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Arrivée de la dépouille d’Ait Ahmed à Alger

Publié le 31/12/2015, par dans Non classé.

La dépouille du révolutionnaire Hocine Ait Ahmed est arrivée, ce jeudi après midi, à Alger.
Porté de l’avion d’Air Algérie par des éléments de la protection civile, la garde républicaine lui a rendu les honneurs. Les membres du gouvernement et hauts cadres de l’Etat ont rendu un dernier hommage au défunt au salon d’honneur présidentiel de l’aéroport international d’Alger.

A l’heure ou nous mettons en ligne, le cortège funèbre quitte l’aéroport en direction du siège national du FFS où une veillée est prévue ce soir.

Une importante foule composée de militants, compagnons de parcours, de personnalités nationales mais aussi de simples citoyens attend l’arrivée de la dépouille de Da L’hocine au siège du parti pour un dernier hommage.

Le défunt sera enterré demain, vendredi, dans son village natal Ath Ahmed à Ain El Hammam. Lire la suite

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Disparition de grandes figures de la culture algérienne en 2015

Publié le 31/12/2015, par dans Non classé.
Disparition de grandes figures de la culture algérienne en 2015
ALGER – L’année 2015 a vu la disparition de grands noms de la culture algérienne: – 3 janvier: le cinéaste anti colonialiste français et un des pionniers du cinéma algérien, René Vautier, 87 ans. – 16 janvier: l’actrice et comédienne Fatiha Berber, 70 ans – 17 janvier: le journaliste et…

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«Aït Ahmed avait une grande capacité d’écoute»

Publié le 31/12/2015, par dans Non classé.

Saïd Khelil était cadre du Front des forces socialistes. Il avait côtoyé Hocine Aït Ahmed pendant une quinzaine d’années. C’est à ce titre qu’il apporte son témoignage sur le chef historique du FFS dans l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder.
– Quelle image gardez-vous de Hocine Aït Ahmed ?

C’était un homme affable, proche des militants. Il n’était pas ce chef distant et cassant. Son charisme suffisait pour exercer l’autorité. Humainement, il était très communicatif, du moins durant la période où on a travaillé ensemble. Il communiquait beaucoup et avait une capacité d’écoute rare. Il posait des questions et écoutait et cela l’aidait d’ailleurs. A l’époque où il dirigeait la direction nationale en Algérie, il y avait beaucoup de collégialité dans la prise de décision. C’était un homme attachant, remarquable et bienveillant.

– Dans quelles circonstances l’avez-vous rencontré ?

A l’époque, on militait au sein du FFS, une organisation clandestine. J’ai rencontré Hocine Aït Ahmed après les événements de 1980 (Printemps berbère, ndlr) et en 1985 lors d’un passage à Paris. C’est Mouloud Naït Maouche qui m’a fait rencontrer à la fois Ali Mécili et Hocine Aït Ahmed qui me connaissait en tant que militant. J’avoue que j’étais curieux de lui parler de vive voix.

Sans prétention, je devrais dire que c’était une découverte mutuelle. J’ai découvert un mythe personnifié. Cela correspondait à ce que j’imaginais. Il rayonnait, il débordait, il était très expressif. Puis, on est rentré dans le vif du sujet. La discussion tournait autour de la situation politique du pays suite aux arrestations des amis, militants de la Ligue des droits de l’homme en 1986. Il n’avait pas donné d’instructions, mais plutôt des échanges. Pour nous, il était une source d’inspiration, d’idées.

– Et la dernière rencontre ?

Des années sont passées et avec le terrorisme, des divergences sont nées et j’ai dû quitter le FFS. Mais franchement, j’aurais traîné une grosse frustration de ne pas le rencontrer et le saluer avant la rupture. Il a fallu attendre 2010 pour qu’enfin j’eue l’opportunité de le revoir à l’occasion d’un hommage à Mécili. Djamel Bensbaâ, ancien membre de la direction nationale du FFS, et moi-même étions partis pour le saluer. Il nous a reçus chaleureusement. On a discuté longuement, et c’est dire la grandeur de la personne. J’étais conscient que ça allait être la dernière rencontre. J’étais soulagé, car j’ai revu Hocine Aït Ahmed, ce grand dirigeant.

– Quelle a été sa pédagogie politique envers les militants ?

Il était très accessible, il était dans un esprit d’échanges, même contradictoires. Mais, je dois avouer que quand il était loin du pays, la prise de décision était compliquée. Aït Ahmed avait une immense stature, c’était un père de la Révolution, mais aussi un intellectuel qu’on écoutait avec délectation. On était dans une vulgate révolutionnaire, où les slogans sonnent avec l’action politique.

