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Comment on a bradé la SNTA

Publié le 05/02/2018, par dans Non classé.

Les langues se délient et la lumière se fait sur les procédés qui ont permis le « bradage» de la Société nationale des tabacs et allumettes (SNTA) au profit d’un obscur partenaire émirati. Avant que les Emiratis ne s’emparent de la production de la SNTA, le processus de démantèlement de cette entreprise fort rentable a commencé il y a 13 ans.
Lors d’une récente conférence de presse, la secrétaire générale du Parti des travailleurs a dénoncé le « bradage» d’une entreprise publique, la SNTA en l’occurrence, qui fait des bénéfices. Selon Louisa Hanoune, ce fleuron de l’industrie publique a été « bradé» par les responsables de ce secteur. La société est effectivement tombée en grande partie entre les mains d’un fonds d’investissement émirati qui contrôle désormais le cœur de l’entreprise.

En dehors des révélations de Louisa Hanoune, les autorités n’ont pas communiqué sur cette joint-venture contractée à des milliers de kilomètres d’Alger. C’est au retour de la délégation de la Société nationale des tabacs et allumettes (SNTA) de Dubaï, où les actes de la création de la nouvelle société ont été signés, que les cadres de la société nationale ont appris que, désormais, l’entreprise n’est plus la propriété totale de l’Etat. Mais avant que les Emiratis ne s’emparent de la production de la SNTA, le processus du démantèlement de cette entreprise, qui constitue l’une des plus rentables du secteur public, avait débuté il y a 13 ans de cela.

Tout commence donc en 2005. La Société nationale des tabacs et allumettes (SNTA) conclut un accord avec une société émiratie. La joint-venture, dénommée Société des tabacs algéro-émiratie (Staem) a pour objectif de fabriquer, en Algérie, des cigarettes de marques internationales. Le but étant de mettre fin à la contrebande qui concerne ce genre de tabacs.

Le capital de la Staem était constitué à 49% pour la SNTA, 49% pour un fonds d’investissement émirati — qui appartiendrait à un émir — et les 2% restants ont été attribués à Sofinance (une société financière qui appartenait au ministère des Finances). Mais quelques mois plus tard, les 2% de Sofinance ont été cédés au fonds émirati qui devient donc majoritaire dans la société mixte, avec 51% des parts.

La loi obligeant les porteurs de parts étrangers à disposer de la minorité des actions lors des prises de parts dans les entreprises algériennes n’étaient pas encore adoptée. Si la Staem avait pour but de développer la production du tabac en Algérie, 13 ans après l’entrée en production de son usine de Bou Smaïl (Tipaza), « aucun investissement n’a été fait», indique une source au fait des arcanes de la société. Elle « fait toujours une sorte de CKD», indique notre interlocuteur. Tout est donc importé et assemblé sur place.

Les Emratis, adeptes du gain facile, n’ont pas voulu se contenter de cette usine de Bou Smaïl. Ils visaient plus loin. Aussitôt exprimés, leurs vœux sont exaucés. En 2015, ils ont proposé le rachat de toute la société. Mais la divulgation des actifs de la SNTA les a poussés à faire marche arrière. La société publique dispose en effet d’un énorme patrimoine et d’un personnel pléthorique.

Ce qui n’est pas fait pour générer des bénéfices. Des bâtiments, des hangars, des machines obsolètes, ils n’en voulaient pas. Proposition est donc faite de « s’occuper» de la filiale commerciale de la SNTA. Le vœu est exaucé ! Et en 2015, une nouvelle joint-venture est créée. Elle concerne, cette fois-ci, le segment commercial de la SNTA. La nouvelle entité s’appelle UTC (Union Tobacco Company).

Elle est chargée de commercialiser la production de la société-mère, SNTA. Pour contourner la « règle» des 51/49, les « concepteurs» de la nouvelle société ont trouvé la parade. La SNTA dispose de 49% des actions, le fonds d’investissement émirati a 41%, trois citoyens émiratis disposent, eux, de 1 à 4% chacun. Les 2% restants ont été donnés à une citoyenne algérienne, « épouse d’un Emirati».

Au début : La filialisation

Les choses en sont restées là. Mais dans les coulisses, la réflexion avance. Les Emiratis, gourmands, ne voulaient pas s’arrêter là. Prendre la fine fleur de la SNTA est possible. Mais comment procéder ? Une idée a alors traversé l’esprit de ceux qui ont concocté le plan de décapitation de ce grand groupe public : créer une holding et des filiales.

La société est alors « morcelée» en entités qui, parfois, n’ont rien à voir avec le métier de base de la SNTA. Le cœur du métier est conservé. La filiale la plus importante, à savoir la production du tabac, est « isolée». Elle dispose de deux unités très rentables. Elles sont implantées à El Khroub (Constantine) et à Sig (Mascara). Cette dernière dispose d’équipements plus ou moins modernes.

Cela s’est passé en 2017. Très vite, une nouvelle entreprise est créée. Une nouvelle joint-venture est signée en janvier à Dubaï. Elle est l’association entre UTC et la SNTA production. La filiale de la société publique emploie 2700 personnes et c’est la seule, avec l’aile commerciale et logistique, qui peut encore dégager des bénéfices. D’ailleurs, malgré une situation difficile, le groupe public a réalisé un chiffre d’affaires de 39 milliards de dinars (environs 325 millions de dollars).

Malgré cela, les Emiratis ont licencié 1900 personnes. Et contrairement à ce qu’a annoncé Louisa Hanoune, « personne n’a été repris en CDD», affirme un syndicaliste de la société. La nouvelle donne fait donc basculer la composante de la SNTA dans l’escarcelle des Emiratis. La composante du conseil d’administration va complètement changer, puisque les représentants du ministère des Finances, de l’Industrie et du Trésor vont laisser place à d’autres membres. Seul le PDG, Charafeddine Amara, reste en poste pour l’instant.

La question que se posent désormais les employés de la SNTA est celle de savoir qui est derrière cette vente qui ne dit pas son nom. La secrétaire général du Parti des travailleurs a accusé, sans le nommer, l’ancien ministre de l’Industrie, Abdessalem Bouchouareb, d’être derrière cette cession. Si elles affirment que l’ancien ministre a effectivement une part de responsabilité, d’autres sources au sein de la société préfèrent regarder plus haut. Lire la suite

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