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Chronique d’un déménagement avorté

Publié le 25/06/2016, par dans Non classé.

Ce vendredi matin, Alger est morte. Nous prenons le métro à la Grande-Poste pour nous rendre au journal.
Habituellement, nous descendons à la station Aïssat Idir qui donne directement sur la maison de la presse Tahar Djaout. Mais vu les circonstances, nous continuons jusqu’à la station Les Fusillés, à Ruisseau, le nouveau siège d’El Watan se trouvant non loin de là (précisément au quartier l’Oasis).

C’est ce vendredi que l’équipe du journal était censée occuper officiellement le nouvel écrin à l’architecture moderne (signé Ahlouli Hamid). Les autorités en ont décidé autrement : jeudi soir, peu après le f’tour, alors que le déménagement avait bien avancé, l’immeuble est encerclé par une armada de véhicules de police.

Depuis, l’accès aux nouveaux locaux du journal est interdit au personnel jusqu’à nouvel ordre. Nous avons eu à le vérifier hier. Si le dispositif de police a été allégé, l’interdiction d’accès était formelle.

Des policiers, en uniforme et en civil, montaient solidement la garde aux abords de l’immeuble de verre. « Vous ne pouvez pas entrer !» tranchent-ils d’un ton péremptoire.

Pour quelle raison ? « Taâlimate. Ce sont les instructions» coupent-ils sans fournir de détail.

A la Maison de la presse, le journal est sens dessus dessous. Les salles de rédaction ainsi que la station PAO, de même que le service photo, sont désarmés, affichant des locaux quasiment nus.

Une bonne partie du mobilier et du matériel informatique avait été déjà installée dans le nouveau siège dès mercredi soir, et le reste du matériel était en cours de transfert. Il faut dire que tout le long de la semaine, les journalistes faisaient leurs cartons.

Les PC et les bureaux étaient étiquetés, chacun avec son lot. On se projetait déjà dans la nouvelle rédac’. Certains éprouvaient même un petit pincement au cœur à l’idée de quitter la Maison de la presse qui, en dépit de son côté lugubre, reste un lieu chargé de souvenirs, les bons comme les mauvais. Et finalement, on reste. Cette interruption brutale du déménagement a fait que l’équipe s’est retrouvée dépourvue de son outil de travail.

Les équipes techniques et rédactionnelles ont dû faire avec les moyens du bord et déployer des efforts surhumains pour fabriquer le numéro que vous tenez entre les mains. Les collègues, tous services confondus, ont passé toute la journée d’hier à faire le ménage, déplacer mobilier et ordinateurs, déterminés qu’ils étaient à remettre la machine en route et à ne pas se laisser abattre.

Tout le monde a mis la main à la pâte. Des postes de travail ont été aménagés dans la rédaction du EWWE et celle d’El Watan.com, ainsi le service documentation, avec les PC disponibles.

Selon un communiqué de la wilaya d’Alger relatif à cette affaire et repris par l’APS, il est indiqué que « le dossier modificatif de permis de construction, déposé au niveau de l’APC de Kouba le 6 juin 2016, a reçu un avis défavorable».

Deux motifs sont invoqués pour justifier ce refus : « Le dossier (est) non conforme au permis de construire initial délivré en octobre 2010, étant donné que le responsable du groupe a rajouté un étage en violation du permis de construction délivré» ; « empiétement sur le domaine public d’une superficie d’environ de 1400 m2 en érigeant une clôture en dur».

Et le communiqué de conclure : « Aussi, conformément à l’article 56 du décret 91-176, le certificat de conformité vaut permis d’habiter ou autorisation d’admission du public et du personnel, le requérant ne dispose pas de certificat de conformité pour l’occupation des lieux.»

« On n’a reçu aucune notification»

Des arguments que réfute le directeur de la publication Omar Belhouchet. En lisant la dépêche de l’APS, le directeur d’El Watan commente : « C’est la première fois que j’apprends cela.» Concernant les griefs formulés, il rétorque : « Il y a un terrain à proximité de l’immeuble qui était complètement insalubre, mal famé. Nous avons pris sur nous de le viabiliser pour en faire un parking au profit du personnel.» Concernant l’étage qui a été ajouté, M. Belhouchet précise que cela a été fait « en conformité avec les organismes publics».

Et d’affirmer avec insistance : « Nous n’avons reçu aucune notification de la part des autorités concernées nous disant que notre siège n’est pas conforme. Aucune opposition ne nous a été formulée.» Le directeur d’El Watan se montre serein pour la suite : « Nous sommes en dialogue avec les autorités pour aplanir toutes les difficultés.»

C’est en 2001 qu’El Watan s’est lancé dans la construction de ce qui devait être son nouveau siège, une aventure qui s’est rapidement transformée en chemin de croix.

Une bataille procédurière qui aura duré quinze ans, et qui n’a toujours pas connu son épilogue. En 2001 donc, le journal avait acquis un terrain situé sur un flanc de l’avenue Mahmoud Boudjatit, sur l’axe Ruisseau-Kouba. La construction effective n’a commencé qu’en 2011. « De 2001 à 2011, nous étions engagés dans une procédure pour régulariser la situation du terrain afin d’obtenir l’acte de propriété et le permis de construire», relate Omar Belhouchet.

« Depuis de longues années, on cherchait à construire un siège qui soit aux normes journalistiques et qui permette de meilleures conditions de travail. Ici, c’est étroit, c’est trop vétuste. Au nouveau siège, ce sont de très grandes salles de conception moderne. Les cadres et les journalistes d’El Watan méritent d’avoir un lieu décent pour exercer leur métier.»

Pour El Watan, la construction d’un siège qui serait l’incarnation physique de son identité s’inscrit en droite ligne de tous les investissements consentis jusqu’ici par le groupe de presse, toujours avec l’idée de consolider son indépendance éditoriale. « Le siège, c’est symbolique. Les locaux de la Maison de la presse nous ont abrités dans des conditions un peu particulières.

Il nous fallait trouver un local pour nous lancer en 1990. C’était au tout début de l’aventure intellectuelle, sous Hamrouche. Beaucoup de journaux ont loué ici, comme El Watan. Après, avec le terrorisme, c’était devenu une forteresse pour nous. C’était un lieu bien protégé après tous les assassinats qu’il y a eu.

La Maison de la presse était devenue un haut lieu de la résistance des journalistes», rappelle M. Belhouchet. Pour ériger ses nouveaux locaux, Lire la suite

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