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«Ce n’est pas avec des lois qu’on va s’en sortir»

Publié le 07/12/2015, par dans Non classé.

Si l’on n’adopte pas une bonne gouvernance et que l’on ne réoriente pas notre économie vers deux segments essentiels que sont l’économie de la connaissance et la dynamisation du tissu industriel, seules alternatives pour s’en sortir, on ne réglera rien», prédit l’économiste et expert Abderrahmane Mebtoul.
Pour lui, « ce n’est pas avec des lois qu’on va s’en sortir.» Le ministre des Finances appréciera… au lendemain de l’adoption controversée de la nouvelle loi de finances et de la levée de boucliers des partis de l’opposition, accusant le gouvernement d’avoir confectionné une loi de finances en faveur des « hommes d’affaires et de l’argent sale». Pour eux, cette loi « consacre la privatisation de l’Etat après celle du pouvoir». « Le PLF 2016 annule le caractère social de l’Etat et appauvrit le citoyen», ont-ils dénoncé lors du vote de la loi.

Un constat partagé par Mourad Ouchouchi, enseignant à la faculté d’économie de l’université de Béjaïa, pour qui la nouvelle loi va d’abord « frapper de plein fouet les classes les plus fragiles sans pour autant régler les problèmes structurelles qui frappent le pays». Mais les experts réfutent les accusations portées par l’opposition à l’encontre du gouvernement sur une supposée libéralisation de l’économie. Pour eux, au mieux, la nouvelle loi est du saupoudrage. « Ce sont des réformettes mises en place dans la perspective d’une remontée des cours du pétrole dans les prochaines années», estime M. Ouchouchi. « Un replâtrage pour aller au plus pressé. Mais la nouvelle loi n’est en rien d’essence libérale», renchérit Abderrahmane Mebtoul, économiste et expert.

Car certains rappels à juste titre que l’Algérie avait déjà tenté le virage libéral lors de l’arrivée de Mouloud Hamrouche à la tête du gouvernement, avant que le système ne mette un terme à l’expérience. « Si le gouvernement voulait mettre en place de véritables réformes libérales, il lui suffit de reprendre celles entamées dans les années 1990 par l’ex-chef de gouvernement Mouloud Hamrouche qui permettaient à terme de sortir de la rente pétrolière», rappelle Mourad Ouchouchi. D’ailleurs, pour Abderrahmane Mebtoul, si l’Algérie voulait privatiser son économie, « il aurait fallu le faire il y a dix ans. Maintenant, c’est trop tard», juge-t-il.

En réalité, les experts craignent que cette loi n’ouvre la voie au mieux à un bradage du secteur public en faveur des oligarques proches du cercle présidentiel, au pire à un retour à la politique menée en 1986, accompagnée d’une politique d’endettement. Mais tous s’accordent à reconnaître que « si rien n’est fait, on court à la catastrophe», avance Abdelhak Lamiri, économiste.

Pour eux, l’Etat n’a pas pris les bonnes décisions ou n’a pas osé les prendre. « On veut faire une économie de marché avec une culture héritée du socialisme», accuse M. Lamiri qui estime, par ailleurs, la nécessité pour le gouvernement d’aller vers le financement des facteurs d’émergence, conditions préalables avant le financement du secteur de l’agriculture… et les industries du savoir. En clair, pour M. Lamiri, il faut d’abord financer le développement des compétences humaines avant de passer à une économie libérale. Car pour lui, « si l’on privatise mal, on favorise l’oligarchie».
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