On était aussi dans des échanges intellectuels. Le FFS était un creuset de réflexion, il y avait des universitaires de renom comme Benissad ou encore Bencheikh, sans oublier ceux qui sont dans la direction nationale comme Bouhadef et Lahlou. Au FFS, il y avait des activistes et des universitaires. La mayonnaise avait bien pris, mais les événements douloureux qu’a connus le pays ont fait que cela n’a pas abouti.

Après son départ du pays, il y a eu la formule magique de la SGPI (secrétariat général par intérim). A Tizi Ouzou, il y avait Hamdani, Halet, Hamid Lounaouci et moi-même et à Alger, il y avait Bouhadef, Debaili, Djedai, Ali Rachedi et Daoud. Il y avait aussi Djamel Bensbaâ et Brahimi. C’était une gestion qui avait ses limites. J’ai une pensée pour Mahiou, victime de son dévouement, et aux martyrs de la démocratie.

– On prête souvent à Aït Ahmed des propensions au « zaimisme», à l’évacuation de la contestation au sein du FFS. Est-ce vrai ?

L’heure est au recueillement, à l’hommage et à la méditation. L’histoire d’Aït Ahmed est liée à l’histoire de la nation dont il est l’un des pères fondateurs. Outre son apport à la Révolution, il faudra noter que les années 1990 étaient une période trouble, complexe sur le plan politique et social. Il n’y a pas eu une adaptation à toutes ces évolutions. On avait en plus connu un désert politique de trois décennies et on était exigeants envers ce dirigeant.

En tout cas, il était un homme avec ses forces et ses limites. Il a irrigué de ses idées et de sa démarche une scène politique indigente face à un système monolithique, fermé. On s’était retrouvé dans une impasse génératrice de crises et pour ne pas éluder la question, je dois dire que l’environnement politique de l’époque n’a pas permis une évolution sereine de transition au sein du parti, de mon point de vue, depuis son éloignement.

– Aït Ahmed sera enterré dans son village natal. Qu’est-ce que cela symbolise pour vous ?

Cela ressemble au personnage. Jusqu’à la dernière minute, sa relation plus que mouvementée avec les autorités sera marquée par un dernier affront en refusant El Alia. C’est un juste retour des choses, ramener l’histoire à sa source, c’est-à-dire d’où il est parti. Lire la suite

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Atteintes multiples aux droits et aux libertés

Publié le 31/12/2015, par dans Non classé.

Sale temps pour les libertés en Algérie. Cette année, les autorités n’ont pas hésité à utiliser le bâton pour restreindre les libertés individuelles, en ayant recours aux dispositions du code pénal pour limiter toute liberté d’expression.
Pour cela, l’Etat s’est appuyé sur l’arsenal juridique en vigueur qui lui permet sous couvert d’accusations pour « outrage» ou « diffamation» visant des représentants de l’Etat ou des institutions, de prononcer des condamnations à des peines de prison. Ainsi, les tribunaux ont prononcé des condamnations à des peines de prison contre un dessinateur à El Meghaïer, dans la wilaya d’El Oued, et lancé une action contre un militant pour une publication sur facebook.

En outre, douze manifestants pacifiques d’El Oued et de Tamanrasset ont été condamnés à des peines de prison et un militant des droits de l’homme encourt la peine de mort. Face à la gravité de la situation, Amnesty International Algérie a tiré la sonnette d’alarme. A l’occasion de la célébration mondiale de la Journée des droits de l’homme, l’ONG a demandé que « cesse de prendre pour cible ceux qui critiquent le gouvernement» et aux législateurs algériens de « modifier les lois érigeant en infraction l’exercice des libertés civiles et prévoyant des peines de prison contre des manifestants non violents».

Des reproches que partage l’ONG américaine de défense des libertés dans le monde Freedom House. Dans son classement annuel paru en 2015, l’organisation tire un bilan négatif sur l’état des libertés dans le pays depuis la levée de l’état d’urgence, car les lois en vigueur « ont échoué à protéger les libertés individuelles des Algériens».

Même constat de la part du président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), Noureddine Benissad qui avait déploré la régression que connaît le pays dans le domaine des libertés collectives, notamment celles de s’associer, de manifester, de se rassembler, de se réunir et de s’exprimer, alors que l’Algérie a ratifié plusieurs conventions internationales relatives à ces droits.

