formats

«Considérer les Algériens de la diaspora comme des étrangers est véritablement un non-sens»

Publié le 24/11/2016, par dans Non classé.

– Un appel a été lancé à la diaspora algérienne par le biais de la Chambre algérienne du commerce et d’industrie (CACI) France pour venir investir dans le pays d’origine. Pensez-vous que c’est un appel sincère, sérieux ? Ne vient-il pas en retard vu les nombreux projets en souffrance ?

Je ne peux que m’en féliciter, à partir du moment qu’un acteur économique comme la CACI-France met toute son énergie pour mobiliser la diaspora au service de l’Algérie. Le problème, à mes yeux, reste cependant le fait que rien n’ait été fait jusqu’à aujourd’hui pour précisément accueillir cette diaspora entreprenante. Pourtant, l’Algérie a une diaspora qui souhaite mettre son savoir-faire au service du pays, créer de la richesse, créer de l’emploi, beaucoup d’emplois même.

Pas seulement, elle est aussi porteuse d’innovation. Malheureusement, l’écosystème qui permettrait à cette diaspora de créer ses entreprises dans les meilleures conditions n’existe pas pour l’instant. Il faudrait peut-être, et c’est ce que j’ai dit à la CACI et à son président, qu’on se mette ensemble pour pousser les pouvoirs publics, à l’instar de ce qui se fait au Maroc et en Tunisie, à créer cet écosystème.

– Quels sont les problèmes auxquels est confrontée la diaspora algérienne ? Et puisque vous évoquez les expériences marocaine et tunisienne, où réside la différence ?

De ce point de vue, il y a trois éléments essentiels. Je pense qu’il faut une volonté politique. Il faut que les politiques affirment de manière forte leur volonté de voir la diaspora algérienne en Europe et singulièrement en France venir investir en Algérie en lui offrant toutes les facilités possibles pour pouvoir entreprendre en toute sécurité.

Je ne parle pas de la sécurité telle qu’on l’appréhende ici, en France, mais de la sécurité financière, de la sécurité administrative et de la sécurité foncière. Les problèmes qui se posent pour certains entrepreneurs que nous avons accompagnés depuis 5, 6 ans en Algérie, résident d’abord dans le foncier. C’est-à-dire que quand on a un terrain qu’on veut exploiter et rendre industriel, c’est d’une difficulté sans nom. Le deuxième problème est lié au financement.

On n’arrive pas à trouver de banques capables de prendre un risque avec un entrepreneur venant de l’extérieur, en l’occurrence d’Europe et de France, qui souhaite investir, en lui donnant des capacités financières. On a besoin d’un fonds d’investissement, d’un fonds de capital risque, d’un fonds qui permette à ces jeunes qui veulent investir de pouvoir le faire dans de bonnes conditions financières. Troisième problème : le labyrinthe administratif. Notre idée est de pouvoir créer un guichet unique.

On en parle à chaque fois mais cela ne se réalise pas. Cela peut exister déjà au niveau de l’ANDI qui a fait un superbe travail pour résoudre les problèmes des entrepreneurs. L’idéal serait un guichet unique spécifique à la diaspora. L’objectif est de permettre à quelqu’un qui est prêt à créer son entreprise de pouvoir le faire dans la semaine, voire dans les 48 heures, et dans les meilleures conditions.

Il ne faut pas rester trois semaines ou un mois et à chaque fois être renvoyé pour ramener tel papier ou tel autre… Nous avons eu un excellent débat, à Marseille, lors de la Semaine économique de la Méditerranée dédiée au numérique. L’Algérie était fortement représentée, ce qui est une excellente chose. Maintenant, il faut mettre cela en application. Nous avons par exemple à Alger, le parc Sidi Abdellah qui offre aux entreprises la possibilité de s’installer, notamment celles qui activent dans la high tech. Mais il faut que ce parc soit attractif.

Il y a deux parcs en Tunisie avec lesquels on travaille. El Ghazala à Tunis, qui est un parc industriel qui fonctionne excellemment parce qu’il s’est doté des meilleurs technologies qui permettent aux entreprises de travailler dans de très bonnes conditions et d’avoir un écosystème autour du numérique qui booste les entreprises. Il ne suffit pas de dire seulement que nous, on est pour le numérique et que l’Algérie s’est dotée de moyens.

– La CACI a avancé des chiffres importants : une diaspora qui compte 200 000 chefs d’entreprises avec une base financière de 200 milliards d’euros. Il a été dit que l’Algérie possède un potentiel extraordinaire…

Nous avons donné des formations au profit de toutes les agences de soutien à la création d’entreprises en Algérie. Nous avons commencé par former plus de 200 personnes pour l’Ansej en 2002, nous avons formé au profit de l’ADS pour le microcrédit, nous avons formé les gens de la CNAC, nous avons formé les accompagnateurs de l’ANDI et les gens de l’ANDPM. On a fait un gros travail. On a eu à faire à des gens extrêmement compétents, mais dont les moyens devaient être multipliés pour consolider et professionnaliser leur savoir-faire.

Dernièrement, nous avons formé des éléments de l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et du développement technologique (Anvredet) et de l’Agence nationale du parc technologique, qui est justement installé à Sidi Abdellah. Il y a des choses basiques à faire, par exemple la construction d’un accès direct qui relierait le parc à l’autoroute. Doter ce parc technologique des meilleurs moyens numériques, mis à la disposition des entreprises pour qu’elles puissent dire que s’il y a un seul endroit sur Alger ou je peux travailler, recevoir la clientèle, c’est là.

– L’enquête réalisée par l’Acim révèle que beaucoup de porteurs de projet rencontrent d’énormes problèmes. L’acte d’investir en Algérie est-il à ce point difficile ?

C’est ce que je vous disais. A ce jour, nous avons à peu près 250 porteurs de projet sur l’ensemble du Maghreb que nous accompagnons. 150 sont Marocains. Le gouvernement marocain et plusieurs institutions de ce pays travaillent sur les diasporas. Ce qui est relevé par l’ensemble des porteurs de projet et singulièrement par ceux qui veulent investir en Algérie, ce sont justement les questions que vous posez. Les porteurs de projet sont constamment confrontés à des problèmes administratifs. C’est la raison pour laquelle on dit qu’il faut un guichet unique spécifique à la diaspora pour éviter ce circuit infernal. Il faut faciliter la vie à ces Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Home Non classé «Considérer les Algériens de la diaspora comme des étrangers est véritablement un non-sens»
Facebook Twitter Gplus RSS
© Radio Dzair