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«Ceux qui sont fascinés par 2019 sont les janissaires de l’Histoire»

Publié le 10/02/2018, par dans Non classé.

Monsieur le président, mesdames messieurs les invités, mesdames messieurs les congressistes, bonjour,

Lorsque le président Mohcine Belabbas m’a demandé d’intervenir à l’occasion de ce cinquième congrès, j’avais, dans un premier, temps émis quelques hésitations.
Cette opportunité n’avait pas un caractère d’évidence dans cette circonstance et d’ailleurs à quel titre devais-je le faire ?
Devenu simple militant depuis six ans et n’ayant plus aucune responsabilité organique, mon rôle était d’exprimer mes idées dans le cadre des instances du parti qui ont préparé ce congrès si j’avais quelque chose d’essentiel à proposer.

Dans la modernité politique, le respect des formes n’est pas seulement une question de normes, c’est d’abord honorer les fondements du contrat sur lequel on s’engage.

N’étant pas congressiste et n’étant, plus depuis ce matin militant, je ne vais pas m’exprimer en tant que fondateur du parti comme cela a été suggéré. On ne fonde pas un parti pour se l’approprier. La philosophie qui a inspiré et nourri le combat de notre génération postulait l’action politique comme une impulsion et un appel à initiatives. Rester fidèle à la mémoire ne signifie pas amputer sa pensée ou emprisonner son destin.

Je vais donc m’adresser à vous en tant que membre d’une génération qui a initié un combat singulier dans un monde d’unanimisme politico-médiatique. Toute formulation d’une idée hors moule, hors cadre et hors norme était sacrilège et cette congélation intellectuelle aggravée par l’autocensure est, hélas, toujours d’actualité.

J’ai entendu avec plaisir le président Belabbas rappeler que les subterfuges proposant des solutions à l’impasse algérienne par des glorifications d’un Président mal entouré ou celles qui attendent qu’un oracle vienne miraculeusement le transformer de l’intérieur était en fait des manifestations de segments interchangeables du même système.

Unique dans les annales de l’Algérie contemporaine, l’expérience de notre génération qui s’est résolument inscrite en dehors des modèles posés en mythes politiques mérite peut-être quelque attention.

La régression politique et sociétale qui a suivi l’ouverture frelatée d’octobre 88 repose les questions fondamentales du projet alternatif au système algérien, et à ce titre, le parcours de la génération d’avril 80 est utile à revisiter.

Il ne s’agit donc pas, pour moi, de dire ici à des congressistes qui n’ont pas encore entamé leurs débats ce qu’ils doivent faire, quand, avec qui, ou comment opérer. Cela concerne vos assises et seules vos analyses et évaluations peuvent trouver réponses à ces considérations essentielles à l’avenir du pays et au devenir de votre parti.

Ce qu’il est important de connaître et de transmettre, c’est autre chose. Dans l’histoire de l’Algérie contemporaine, et au-delà des aspects tactiques et décisions qui ont été prises ici ou là, la phase actuelle exige de redécouvrir et d’interroger les valeurs et les visions ayant engendré les grandes épopées qui ont libéré le peuple afin de voir dans quelle mesure elles peuvent éclairer les luttes actuelles.
Pourquoi nous sommes-nous levés alors que nous étions des enfants d’une guerre qui avait épuisé les populations ? Comment avons-nous fait ? Quel héritage avons- nous fécondé ? Quels ressorts avons- nous sollicité ?

Dans l’histoire tumultueuse du mouvement national, nous avons récusé les visions manichéennes qui ont interdit les évaluations apaisées et adultes. Ces visions apologétiques excluant la raison et reniant les vérités ont donné naissance à des régimes qui sont, finalement, des prolongements autochtones de la praxis coloniale.

Tout en remplissant le devoir de mémoire, nous nous sommes donné le droit de la lecture libre et rationnelle du passé. Et nous avons constaté qu’à chaque avancée significative du processus d’émancipation nationale, un certain nombre de paramètres apparaissaient invariablement.

D’une manière systématique, les ruptures fécondes sont conduites par des générations qui ont su avoir un regard rigoureux et objectif sur la condition de leur pays. Par ailleurs, les équipes, souvent réduites, à l’origine de ces sauts qualitatifs ont toujours été constituées de militants solidement formés et inébranlables dans leurs convictions.

Les acteurs impliqués dans ces séquences étaient réfractaires aux tentations. Immergées dans leur société et en phase avec ses aspirations, ces élites jouissaient de la confiance et du respect de leurs concitoyens. Par les temps qui courent, il n’est peut-être pas superflu de rappeler ces éléments.

Autre caractéristique, ces militants ont investi l’histoire longue, quitte — et cela était clairement intégré et consenti — à ce que le dénouement du conflit ne soit pas au rendez-vous d’une vie. Ils n’étalonnaient pas leur engagement en fonction des histoires courtes ou des niches d’opportunité que pouvait offrir une conjoncture favorable à une estocade fugace ou un compagnonnage de circonstance.

Ces acteurs avaient en fait de l’envergure de ceux qui font l’Histoire. Ils sont de ceux dont le parcours ne se réduit pas à des actions d’éclat : ces femmes et ces hommes ont mené à terme leur mission parce qu’ils ont regardé au-delà des horizons tribaux et des ambitions de carrières.

Ils n’avaient pas été nombreux en 1926 les émigrés qui ont fondé l’Etoile nord-africaine. Rompant avec les insurrections spontanées du XIXe siècle et ayant à peine de quoi subvenir à leurs besoins, ils ont décidé d’accompagner les bouleversements consécutifs à la Première guerre mondiale et la Révolution d’octobre pour se projeter dans la modernité portée par la décolonisation. C’est leur audace canalisée par la raison qui a servi de source originelle au combat libérateur.

Ils n’étaient pas nombreux, eux non plus, en 1949, quand face à l’exubérante doxa arabo-islamiste qui niait toute altérité, quelques dizaines de jeunes ont décidé d’introduire de la liberté et de la rationalité dans un parti qui compensait ses rigidités doctrinales et ses égarements stratégiques par l’incantation messianique d’un homme devenu omniscient. Un peuple n’est jamais guéri de ses démons et le pire est toujours possible.

Dans les années 40′, on a idolâtré les poils d’un barbu, aujourd’hui on se prosterne sans vergogne devant un poster. C’est la voix vive et pourtant vite étouffée de ces quelques étudiants qui a servi de source à notre quête de démocratie et de repères identitaires pouvant amarrer une réflexion autonome pour annoncer la construction d’une nation solidaire, généreuse et réconciliée avec elle-même.

Ils n’étaient pas nombreux ceux qui en novembre 1954 ont lancé leur insurrection avec une logistique rudimentaire et sur Lire la suite

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