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Comment SNC-Lavalin obtenait ses marchés

Publié le 19/05/2016, par dans Non classé.

Le géant canadien a utilisé une société offshore pour obtenir des marchés de gré à gré, dont celui de l’usine de traitement
des eaux de Taksebt, d’un montant de 750 millions de dollars.
Après avoir été éclaboussé en 2014 par une affaire de corruption qui l’a obligé à faire une purge au niveau de son staff dirigeant, voilà que le géant canadien de la construction, SNC-Lavalin, est cité dans l’affaire Panama Papers. Publiés par le consortium de journalistes d’investigation qui a mené l’enquête, des documents lèvent le voile sur une société offshore, Cadber Investments, créée avec l’aide du cabinet panaméen d’avocats Mossack Fonseca pour obtenir des marchés algériens — barrages Taksebt, Boukerdane et Bourouni — au profit de SNC-Lavalin lequel, en contrepartie, aurait versé 22 millions de dollars d’honoraires à la succursale de la Banque royale du Canada à Genève (Suisse).

Hier, Radio Canada a fait état, sur son site web, de nouvelles révélations, tout en rendant publics six des contrats liant SNC-Lavalin à Cadber Investments, signés entre 2000 et 2004. Parmi ces derniers, celui lié à la construction et l’exploitation de l’usine de traitement des eaux de Taksebt, pour un montant de 750 millions de dollars.

Selon Radio Canada, une des directrices de Cadber Investments — dont personne ne connaît le vrai propriétaire — « qui a échangé des courriels avec SNC-Lavalin est une employée de bureau de Mossack Fonseca, Yvette Rodgers. Elle habite à 30 kilomètres de Panama, en pleine campagne, dans un coin plus que modeste, loin du monde des affaires. Yvette Rodgers a prêté son nom comme directrice pour près de 20 000 sociétés extraterritoriales». Radio Canada a tenté d’aller plus loin que le Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ en prenant attache avec les dirigeants de SNC-Lavalin : « De hauts dirigeants de SNC-Lavalin International signent les contrats.

Mais joints par téléphone, personne ne sait qui est Cadber.» L’ancien vice-président de la division Afrique du géant canadien, Raymond Leroux, que Radio Canada a contacté, dit ignorer qui est Cadber Investments. « Pourtant, il était responsable des contrats en Algérie. Il affirme que ces années-là il avait été écarté : ‘‘C’est moi, chez SNC-Lavalin International, qui étais responsable du côté commercial avec l’Algérie. Mais c’est une période un peu… que je ne maîtrisais pas la situation (…) En ce temps-là, ce n’était plus SNC-Lavalin qui calait les coûts, mais la division Construction avec Raymond Fortin et Sami Bebawi ».» Selon la même source, Raymond Fortin « habite maintenant au Maroc où nous n’arrivons pas à le rejoindre.

Quant à Sami Bebawi, ex-vice-président à la division construction de SNC-Lavalin, il est de retour au Canada où il fait face à la justice pour fraude. Questionné à l’assemblée des actionnaires de SNC-Lavalin, le nouveau PDG de la firme, Bruce Neil, a affirmé qu’il n’était pas normal de signer de tels contrats avec des prête-noms. Il a ajouté, en anglais, que la firme avait dépensé temps et énergie pour faire le ménage dans les contrats passés et que ce genre de contrats n’existent pas aujourd’hui».

Les frères Bedjaoui et SNC-Lavalin

Mieux, souligne Radio Canada, la vice-présidente principale aux communications mondiales de SNC-Lavalin, Isabelle Perras, affirme qu' »il est impossible pour la firme, en 2016, de déterminer qui est Cadber» ; elle explique que la firme a transigé avec les gens autorisés à signer pour Cadber : « C’est avec eux qu’on a transigé et signé des contrats. On a fait ces vérifications de premier niveau, mais si quelqu’un a voulu frauder ou créer une société-écran, il n’a pas laissé un mémo dans le dossier ! Alors, ce n’est pas écrit.»

Il est important de rappeler que la période de 2000-2004 a connu plusieurs ministres des Ressources en eau. D’abord Salim Saadi (2000-2001), suivi de Aïssa Abdellaoui (2001-2002), puis de Abdelmadjid Attar (2002-2004). Force est constater que la division Construction de SNC-Lavalin éclaboussée par ce scandale est celle-là même qui avait été, en 2013, au centre de l’affaire de corruption, pour laquelle son vice-président, Ryad Benaïssa, a été poursuivi et condamné pour avoir versé des commissions sur des comptes en Suisse à Saâd El Gueddafi, fils de l’ancien dirigeant libyen.

Ryad Benaïssa utilisait des contrats fictifs pour verser des pots-de-vin à Saâd El Gueddafi. Après plus d’une année en détention, il a reconnu sa culpabilité dans l’affaire ; il a négocié avec la justice suisse sa condamnation à 3 ans de prison avec 18 mois de sursis. Ryad Benaïssa a refusé de servir de bouc émissaire, déclarant que « la plupart des hauts dirigeants de SNC savaient». Il a accusé directement Pierre Duhaime (l’ancien PDG de SNC-Lavalin), Gilles Laramée (ex-chef des affaires financières) et Michael Novak (ex-responsable de SNC-Lavalin International).

Il faut préciser qu’au moment où ces affaires étaient livrées sur la place publique en Algérie, SNC-Lavalin était éclaboussé par le scandale lié aux conditions d’octroi du marché de réalisation de la centrale électrique de Hadjret Ennous, obtenu grâce à Farid Bedjaoui. Les bureaux de la société canadienne ont été perquisitionnés et de nombreuses personnes auditionnées par le juge de Sidi M’hamed, dont le PDG de Sonelgaz (placé d’ailleurs sous contrôle judiciaire pendant des mois, avant que cette mesure soit annulée). A ce jour, l’instruction n’a pas livré ses secrets.

L’affaire coïncide avec celle dévoilée par la Banque mondiale au Bangladesh, qui lui a valu son inscription sur sa liste noire, puis sur celle de l’Algérie durant l’été 2014. Après avoir atteint plus de 6 milliards de dollars de marchés en dix ans — notamment avec le secteur de l’énergie – les affaires de SNC-Lavalin en Algérie s’effondrent. Ce nom est désormais lié à celui de Farid Bedjaoui, dont le frère, Réda Bedjaoui, résidant au Canada, suscite l’intérêt de la presse canadienne.

Le 22 avril dernier, le Journal de Montréal a fait état d’une annonce troublante : la vente d’une luxueuse maison en bois dans un des quartiers huppés de Montréal. Le journal reprenait l’annonce d’une agence immobilière : « Un condo de 4000 pieds carrés d’un luxe inégalé à Montréal, situé en face du Ritz-Carlton, est à vendre pour 3,8 millions de dollars.» « Directement sorti des pages de nombreux magazines Lire la suite

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