« Après l’abrogation de l’état d’urgence en février 2011 et l’annonce de réformes politiques par le président Bouteflika suite à des mouvements sociaux, la nature du pouvoir a fini par annihiler tout espoir de changement, puisque sur le terrain, il y a eu une régression concernant les libertés collectives, notamment celles de s’associer, de manifester, de se rassembler, de se réunir et de s’exprimer», avait rappelé Noureddine Benissad, avant de conclure que, pour lui, il existe bel et bien « des prisonniers d’opinion dans l’Algérie de 2015» ! Lire la suite

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Contribution : Histoire de Libre Algérie en exil

Publié le 31/12/2015, par dans Non classé.

Le 19 décembre 1985 est signé à Londres l’accord entre Aït Ahmed et Ben Bella pour la démocratie en Algérie. Se posait tout de suite à nous la question de comment donner un retentissement à cette plateforme par un média. Ben Bella avait El Badil, mensuel organique du MDA. Il fallait donc créer un porte-voix consacré aux engagements politiques et philosophiques de cet appel.
Ainsi est né au dernier trimestre de l’année 1986 le mensuel Libre Algérie. Pourquoi ce nom ? Tout simplement parce que nous rêvions d’un pays, le nôtre, libre, consacrant institutionnellement les droits et libertés, et ce, après l’accession à la souveraineté internationale. Du reste, ce titre faisait écho à L’Algérie Libre, organe du MTLD qui militait pour l’indépendance du pays. En jouant sur l’inversion des mots, le message en filigrane est : après l’indépendance, la liberté.

Ce support était porté par une association au sigle non moins symbolique : Association pour la promotion des idéaux démocratiques par l’information (Apidi), présidée par Adolphe Simon, dit Jacques, membre du Parti communiste international (trotskyste de tendance lambertiste). Simon nous a été présenté par Mouhoub Naït Maouche, vétéran du militantisme FFS et exilé de longue date. De fait, Simon était directeur de la publication. Ali Mécili assurait la coordination, tandis que moi-même et Ramdane Sadi complétaient l’équipe rédactionnelle. Je me retrouvais avec ce dernier une nouvelle fois engagé dans une entreprise journalistique. En 1984, grâce aux deniers que débrouillait péniblement Abdelhafid Yaha, dit Si El Hafid, nous avons animé Tighri (l’Appel).

A Libre Algérie, en plus d’écrire, je faisais le suivi technique entre l’impression et la diffusion dans certains kiosques à fort potentiel de vente (Saint-Michel, Barbès, place Clichy). Le journal était tiré à 5000 exemplaires et le plus gros était diffusé par les Nouvelles messageries de la presse parisienne (NMPP). L’absence d’informations et l’improvisation du début ne nous ont pas permis de faire paraître plus de deux numéros lorsque survint le tragique assassinat de Ali Mécili, le 7 avril 1987. Très pris par son cabinet d’avocat et le suivi politique du contrat de Londres, Ali s’occupait surtout de l’éditorial. Il a également, au premier numéro, établi une radioscopie du fonctionnement du système.

D’aucuns diront par la suite que c’était la goutte qui a fait déborder le vase du côté d’Alger. A la mort de Mécili, il y a eu un différend sur le contenu du journal entre le FFS et le MDA. C’était l’été 1987. Alors que j’étais venu en Algérie, le double numéro de juillet et d’août a changé brutalement d’orientation. La une était barrée par un titre : « Non à l’infitah». Un parallèle était dressé entre les régimes algérien et égyptien sur le plan économique. Rien sur les droits et libertés par lesquels nous voulions éveiller les consciences pour le combat en faveur de la démocratie. Durant cette période, le journal s’était renforcé de deux nouveaux éléments : feu M’hamed Rechidi et Mahieddine Ouferhat.

Ce dernier joua, en cet instant décisif, un rôle important pour que le journal ne nous échappe pas. A partir de cet incident, on peut dire que l’accord de Londres était mort-né malgré les efforts sincères et répétés de Mohamed Benlhadj, homme d’ouverture d’esprit.
Au mois de septembre 1987, j’ai eu une discussion franche avec Aït Ahmed qui me questionna si je pouvais assurer la parution du journal. J’ai répondu par l’affirmative en lui demandant en retour d’engager des pigistes et une secrétaire de rédaction. Ainsi nous ont rejoints Bouaziz Ouali et Anne Dissez*.

Cette dernière était une militante d’extrême-gauche de la Ligue communiste révolutionnaire (trotskyste de tendance pabliste, autrefois proche du FLN de la résistance). C’est d’ailleurs dans l’imprimerie de ce parti, sise à Montreuil, que nous tirions notre journal. Quant au premier, issu de l’association Thilleli tout comme d’ailleurs Mahieddine Ouferhat, il n’avait pas d’antécédent partisan.

