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«C’est le patriarcat qui est l’ennemi des femmes, pas les hommes»

Publié le 13/12/2016, par dans Non classé.

Selon vous, les inégalités entre homme et femme concernent-elles uniquement la région sud de la Méditerranée ?

L’objectif de notre réseau est justement de dire que les inégalités ne touchent pas seulement le monde arabo-musulman, mais aussi les pays européens. Entre femmes du sud et du nord de la Méditerranée, nous avons décidé de créer un réseau commun. Tout le monde est conscient de l’universalité des droits. Nous avons tellement lutté ensemble contre les stéréotypes, mais les situations se ressemblent un peu partout dans le monde.

Cela m’a frappé. Je suis étonnée de voir ce niveau de violence chez nous, au cœur même de l’Europe. C’est invraisemblable. Les Suédoises, qui vivent dans un pays considéré comme le « paradis des droits», reconnaissent que malgré l’augmentation du nombre d’élues au Parlement et les progrès dans la participation des femmes dans la vie publique, le comportement à leur égard dans la sphère privée n’a pas fondamentalement changé.

Une enquête récente a montré que les violences contre les femmes étaient enregistrées dans tous les milieux : migrants, couches moyennes ou supérieures, élites suédoises et pas nécessairement addict à l’alcool. C’est un phénomène massif. Nous sommes devant des gens qui ne veulent pas reculer d’un pouce sur leurs privilèges.

Un exemple commun à tous les pays européens est le viol. En France, il y a une moyenne de 50 000 femmes violées par an. Les études ont montré que 10 femmes sur 100 déposent une plainte et que sur les 10, une seule a des chances de voir sa plainte aboutir. Partout dans le monde, on ne voit qu’une petite partie des violences contre les femmes.

Pensez-vous que les causes sont à chercher du côté de ce comportement machiste et de la masculinité ?

Je ne crois pas à une nature humaine masculine plus violente que la nature féminine. L’ennemi des femmes n’est pas l’homme, c’est le patriarcat, qui est un système de domination à trois jambes : un développement économique fondé sur le profit — en d’autres termes le capitalisme financier — qui est en état de crise massive mais qui concentre les pouvoirs dans quelques mains, et enfin le militarisme et la religion. Ces trois piliers incarnent le patriarcat qui nous oppresse et nous domine. L’objectif de notre réseau est de sortir les analyses féministes de leurs petits milieux, de promouvoir la question des droits des femmes dans les agendas des gouvernements et des mouvements démocratiques.

Ne sommes-nous pas dans une situation d’usure, voire d’immobilisme de la société civile et des mouvements féminins, au moment où les violences sont de plus en plus importantes ?

C’est vrai qu’il y a un recul considérable de la société civile partout dans le monde. En France, par exemple, il y a une montée des extrémistes religieux, de la violence, des courants violents politico-conservateurs et une diminution des moyens de travail de la société civile. En outre, ce contexte international de conflits armés et de crises ramène les femmes à la maison et contribue à démobiliser et à diviser le mouvement démocratique.

Comment voulez-vous que les femmes puissent constituer un îlot et être à l’écart de toute cette répression massive des droits ?

De telles rencontres entre société civile des deux rives de la Méditerranée peuvent-elles changer la situation et booster le mouvement féminin ?

Nous luttons contre l’instrumentalisation des organisations des droits des femmes. Nous ne pouvons pas marcher la main dans la main avec les gouvernements si nous n’arrivons pas à leur faire comprendre qu’il faut prendre un certains nombre de mesures sur le terrain de la justice sociale et judiciaire. Il y a beaucoup de richesses et d’expériences, mais nous ne les partageons pas suffisamment. Lire la suite

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