquera pas la fin de la guerre. La fin de la guerre ne sera pas imposée par une action militaire malgré les apparences. Elle aura besoin d’un processus politique sous n’importe quelle forme. Les Russes en sont conscients. Même s’ils ont appliqué la manière forte et destructrice, ils savent que pour échapper à un bourbier à l’afghane, il leur faut une solution politique. En attendant, la destruction massive se déplace d’Alep à Idlib (nord-est), qui est l’un des derniers bastions de l’opposition armée.

De plus, il y a une forte concentration de djihadistes, ce qui n’était pas le cas à Alep. Donc, la destruction d’Idlib sera plus « légitime» après la tuerie d’Alep. Une guerre de guérilla risque de remplacer les confrontations urbaines. Les rebelles, qui ont été forcés à quitter leurs villes, pencheront vers plus de radicalisation, si une solution politique juste n’est pas à l’ordre du jour au plus vite.

– Etes-vous de l’avis de ceux qui pensent que c’est la Russie qui fixe les règles du jeu à la communauté internationale dans le conflit syrien ?

En partie, mais il ne faut pas oublier l’Iran qui est fortement présent sur le terrain syrien par le biais de ses gardiens de la révolution et les différentes milices qui travaillent sous ses ordres (Hizb Allah du Liban, Noujaba d’Irak, les Fatemiyoun d’Afghanistan, etc.). Cependant, la Russie impose sa solution « finale» sur une communauté internationale complètement absente.

Elle a, depuis septembre 2015, concentré ses frappes (93%) sur les rebelles modérés en évitant Daech et Al Nosra, afin de créer une équation zéro : le régime de Damas ou Daech. Le choix est vite fait au sein de la communauté internationale. Donc, il faut éliminer les autres alternatives (modérées). C’est une stratégie qui a partiellement fonctionné.

Depuis que Barack Obama avait tourné la page des « lignes rouges» au lendemain du massacre à l’arme chimique en août 2013, la Russie a très bien compris que la voie est ouverte pour qu’elle traite ou sous-traite le dossier syrien. Ce sont les Russes qui ont trouvé la sortie de la crise chimique : le démantèlement de l’arsenal chimique de la Syrie. C’est comme si un tribunal ordonnait à un criminel jugé pour un meurtre de rendre l’arme du crime contre lequel il sera libéré !

– La position de puissances occidentales a « évolué» depuis cinq ans, considérant que la menace prioritaire c’est Daech qu’il faudra d’abord éliminer. Qu’en pensez-vous ?

Effectivement, Daech est un allié objectif inattendu du régime syrien et ses soutiens. C’est un danger qui détourne les regards des atrocités commises contre la population civile. Même si toutes les organisations internationales soulignent le fait que plus que 90% des victimes civiles en Syrie sont les résultats des frappes du régime et de ses alliés, certains parmi ceux que j’appelle les « pavloviens» veulent attribuer cela seulement aux terroristes de Daech.

Il n’est pas anodin que pendant que le monde se préoccupait de la situation catastrophique à Alep, Daech avait réussi avec 200 combattants à chasser 6000 membres de l’armée syrienne et plusieurs centaines d’experts russes de Palmyre. Comme par hasard, les regards ont été détournés d’Alep vers Palmyre. Pour certains décideurs européens aussi, la priorité actuellement est Daech. L’équation russe donne ses fruits.

– Par son attitude, la communauté internationale ne s’est-elle pas rendue complice du massacre du peuple syrien ?

Complètement. Notamment ceux qui ont prétendu être les « amis du peuple syrien». Ainsi, tous les acteurs régionaux et internationaux qui ont exploité la tuerie syrienne pour entamer une guerre par procuration dans le seul but de promouvoir leurs intérêts. Six ans de mensonges et de fausses promesses. Très peu d’efforts, même diplomatiques, pour arrêter la tuerie.

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