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«Ces augmentations ne seront pas les dernières»

Publié le 05/01/2016, par dans Non classé.

– L’année commence avec la mise en application de certaines dispositions de la loi de finances 2016, dont la hausse des prix des produits énergétiques (carburants, électricité et gaz). Quelle en sera l’incidence sur le pouvoir d’achat des ménages et dans quelle proportion ?

Ces augmentations étaient dans l’ordre des choses et auraient dû être effectuées à l’époque où les moyens de compensation étaient disponibles. Mais pour ce qui est des incidences sur le pouvoir d’achat des ménages, elles sont évidentes mais pas aussi importantes qu’il y paraît par rapport à d’autres augmentations sur d’autres produits non moins nécessaires, qui sont elles induites par la dévaluation de la monnaie locale et non par des augmentations de taxes.

Si elles arrivent à juguler la consommation effrénée et irrationnelle induite par le prix extrêmement faible des produits énergétiques à ce jour, ces nouvelles tarifications serviront aussi bien une baisse de la consommation qu’une redéfinition des priorités financières et quotidiennes de ces mêmes ménages, ce qui sera une bonne chose.

Une chose est sûre : ces augmentations ne seront pas les dernières et notre pays ne pourra pas faire cavalier seul dans ce domaine très longtemps. Même les pays du Golfe ont abandonné cette politique suicidaire des subventions énergétiques avec des moyens autrement plus importants que les nôtres.

– Il y aura mathématiquement un effet collatéral sur les entreprises qui seront appelées à augmenter leurs prix de revient, tant les cours des intrants renchérissent. Les métiers du transport ne sont pas en reste. Peut-on avoir des indicateurs chiffrés sur les contrecoups des hausses sur le secteur des transports ?

Cet effet, que les producteurs et prestataires, en particulier les transporteurs, vont essayer de faire jouer sur la tarification de leurs produits et prestations, ne peut être dans les faits imputé à l’augmentation des carburants et autres produits énergétiques sans une étude claire de la proportion exacte du coût de ces produits dans la structure actuelle et passée de leurs prix de vente ou de prestation.

Pour les transporteurs, toutes catégories confondues, il faut savoir que les carburants dans toute la région représentent entre 35 et 40% du prix de la course facturée au client, alors que chez nous, malgré les récentes augmentations, le ratio carburant dans le prix de n’importe quelle course fluctue entre 5,2% et 26,2%. Ces deux seuils, avec un différentiel énorme, se situent chez la catégorie taxis qui, en fonction de leur nature d’interurbain ou interwilayas et du carburant utilisé, ne subissent pas le même poids de la charge carburant. Ce qui rend les taxis urbains plus rentables et moins contraignants que ceux qui font la ligne en terme de charges.

Pour le transport lourd de marchandises, la charge carburant est à la limite du ridicule, mais un peu plus conséquente pour ceux qui font du transport lourd et sur de longues distances, mais ne dépasse pas les 10% au maximum pour les deux catégories. Pour les bus, la charge la plus lourde va aussi aux bus urbains avec 18% de charges carburant, qui de plus ne font pas les mêmes gains sur les rotations que ceux du long trajet à kilométrage égal, en plus dans des conditions plus difficiles. Les bus au long cours ont encore une charge carburant de l’ordre de 12% du prix de la course.

Il faut donc chercher les éventuelles difficultés des transporteurs dans d’autres volets que dans celui des carburants. De ce fait, on ne peut indéfiniment colmater les brèches d’une politique des transports branlante en compensant sur les coûts des carburants ou dans la poche des consommateurs appellés à prendre en charge les manques à gagner ou les pertes d’opérateurs souffrant de la désorganisation totale de leur activité, en amont et en aval.

– Quelle serait la solution idoine à cette catégorie de métiers ?

Il serait plus judicieux de réorganiser le transport collectif et d’encourager les opérateurs du secteur à agir dans la transparence en les aidant à s’équiper, s’assurer et maintenir leur matériel sur des crédits plus longs et moins coûteux, en contrepartie de l’acceptation d’une tarification au kilométrage tenant compte de tous les facteurs et d’une marge raisonnable, ainsi que de moyens de contrôle plus efficaces, tels les compteurs pour les taxis et les mouchards pour les autres véhicules.

Il est temps de passer à une véritable politique des transports qui transcende la clochardisation actuelle du secteur et à une structure des prix où personne ne pourra de son propre chef énoncer des tarifs en fonction de ses prétentions ou de fausses données. Il n’est pas question qu’une augmentation de 30% d’un facteur qui représente 12% d’un prix de vente, soit répercutée à 30% sur ce même prix. Et, dans le cas des carburants chez nous, étant encore loin de la norme internationale, il ne devrait y avoir aucune répercussion tant que nous ne sommes pas arrivés à cette norme.

Le ministère des Transports et ses démembrements locaux doivent plancher rapidement sur une réorganisation du secteur avant que les choses ne prennent des proportions ingérables, en imposant tout simplement ce qu’ils auraient dû imposer depuis le début : une règlementation claire, pratique, incontournable et conforme à la demande des populations que ce soit en matière de tarifs, de prestations, de sécurité et de qualification des chauffeurs et autres intervenants dans ce créneau.

– A la lumière de cette évolution des prix des produits énergétiques, faut-il s’attendre à une forte inflation en 2016 ?

Cette augmentation qui aujourd’hui s’impose d’elle-même ne peut ni être différée ni contournée vu les moyens de plus en plus amoindris du pays. Et si austérité il y a, autant qu’elle se répercute en priorité sur les produits surconsommés et facteurs de contrebande pour les uns et de plus-values indues pour d’autres. Il est évident que le taux d’inflation sera impacté par n’importe quelle hausse touchant des produits aussi consommés, mais ce taux — au demeurant tiré par les cheveux dans l’absolu — sera plus impacté par la hausse de tous les autres produits importés représentant le gros de la consommation nationale que par les produits énergétiques et leurs incidences directes Lire la suite

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