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Ces enfants forcés à travailler

Publié le 26/08/2017, par dans Non classé.

Aya ma bared !» (De l’eau fraîche). Des fardeaux d’eau minérale à bout de bras, des enfants interpellent les voyageurs sur le quai de la gare ferroviaire du Caroubier (Alger).
Travaillant seuls ou en groupe, les revendeurs viennent de la banlieue d’Alger. « Je viens de Diar El Bahri à Beni Mered (Blida). Je prends le train à 7h. Je m’approvisionne en bouteilles à la gare d’El Harrach. La bouteille, je l’achète à 20 DA et je la revends à 40 DA.

Je vends parfois jusqu’à 3 à 4 fardeaux», raconte Khaled, les mains serrant des bouteilles d’eau glacée. Son père ne pouvant travailler en raison d’une maladie du dos invalidante, l’enfant, qui entre au collège à la rentrée, est obligé de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille : « J’utilise cet argent pour m’acheter aussi des affaires pour la rentrée.» La peau tannée par le soleil, l’enfant ne rentre chez lui qu’une fois toute sa marchandise vendue, et c’est souvent en début de soirée, par le train de Blida.

Le travail des enfants augmente, principalement lors des vacances d’été. Par dizaines, particulièrement dans les localités de l’intérieur du pays, des enfants s’installant sur les routes, sont engagés sur les chantiers ou dans des ateliers… Agés d’une dizaine d’années, ces enfants sont exploités avec tous les risques que cela induit sur leur intégrité physique et morale. Les autorités préfèrent ne pas trop s’alarmer et réduisent la portée du phénomène de la mise au travail forcé des enfants.

Lors d’une cérémonie organisée par son secteur à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale contre le travail des enfants, le ministre du Travail, Mourad Zemali, a indiqué que les enquêtes réalisées sur la propagation de ce phénomène en Algérie démontraient que « celui-ci existe à un taux minime, ne dépassant pas 0,5% du nombre total des travailleurs sur les lieux de travail contrôlés». M. Zemali a assuré que la courbe de l’emploi des enfants en milieu professionnel « est en constante baisse», grâce à « l’action continue» de son secteur en matière de lutte contre le travail des enfants, en coordination avec les secteurs composant la commission permanente de protection et de promotion de l’enfant.

Le réseau algérien pour la défense des droits de l’enfant, Nada, s’inquiète de l’ampleur du phénomène, qui concerne principalement le secteur informel. « Le chiffre avancé par le ministre (0,5%) ne reflète que la réalité officielle. Ce chiffre, qui est présenté chaque année, s’intéresse aux secteurs d’activité étatique ou privé. Nous considérerons que le chiffre de l’activité des enfants est de 60%. Le phénomène touche principalement le secteur informel», précise le président du réseau NADA, Abderrahmane Arar.

Intervenant lors d’une rencontre sur la problématique de l’exploitation des enfants dans le monde (2011), la représentante de l’organisation en Algérie a indiqué que quelque 340 000 enfants travaillent en Algérie dans différents secteurs.

La Fondation nationale pour la promotion de la santé a avancé un chiffre plus important. Son président, le Pr Mustapha Khiati, a indiqué à L’Expression que dans une enquête effectuée en 2006, il a été fait état de près d’un million d’enfants exploités sur le marché informel du travail, dont 500 000 âgés de moins de 16 ans.

Au ministère du Travail, on signale que le chiffre avancé par Nada est « exagéré» par rapport à celui du ministre qui s’appuie sur un travail mené au préalable par une commission nationale composée de tous les secteurs, et dont le premier responsable est l’Inspecteur général du travail lui-même. « Il n’y a pas d’exploitation des enfants puisque l’activité des enfants est traditionnellement admise et n’a pas les caractéristiques d’une exploitation comme dans les usines ou autres», précise une source du ministère ayant requis l’anonymat, précisant que l’âge minimum légal de travail est 16 ans.

Accompagnement de 100 enfants

Le réseau NADA a lancé, en mai 2017 à Alger, un programme de sensibilisation et de prévention contre le travail des enfants dans le marché informel. Ciblant dans un premier temps cinq wilayas pilotes — Alger, Blida, Tipasa, Boumerdès, Tizi Ouzou et Bordj Bou Arréridj —, le programme d’une année vise à prévenir contre le travail des enfants dans le marché informel et à accompagner certains cas recensés notamment dans plusieurs secteurs.

« Nous nous sommes concentrés en premier lieu sur la formation des personnes qui sont chargées de faire un état des lieux pour mieux comprendre le phénomène et ainsi pouvoir accompagner les enfants. Nous commençons à avoir les premiers résultats», précise M. Arar. Selon les résultats de l’enquête, la responsabilité des parents dans le travail des enfants est importante. « Les enfants sont âgés en moyenne de 13 ans. Et parfois moins. La majorité est scolarisée, mais il y a aussi des enfants qui sont en déperdition scolaire, donc facilement exploitables.

Des enfants sont issus de parents dans le besoin, en conflit suite à un divorce ou autres… Mais il y a aussi la catégorie des enfants contraints de travailler par des parents qui ne sont pas dans le besoin, mais qui exercent une pression sur leurs enfants», résume le président du réseau. L’enquête relève le « vide juridique» qui empêche les inspections du travail de s’intéresser au sort des enfants exerçant dans l’informel, vu qu’elles interviennent uniquement quand il y a une relation de travail préalablement établie. « Il y a lieu de mettre les mécanismes nécessaires pour protéger ces enfants employés dans l’informel», suggère M. Arar. Le réseau NADA compte lancer des actions de prévention dont bénéficieront 100 enfants, qui seront « accompagnés» pour leur « permettre de se prendre en charge une fois adultes».

Protection de l’enfance Que peut la loi ?

L’Algérie a adopté plusieurs conventions internationales et des textes pour la protection de l’enfant. L’Unicef considère que depuis la ratification de la Convention des droits de l’enfant en 1992, l’Algérie a réalisé d’importants progrès dans tous les domaines. « Les droits à l’éducation (articles 28 et 29 de la Convention des droits de l’enfant), à la santé (article 24 de la Convention) et à la protection sont reconnus par la Constitution algérienne et la législation nationale en vigueur», précise l’organisation dans une présentation Lire la suite

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