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«Ce pouvoir ne peut produire du développement»

Publié le 13/03/2016, par dans Non classé.

L’ancien chef de gouvernement reprend sa « campagne» de sensibilisation autour de l’impérieuse nécessité de construire un consensus national nouveau.
A Sétif, sous la neige, Mouloud Hamrouche a animé, hier, une conférence ayant pour thème « Libertés et développement durable». Le chef de file des réformateurs a jugé qu’en privant les Algériens des libertés collectives, l’Etat a produit de l’échec et mené le pays dans l’impasse. « Nous avons un système de pouvoir incapable de réussir un projet ou une politique.

C’est un pouvoir qui empêche l’exercice des libertés collectives, qui refuse à la société de s’organiser librement dans des partis, organisations et syndicats, qu’il considère comme des ennemis et des obstacles.

Ce type de pouvoir et de gouvernance, même s’il dispose des monopoles politique et économique, ne produit pas de développement, il produit de l’échec», a fulminé M. Hamrouche.

Encore plus tranchant, il considère que « le système de gouvernance est en crise, il semble qu’il ne peut plus produire d’alternative politique ou économique. Si cette appréciation est pertinente, alors toutes les organisations et structures nées de la crise ou pour la crise du terrorisme ne deviennent-elles pas obsolètes et ne peuvent servir d’alternance». En filigrane, il suggère que la normalisation autoritaire née au début des années 1990 a conduit à une impasse historique.

Un mauvais départ avec de fausses ouvertures politiques et économiques. Et le coût pour le pays et la société est très élevé.
Le temps est venu de laisser place à une phase nouvelle, celle d’un Etat bâti sur les fondements démocratiques avec tous les constituants nationaux. Selon Mouloud Hamrouche, elle passerait par la construction d’un consensus national nouveau, car pour lui, l’Algérie « est dans une situation où elle a perdu la capacité à s’autogouverner».

« Quand un gouvernement ne contrôle pas, ne régule pas et n’est pas soumis à la règle de comptabilité et de contrôle, il ne peut être promoteur de développement. C’est à l’aune de cette affirmation que se mesurent les échecs répétés de notre pays. C’est aussi à cette aune que se calculent les coûts des fausses ouvertures politiques et économiques», fait remarquer M. Hamrouche.

Plaçant les libertés collectives au cœur du développement, Mouloud Hamrouche a longuement insisté, lors de son intervention, sur le rôle central des instruments de régulation, de médiation et surtout de contre-pouvoir qui corrigent et contrôlent. « Les libertés publiques jouent un rôle décisif pour la simple raison qu’en dehors de leur exercice, il ne peut y avoir de possibilité d’entrer en compétition avec les autres. Car sans un exercice effectif, confiant et massif des libertés fondamentales, la société se condamne à la faiblesse, à la stagnation, à la régression et donc à la soumission», soutient-il.

M. Hamrouche, qui affirme qu’entre le pouvoir et la société, le seul instrument de régulation est « la matraque», rappelle que « le développement engage, comme démarche et comme politique, la société, l’Etat, le gouvernement et également les citoyens, à travers leurs organisations sociales, syndicales, professionnelles, politiques et opérateurs économiques». « C’est là une condition sine qua non du développement et, a fortiori, du développement durable», assure-t-il. Force est de constater que dans la réalité, cette condition est absente, pour ne pas dire exclue.

« édifier un état d’essence démocratique»

Le manque d’exercice des libertés publiques « à cause de leur captage ou de leur confiscation, est à l’origine de plusieurs failles et faiblesses sur les plans économique, social, culturel, politique et même sécuritaire», constate Mouloud Hamrouche. Les conséquences sont fâcheuses. « Une carence aggrave l’isolement des gouvernants, met les institutions à l’écart des préoccupations urgentes et l’Etat en dehors de la société et cela rend la tâche de préserver la sécurité aléatoire», regrette l’ancien candidat à la présidentielle de 1999 de laquelle il s’était retiré.

Pis encore, l’ancien chef de gouvernement sous la présidence de Chadli, dont les réformes ont été brutalement stoppées, rappelle aux tenants du pouvoir qu' »il est dans l’intérêt du pouvoir et de l’Etat de permettre l’exercice des libertés collectives car elles sont sources de toute création, émancipation et progrès».

Sans se berner d’illusions, il relève que « ce type de gouvernement redoute de se trouver face à des organisations sociales, syndicales, professionnelles encore plus politiques. De ce fait, il renonce à la régulation des rapports sociaux».
C’est à la lumière de ces conclusions que Mouloud Hamrouche a appréhendé le « mal-développement» politique et économique du pays.

« C’est en observant le rapport conflictuel du système de pouvoir aux libertés collectives que l’on peut comprendre pourquoi l’Algérie ne s’est pas développée. Dans ces conditions, nous ne sommes pas aptes à entrer dans le développement durable», a-t-il martelé. C’est pourquoi « cet échec doit nous amener vers un consensus national nouveau, fondé sur l’exercice effectif des libertés», appelle-t-il.

Du haut de son parcours dans l’administration du pays et de son expérience politique, l’invité de Sétif garde espoir malgré la gravité de la crise. « Notre pays possède des hommes et des moyens pour édifier une société libre et équilibrée où s’exercent toutes ces libertés. Il a les capacités d’édifier un Etat de droit d’essence démocratique, une gouvernance efficiente et de lancer le processus de développement durable», défend-il.

Mouloud Hamrouche est de ceux qui estiment que la crise est aussi et surtout une opportunité pour redresser le pays et le remettre sur les rails du développement politique et économique. Et s’il dit refuser de jouer un quelconque rôle et qu’il se défend de poursuivre une ambition, l’ancien chef de gouvernement assure par contre que « l’Algérie a grandement besoin d’une réelle édification d’un Etat d’essence démocratique où les libertés seront pleinement exercées. Je suis prêt à y contribuer de toutes mes forces». Le temps presse.
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