A partir de cet instant, l’équipe s’est stabilisée avec Jacques Simon (directeur de la publication) spécialisé dans les rubriques histoire et société ; moi-même, coordinateur des rubriques politique et histoire ; Anne Dissez, secrétaire de rédaction ; Bouaziz Ouali, rubriques internationale et politique ; Mahieddine Ouferhat, pages culturelle et politique. Il y avait également Tchibinda, un Congolais engagé politiquement dans l’extrême-gauche qui était responsable de la rubrique immigration. Il avait été recruté par Simon.

Hocine Aït Ahmed se chargeait de l’éditorial. Au début, il me dictait son édito par téléphone. Cela prenait du temps. Mais la flamme militante surmontait aisément cet obstacle. Puis vint un miracle, à savoir le début timide de la télécopie. Il m’envoyait alors en poste restante à Montreuil son fax que j’allais chercher et le donnais à Anne. Ensuite, c’est elle-même qui s’occupait de cette tâche. Il arriva à Aït Ahmed, en deux occasions, d’assister à la réunion de rédaction.

Tout se déroulait dans une ambiance amicale et harmonieuse. L’équipe rédactionnelle travaillait sans anicroche, car l’esprit militant transcendait les nuances, voire les divergences, qui affleuraient sur certains sujets. Anne et moi étionsles deux seuls permanents. Les autres membres de la rédaction étaient pigistes, tandis que Simon participait bénévolement à cette aventure politique et intellectuelle.

Grâce à Simon, nous nous sommes débrouillés un appartement en haut de la rue de Belleville. Enfin, nous pouvions tenir nos réunions rédactionnelles décemment. Cet appartement servit à d’autres besoins. Il fut par deux fois le lieu d’hébergement de Hachemi Naït Djoudi et de Mohamed Hamrouni qui venaient d’Alger pour coordonner les actions du parti entre l’intérieur et l’extérieur. Ils dormaient de façon spartiate, sans matelas. Même avec la location de ce local et l’existence d’un secrétariat, nous étions toujours pressés. On peut résumer cette ambiance d’exaltation par « pas de tension mais de la pression». Anne veillait au grain pour ne pas être débordée par le temps. Elle appréciait particulièrement le style d’écriture de Bouaziz Ouali.

Tant bien que mal, le journal a maintenu la ligne, paru sans interruption et à l’heure, jusqu’au 19e numéro daté du mois de septembre 1988. Nous avions participé activement à la campagne pour la libération des détenus politiques en Algérie, notamment les fondateurs Lire la suite

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Contribution : Soyons des millions d’Aït Ahmed

Publié le 31/12/2015, par dans Non classé.

Le parcours d’Aït Ahmed est le modèle parfait d’une vie au service d’un idéal. Un homme au destin exceptionnel. C’est celui de Jugurtha, ce roi sans trône et sans pouvoir. C’est aussi celui de Tarek Ibn Ziyad, homme illustre spolié de sa victoire. La lutte entre libérateurs et prédateurs est permanente dans l’histoire de l’humanité.
Les prédateurs finissent souvent par vaincre, car leurs armes échappent à toute éthique, à toute morale. L’usurpation seule fonde leur esprit. En effet, que peut un idéal de liberté fièrement exprimé et sainement défendu face à la quête effrénée et immodérée du lucre et du lustre ? L’engagement d’Aït Ahmed dans le Mouvement national a été fort et décisif. Il a été aussi désintéressé et mû par le seul idéal de l’indépendance nationale.

Loin de toute préoccupation personnelle, il se projetait dans le destin commun de toutes les Algériennes et de tous les Algériens. « Je ne fais pas de la politique pour la gloire, même à titre posthume», m’a-t-il dit un jour. Cela renseigne parfaitement sur l’homme. Comme Abane, Ben M’hidi, Hassiba Ben Bouali et beaucoup d’autres, il avait une certaine idée de l’Algérie. Une Algérie libre et démocratique. Son soutien à la Plate-forme de la Soummam traduit cette profonde conviction. La Révolution ne pouvait se limiter au combat contre le colonialisme. Elle devait se projeter au-delà en jetant les fondements de l’Algérie de demain.

Aussi, sa vision de l’indépendance nationale est globale. Elle intégrait tous les aspects de la vie sociale. Elle devait marquer pour lui une rupture radicale avec l’ordre colonial et non la simple substitution d’un pouvoir autochtone à un pouvoir étranger, à travers une nationalisation de l’Etat colonial. L’indépendance était pour lui synonyme du droit du peuple à décider librement de son destin. D’où son attachement indéfectible à l’Assemblée constituante. Il voyait dans le pouvoir constituant l’expression première de la souveraineté populaire, l’acte fondateur de la volonté de vivre ensemble.

