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«C’est à la justice de trancher le cas de Chakib Khelil et non pas aux zaouias»

Publié le 23/04/2016, par dans Non classé.

Ancien député d’El Islah qui s’est détaché de son parti avant d’être nommé, deux ans plus tard, conseiller au ministère des Affaires religieuses et des Waqfs, Adda Felmlahi dénonce la « compromission politique» des zaouïas et affirme que la tournée de Chakib Khelil a été organisée par le ministre des Affaires religieuses. Il évoque le vide religieux qui a profité au courant salafiste et l’influence de ce dernier sur certains responsables politiques qui lui permettent d’activer en toute impunité.

Quelle analyse faites-vous de la visite de l’ancien ministre de l’Energie, Chakib Khelil, aux zaouïas et tout le tapage médiatique fait autour ?

Avant de répondre à votre question, il faut rappeler quelque chose de très important. Dans le monde musulman, l’institution religieuse est, en général, entre les mains de ceux qui décident. Vous avez deux types de pratiques. Dans un Etat républicain comme l’Egypte, le mufti d’El Azhar est désigné par le Président. Donc, c’est l’autorité qui le contrôle.

Dans un royaume comme l’Arabie Saoudite, le mufti est choisi par le roi. En fait, c’est l’autorité politique qui a la main sur le pouvoir religieux. Par contre, en Occident, chez les chrétiens, le pape est élu par ses pairs. Ce qui fait la différence entre eux et nous, c’est la démocratie. Tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés en tant que musulmans en général et en tant qu’Algériens en particulier ne peuvent trouver leur solution que dans une réelle démocratie moderne. Nous ne pouvons pas introduire la religion dans un agenda politique.

C’est la philosophie démocratique qui règle les crises. Il faut séparer la religion de l’autorité politique pour aller vers ce que j’appellerais la « laïcité religieuse», où la religion jouera son rôle au sein de l’Etat sans pour autant être sous le contrôle de l’autorité politique. Mais si nous continuons à utiliser les zaouïas quand on veut, les marginaliser quand on veut et les mettre au-devant quand on veut, il faut s’attendre au pire…

Mais quel pouvoir peuvent avoir aujourd’hui les zaouïas pour être utilisées politiquement ?

Lorsque les zaouïas n’ont pu préserver leur place au sein de la société, elles ont perdu leur crédibilité auprès des citoyens. Il y a comme une rupture de confiance entre les deux. Les nombreuses décisions que l’autorité politique a remis à ces zaouïas pour être validées et mises en exécution ont été rejetées par les citoyens. L’exemple le plus révélateur est justement cette visite de l’ex-ministre Chakib Khelil. Une grande partie de la rue a exprimé sa réprobation et s’est déclarée contre cette manipulation des zaouïas.

Mais comment le président de cette association des zaouïas peut-il prendre une telle décision s’il n’avait pas l’accord des membres de son bureau — si bureau il y a — et surtout comment une zaouïa peut-elle accepter une telle situation ?

Je peux vous dire que le choix de cette association et de la zaouïa n’est pas venu d’une manière bête et fortuite. Ceux qui sont derrière cette décision ont choisi celle qui était prédisposée et qui a des ambitions. Avant de passer à l’action, il y a eu un tour de table pour savoir avec qui le scénario peut être joué.

Est-il vrai que la zaouïa El Marzoukia de Djelfa n’a aucun poids dans la région ?

Elle n’a ni poids ni fidèles. S’ils avaient choisi par exemple la zaouïa El Kadiria, la zaouïa d’El Hamel, la zaouïa Tidjania, nous pourrions comprendre qu’il y a consensus autour de la question, mais surtout une solidarité avec la personne. Mais ceux qui sont derrière cela ont choisi les plus faibles pour jouer le scénario. Dans le cas d’un échec, ils seront sacrifiés.

Elles n’ont pas accepté d’être de la partie s’il n’y avait pas au bout des dividendes. Elles profitent de l’effet médiatique, elles s’attendent à des subventions, etc. J’ai même entendu dire que le président de cette association veut se présenter aux élections législatives de 2017 et qu’il a besoin d’être parrainé. Tout est possible.

Ce qui est certain, c’est qu’une zaouia qui a de l’influence n’acceptera jamais une telle compromission. Mais sachez qu’à Djelfa les citoyens ne sont pas d’accord avec ce qui s’est passé. Des notables de la région m’ont révélé qu’après la visite médiatisée de l’ancien ministre, une foule nombreuse voulait incendier la zaouïa. Il a fallu l’intervention des sages pour calmer les esprits et éviter des dérapages.

Aujourd’hui, et pour que la zaouïa El Merzoukia ne soit pas la seule ciblée, le président de l’association des zaouïas a organisé une autre visite dans une autre zaouia à l’ouest du pays. C’est une manière de lancer des ballons sondes et de tester la réaction des citoyens. Je dis que ces agissements peuvent arranger les intérêts de l’autorité politique, mais pas ceux de l’Etat et encore moins des zaouïas.

Le plus grave, lorsque celles-ci perdent de leur crédibilité, les citoyens vont les déserter pour rejoindre le courant salafiste qui reste pour l’instant la seule alternative qui leur est offerte en raison du discours qu’il véhicule et des ressources financières dont il dispose.

Qui, d’après vous, est derrière ces visites aux zaouïas ? Est-ce le ministre des Affaires religieuses,ou d’autres cercles de l’autorité politique ?

J’ai des informations avérées sur cette question. Celui qui a été chargé de préparer ces visites est le ministre des Affaires religieuses.

Qu’est-ce qui le relie aux zaouïas ?

Entre eux, il y a une relation morale et religieuse, même si organiquement les zaouïas ne dépendent pas de lui. Cependant, il faut savoir que celles-ci bénéficient de subventions. Elles forment des imams qui sont recrutés par le ministère des Affaires religieuses avant d’être affectés dans les mosquées. Le ministre ne peut pas dire, aujourd’hui, qu’il n’a aucune relation avec les zaouïas.

Est-il vrai qu’il était à Djelfa quelques jours avant la visite de Chakib Khelil ?

Il est allé à Djelfa une semaine avant la visite de Chakib Khelil. Le président de l’association des zaouïas l’a confirmé, mais en disant qu’il était venu pour présenter ses condoléances. Je connais assez bien la diplomatie des cimetières. Lorsque certains responsables qui ne s’entendent pas veulent se rencontrer, ils se donnent Lire la suite

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