La crise de l’été 1962 et ses retombées allaient lui révéler encore une fois les limites d’un nationalisme idéologiquement éclectique, intellectuellement appauvri et politiquement coupé des espérances populaires. Il alertera puis s’attellera à la cristallisation d’un courant de gauche autour des syndicalistes de l’UGTA, des paysans dépossédés, des jeunes et de la militance féminine. Il voyait dans ces expressions sociales la meilleure assise et le parfait moteur pour l’approfondissement de la marche pour l’émancipation. Sa conviction est profonde quant au rôle fondamental du citoyen en mouvement dans toute expérience de modernisation. Ce moment marque la genèse d’une démarche social-démocrate, repérable tout au long de son parcours.

Contrairement à d’autres, il a très tôt rompu avec le populisme. Empruntant à une vision organique de la société, le populisme fait l’impasse sur les conflits. C’est une négation du politique. Aït Ahmed possède une maîtrise parfaite des concepts. Mais il aimait donner parfois des définitions expressives, loin des formules abstraites, ennuyeuses et impénétrables. Le populisme, par exemple, consiste pour lui à « faire n’importe quoi, n’importe comment et avec n’importe qui».

Tout autant que le populisme, l’idée de consensus n’avait pas les faveurs d’Aït Ahmed. C’est un déni de la diversité. Comme fusion dans l’un, le consensus et le populisme sont dans une filiation étroite. « Ils sont à la base de tous les totalitarismes et autoritarismes du XXe siècle», disait-il. Ses préférences se sont toujours portées sur les notions de contrat et de compromis. Il évitait aussi les termes collectifs tels le peuple, le arch, les forces vives ou encore les masses populaires. Il avait choisi d’identifier les acteurs par leur position dans la dynamique sociale.

Plus généralement, il considérait la bataille sémantique et terminologique comme une dimension non négligeable du combat démocratique. La dictature, en effet, n’agit pas seulement par la force brute, mais aussi par les mots. Dans sa déclaration à l’Assemblée nationale le 1er octobre 1962, il désignait déjà le « slogan» comme « l’une des plus grandes sources de mésaventures». Pour Aït Ahmed, la plus grande source de mésaventure reste la violence. Son rejet de la violence n’est pas seulement politique. Il est aussi moral et non sélectif. Ne disait-il pas que « rien ne peut se construire dans le chaos». En plus de sa dimension dramatique, il a parfaitement mesuré les effets dévastateurs du phénomène sur les représentations sociales et les comportements.

Une société traumatisée est plus à même de consentir à son asservissement. C’est là que son combat pour la paix prend tout son sens. C’est un autre aspect indissociable du combat démocratique. La violence, il la vivra aussi dans sa chair. L’assassinat de Mécili est sans doute l’épisode le plus bouleversant de sa carrière. La douleur ne le quittera jamais. Faire éclater la vérité sur cette affaire fut pour lui la priorité des priorités. Mais face à la solidarité et la connivence de deux raisons d’Etat, la raison disparaît. La vérité et la justice aussi.

Une autre source de mésaventure est cette intrusion tonitruante de l’argent dans le politique. La corruption est pour lui un levier redoutable de perversion et d’égarement. L’étendue du phénomène est telle, que le pouvoir lui-même s’est vu contraint de réagir. En fin connaisseur du système, Aït Ahmed me fera alors cette profonde réflexion : « Comment prétendre purger les égouts de la corruption quand de hauts responsables de l’Etat sont impliqués et supervisent eux-mêmes la généralisation de ce phénomène ?» Les évolutions récentes confirment le propos et lui confèrent une dimension à la limite du prophétique.

Enfin, Aït Ahmed est aussi une école grâce à laquelle se sont forgées des générations de militants. Nous lui devons tous énormément. Et personne ne peut prétendre à une fidélité sans faille pour le maître. Nous avons tous notre part d’infidélité et d’ingratitude. Pourquoi vouloir le cacher ? C’est le fameux principe de Peter transposé dans le domaine politique.

Cette formule est de lui. Il était tolérant et ne manquait jamais de rechercher une bonne raison ou une excuse aux renoncements et aux défections des uns et des autres. De l’emprisonnement à l’exil, il sera inlassablement traqué et son image sans cesse pervertie par les pouvoirs successifs algériens. L’acharnement s’étendra à Lire la suite

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